TRONE DE MARBRE
tout unie; mais les prêtres qui sont scïds, c'est-à-dire descendants du Prophète, ou hadjis, c'est-à-dire pèlerins revenus de la Mecque, ont le turban bleu ou vert de ces catégories de Persans. Les magistrats portent de même ce que l'on peut appeler un turban, sorte de cvlindre très élevé, sur lequel est enroulé un cachemire clair légèrement ornementé; leur robe est en cachemire à palmes. Enfin, certains personnages, bien que coiffés à b mode nationale, se distinguent par d'amples paletots en cachemire à palmes, attachés à l'aide de riches
agrafes chargées de pierres précieuses, don du chah, qui a voulu par ce cadeau récompenser leurs services ou simplement leur faire honneur.
Pendant que je contemple ce speélacle, tout à coup cette foule s'incline profondément à l'apparition de Sa Majesté dans le jardin. Le chah s'avance gravement, entre dans la salle, monte sur le Takht i Mermer & s'assied à la persane contre le coussin garni de perles.
Diamants, rubis & émeraudes brillent sur son costume. L'aigrette {tehl)y épanouie en éventail, du kolah, insigne du pouvoir souverain, est faite d'innombrables brillants, ainsi que les larges épaulettesj des pierres précieuses, énormes & de toutes couleurs, recouvrent le devant de la tunique, des épaules à la ceinture, formant comme un plastron étincelant, ik garnissent le baudrier & le yatagan 5 des diamants gros comme des noix servent de boutons.
Dès que le chah est assis, deux personnages coiffés d'un très haut turban & chaussés de grands bas rouges montant jusqu'en haut des cuisses, qui se tenaient debout de chaque côté du trône, s'approchent & lui présentent, l'un, une tasse de café, l'autre, un J^ilum (pipe à eau), allumé.
Le plus profond silence règne pendant que Sa Majesté fume le kalian, qui est d'un remarquable travail & d'une grande richesse avec ses incrustations de turquoises.
Le kalian fumé, le chah prononce quelques paroles que me traduit, en les abrégeant, le premier interprète :
«Ceux qu'il a chargés, dit-il, de l'administration du royaume en son absence s'en sont bien acquittés; il est content d'eux. Partout il a été bien reçu par les souverains & les gouvernements des pays qu'il a visités; il leur en témoigne toute sa reconnaissance. »
A peine le roi a-t-il parlé, qu'un jeune mollah se met à débiter un discours avec une volubilité inconcevable & des éclats de voix sauvages. A ce mollah succède un vieillard qui.
TEHERAN.
au contraire, lit son discours lentement & à voix si basse qu'il est difficile de l'entendre. Enfin, un chœur entonne des chants, à la louange du souverain, comme les discours, après quoi le salam, qui a duré plus d'une heure, est terminé.
Sa Majesté se lève, descend de son trône, se dirige à gauche & disparaît derrière le rideau d'arbres qui cache la porte par laquelle on va au Goulistan, le jardin des Roses.