MUSKE, AVEC LA SPHER.K DE NASH ED-DIN
tables chargées de vases plus petits. Mille bibelots encombrent de même les consoles appuyées au mur 6c emplissent les vitrines des chambres. On y voit de tout, des objets du plus haut prix à côté d'autres sans valeur ik qui n'ont d'autre mérite que celui d'avoir excité la curiosité du chah dans ses voyages en Europe, comme, par exemple, ces bois sculptés allemands ou suisses, ces éventails des plus ordinaires, ces photographies & ces mauvaises peintures, sans excepter les portraits de Napoléon III & de la reine Vi6loria. En fait d'objets d'art persans, je
ne vois guère que des armixres & des émaux cloisonnés sous forme d'écritoires, de brule-parfums, de kalians incrustés de pierreries, d'aiguières {aftal^) au galbe élégant. Près d'une fenêtre sont accrochés au mur une centaine de plats & d'assiettes en porcelaine de Sèvres, présents de nos souverains. Dans une vitrine, des montres, des tabatières, des bonbonnières, des monnaies d'or & même de l'or en barre gisent pêle-mê^e.
L'antiquité est représentée par quelques monnaies & par des vases de différentes matières, quelques-uns en or, mais le plus grand nombre en terre noire, trouvés dans deS fouilles. Par-ci par-là on rencontre un verre plein de perles, de diamants ou autres pierres précieuses, ce qui ne laisse pas d'étonner le visiteur 5 mais à l'extrémité du musée, une bien autre surprise l'attend. Sa Majesté a sans nul doute Êiit placer ici ce qu elle estime le plus : à gauche, la couronne de Feth Ali Chah, littéralement couverte de pierres précieuses & de perles, puis un grand bassin en verre, semblable à ceux où nous avons coutume de mettre des poissons rouges, à peu près rempli de perles fines, de dimensions & de couleurs variées; à droite, le globe terrestre de Nasr ed-Din, voisin d'un bassin pareil au précédent, mais plus petit, plein de diamants 5 au fond de la saJQe, sur le trône, une cassette renfermant le plus gros diamant du chah &, m'assure mon guide, un des plus gros du monde 5 au pied du trône, le coussin garni de perles déjà vu sur le Takht i Mermer, au grand salam, le jour de l'arrivée à Téhéran.
Le globe terrestre de Nasr ed-Din mérite une mention spéciale. On le voit sous vitre, siir une table isolée, à l'entrée de la loge de droite, celle du côté sans fenêtre. Il est en or massif; la monture en est incrustée de diamants; les divisions géographiques de la sphère sont marquées par des pierres précieuses de différentes couleurs, & certains points même, comme Téhéran, Paris, Londres & autres, par un rubis, une émeraude, un diamant, une turquoise ou toute autre pierre remarquable par son volume. Si c'est là une pièce originale, on peut bien dire qu'elle
est non moins inutile, malgré le prix qu'elle a coûté : un million de tomans, d'après ce que me dit Medjed ed-Dovleh.
En somme, dans ce musée où sont enfermées des richesses, une place infime est faite à Fart. Presque tout y a une valeur intrinsèque plutôt qu'une valeur artistique.
FAÇADE Dr DAR OLPONOUN , RUB NASKRIK.
Au rcz-dc-chausscc du même bâtiment se trouvent des salles affeâécs exclusivement à la céramique, <S: qui constituent moins des salles de musée que des chambres de réserve où Ton puise selon les besoins. Il v a là, en effet, un tel entassement de vases & de plats petits & grands, aux murs, sur des tables, qui ploient sous le poids, & jusque par terre, que l'on ne passe pas sans difficulté à travers ce fouillis. Porcelaines d'Europe, potiches de la Chine ik du Japon, vases anciens de la Perse, des spécimens, en un mot, de tous les pays où cet art a fleuri, se voient dans cette espèce de grand dépôt.
20 novembre. — Sa Majesté a inauguré le premier tramway établi dans sa capitale. Ce tramway part de la place des Canons & parcourt la rue du Ga2, dans la dlreâion de Test, en passant devant l'entrée du Ba2ar, voisine de la légation de Russie. Les voitures sont aménagées de telle sorte qu'une partie fermée est réservée aux femmes. Nul doute que cette entreprise, dont une société belge est concessionnaire, ne réussisse, à la condition toutefois que le clergé y trouve son avantage & ny mette pas obstacle. Les tramways sont appelés à rendre ici de grands services aux piétons, qui ont tant de mal à circuler dsuis ces rues encombrées par le passage incessant de cavaliers, chameaux & mulets, comme l'est précisément la me du Gaz.
22 novembre. — Le chah, qui me sait chasseur, & qui se montre toujours si bon pour moi, non seulement m'a autorise à chasser dans toutes ses chasses privées, mais encore a mis à ma disposition une des voitures de la cour, afin que je puisse m'y rendre sans fatigue.
J'en ai déjà usé pour aller chercher la bécasse dans les jardins de Saltanetabad, où elle se plaît tant, qu'elle y prend volontiers ses quartiers d'hiver. Aujourd'hui, je me fais conduire à Dochântèpè (colline aux lièvres). Je passe entre la colline & le jardin, je tourne à droite & descends de voiture dans la plaine, au pied des premiers coteaux. A peine en chasse, je vois défiler devant moi un troupeau de gazelles; j'envoie une balle dans leur direftion, & je m'aperçois ensuite que les gazelles ont passé hors de portée de mon fiisil. Dans ces plaines sans fin, couvertes uniquement d'herbe à chameau d'égale hauteur, rien ne peut aider dans l'appréciation des distances. J'ai mis plus de dix minutes à me rendre à l'endroit d'où elles étaient parties, au bord d'un petit ruisseau qui déverse dans quelques champs cultivés le trop-plein des bassins du jardin de Dochântèpè. Toutefois mon temps n'a pas été perdu, car, arrivé là, j'ai levé une diiaine de bécassines. Les lièvres abondent dans ces herbes, mais n'y
TEHERAN.
sont pas toujours faciles à tirer. Sur les coteaux, qui méritent bien leur nom, j'en ai trouvé trois à Tombre d'une même pierre n'ayant pas 50 centimètres cubes. De grosses compagnies de perdrix rouges partent dans les jambes du chasseur, peu farouches, n'étant que rarement inquiétées dans cette chasse royale où personne n'ose s'aventurer. J'ai la bonne fortune de
DAR. OL-FONOUN.
tuer un tihon, oiseau que j'ai pour la première fois entre les mains. Un peu plus petit que la perdrix grise, le tihou, qui doit son nom à son cri, est tout gris, avec les plumes de la queue relevées & frisant comme celles de l'autruche. Ma journée a été bonne : je rentre chargé de gibier.
Il paraît que des panthères viennent aussi chasser jusque dans ces parages : témoin les restes d'une chèvre récemment dévorée par un de ces fauves, hôtes fréquents des montagnes voisines, & que mon guide me fait remarquer.
25 novembre. — La neige a fait son apparition sur les sommets de TElbouTZ les plus près de nous. Il n'en est pas mal tombe la nuit dernière, sans cependant que la plaine ait été atteinte.
Depuis quelques jours les cadeaux m'arrivent de tous cotés. L'usage est d'en faire au médecin qui a soigné le souverain, dès que celui-ci relève de maladie 5 c'est une façon de prouver au maître que l'on fait cas de sa santé. De là toutes les promesses de l'entourage du chah, après sa guérison près de Tauris, de me donner chevaux, tapis, armes & autres objets à notre arrivée à Téhéran. «Si vous aviez acquis par un plus long séjour une plus grande connaissance des hommes & des choses de ce pays, me dit un confrère persan qui a étudié à Paris, la maladie du chah vous vaudrait au moins 100,000 francs de cadeaux. Mais combien tirent profit de votre ignorance de nos coutumes!» Je n'en ai pas reçu pour pareille somme. Il n'est pas moins vrai que, sans compter la remise de 2,000 francs avancés à Paris pour frais de voyage, j'ai reçu : deux beaux chevaux arabes, l'un d'Emin es-Sultan & l'autre d'Emin ed-Dovleh^ des tapis anciens de prix 5 quelques pierres précieuses 5 un grand manteau persan de cachemire doublé d'astrakhan & plusieurs pièces de même étoffe du plus fin travail. . . & le tout de gens qui, sans aucun doute pour moi, ne me devaient rien.
29 novembre, — Mirza Ali Khan, médecin du ministre de la guerre, me fait lire une lettre que vient de lui adresser un confi-ère français, échoué au Kurdistan après différentes péripéties qui ne sont généralement pas à son avantage. Là, comme un vrai musulman, il a ^xv^ femmes , mais femmes sachant faire les tapis, du produit desquels il vit en même temps que de son art. Il lui envoie un rapport sur le choléra qui a régné dans l'ouest depuis le jour où, sans erreur, on nous a annoncé à Khoremdereh, le 11 oélobre, son apparition à Kermanchah.
Après avoir fait de nombreuses viâimes en Mésopotamie, le fléau est entré en Perse par le Karoun, sur Chouster, et par
TEHERAN. 157
la EHalah, sur Kermanchah, direétion dans laquelle il s'est avancé jusqu'à Sinah, au nord, & jusqu'à Hamadan & Malaher, à l'est, sur la route de Téhéran. Cette épidémie semble terminée, en Perse du moins.
19 décembre, — Une visite au direâeur du collège. Ne ver cl- Moulk, homme sympathique d'une soixantaine d'années, me fournit l'occasion de parcourir avec lui ce bel établissement.