‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 25 sur 60 · DEUX EUNUQUES NOIRS PARMI DES PERSANS · texte numérisé non relu

DEUX EUNUQUES NOIRS PARMI DES PERSANS

en quittant Téhéran, ce qu'on a eu bien soin de cacher au chah». C'est aussi l'avis d'Ahmed Khan, qui a servi d'interprète durant le voyage. D'après lui, la vue était perdue à ce point que, tout d'abord, les chirurgiens ont jugé l'opération inutile, ik qu'ils ne se sont décidés à la faire que sur les instances du ministre de Perse à Vienne.

2/y/////. — Je vais chez Emin Agdas, où Je suis appelé, avec le médecin qui l'a accompagnée à Vienne, Hossein, jeune docteur de la Facuhé de médecine de Paris. Chemin faisant, il me donne comme certain que la vue de sa malade était aussi ré-

duitc que possible à son arrivée à Vienne; qu elle ne distinguait plus que la très vive lumière, comme la lumière éleélrique; qu'enfin rinefficacité de l'opération était évidente.

Emin Agdas est aflfaissée, sombre & taciturne. On voit qu'il n'y a plus de doute, plus d'illusion pour elle. Désespérée, hier en arrivant elle a dit aux siens : «A ma situation adluelle, je préférerais être blanchisseuse avec la vue. » Ma visite est pénible. J'essaye de lui relever un peu le moral en mettant son état aéluel sur le compte des fatigues du voyage 5 mais rien n'y fait, rien ne peut la dérider 5 sous le coup trop récent de son malheur, elle s'abandonne au désespoir.

Le roi en est de très mauvaise humeur; ce matin, personne n'ose l'aborder. Il a déclaré tout haut que, quoi qu'il arrive, ses sentiments vis-à-vis d'Emin Agdas resteraient les mêmes ; qu'elle , conserverait ses fondrions ; que la clé du trésor royal lui serait remise & qu'elle en aurait la garde comme par le passé. Cette fevorite, dont on constate plus que jamais tout l'empire sur le chah, lui a rapporté de Vienne une méchante ombrelle. En la remettant à Aga Daï, afin qu'il la place en lieu sûr : «Aie le plus grand soin de cette ombrelle, lui dit-il, c'est un souvenir d'Emin Agdas.»

26 juin, — Notre départ étant fixé à demain, je vais faire mes adieux à Badr es-Saltaneh. Toute gaie, elle joue avec son fils, Roukn es-Saltaneh. On sert le thé, suivi de près par deux medjmehs chargés l'un de chirini & l'autre de fruits. La conversation tombe naturellement sur l'événement du jour, le retour de la fevorite. Badr es-Saltaneh ne manque pas de comparer son état à celui d'Emin Agdas &, avec naïveté, elle s'estime heureuse de n'avoir pas usé de la permission d'aller à Vienne. Dans sa joie, la princesse retire de son doigt une bague ornée de pierreries & me l'offre en me disant gentiment : «Je l'avais le jour de l'opération; acceptez-ki, elle vous portera aussi bonheur. » C'est un très joli bijou. Néanmoins Badr cs-Saltanch

s'excuse de ne pas me faire un plus riche cadeau, ajoutant : «J'espère que le roi vous recompensera mieux.» Je remercie^ dis adieu & m'en vais.

Arrive chez moi, j'y trouve les insignes de la décoration de deuxième classe (grand officier) du Lion ik du Soleil, apportés par un serviteur du palais avec une lettre m'annonçant que le firman me sera remis par Emin es-Sultan, dès que seront remplies les formalités de chancellerie.

Voilà, en fin de compte, à quoi ont abouti les intrigues qui ont empêché Emin Agdas de se laisser opérer des que je l'ai conseillé, alors qu'il en était encore temps, & l'ont poussée à entreprendre un voyage plein de déceptions, d'où elle revient irrémédiablement aveugle.

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