‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 27 sur 60 · LAVASSAN ET LA ROUTE DU LAR · texte numérisé non relu

LAVASSAN ET LA ROUTE DU LAR

Enfoui sous une épaisse couche de neige tout l'hiver, le Lar est frais & agréable en été. Il est fréquenté par des nomades, les Iliats^*), qui viennent y faire paître leurs troupeaux dès que la terre est débarrassée de sa neige. Ils les conduisent même, m'assure-t-on, jusqu'à 4,000 mètres de haut, là où, à peine la

^'' Les Uiats sont des nomades d'une espèce particulière; ils ne vont pas errant de pays en pays; leurs déplacements, au contraire, sont limites à une région déterminée de leur

propre pays, & ils se renouvellent chaque année à peu près de la même façon , selon la saison. Si l'on appelle Iliats ces nomades , on donne le nom de Tadjiks aux Persans sédentaires.

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neige fondue, pousse une herbe abondante que brûle bientôt Tardent soleil. Leurs tentes de bure noire sont disposées par petits groupes, non foin de la rivière ou de quelque affluent. Nous avons passé près de ces tentes où des tcmmcs étaient occupées à préparer le ffu^çt (lait fermenté). Le lait frais est mis dans des peaux suspendues en plein air devant les tentes. Bien brassé ik chauffé par les ravons du soleil, il produit le maçt, qui, avec le riz, constitue l'ordinaire des Iliats.

CKMP Dr LAR.

A l'ouest, un groupe de montagnes présente, de remarquable façon, ces formes arrondies <Sv douces où s'échelonnent les couleurs les plus variées. D'ici, toutes ces roches, dont les jaunes, les rouges, les bleus cS. les verts alternent avec les noirs des ravins, lont l'effet d'une colossale agate.

A l'est, le superbe cône du Demayend se dresse majestueux. Cependant, je dois dire qu'il perd à être vu de si haut. Mais nous avons beau nous trouver à environ 2,500 mètres, il nous dépasse encore de 5,800 mètres. Sa cime blanche resplendit au soleil. Sur ses flancs, d'étincelantes coulées de neige, que jus-

Lo8

qu'à présent Tcté n'a guère entamées, s'entremêlent aux vieilles et sombres coulées de laves.

La rivière est pleine de truites, de ces petites 6c délicieuses truites mouchetées que j'ai pêchées autrefois dans la Riéka, au Monténégro, non loin de sa source, de cette grotte dont l'entrée est de la taille des plus hautes portes de Téhéran. Le roi m'en envoie une di2aine, longues de 20 à 25 centimètres, qui ont été prises au filet près de sa tente.

PREPARATION DU MAÇT.

Cro<|ui« (le l'aatevr.

8 jtiihet. — Le camp est simplement transporté à quelques kilomètres plus loin, sur le Siahpclas-Roud, affluent de droite du Lar-Roud. Ceux qui ont deux jeux de tentes trouvent celles de leur deuxième série dressées à Siahpelas, tandis que les miennes, mouillées par la pluie de cette nuit, sont encore à sécher au précédent campement. Comme Belle ne me quitte pas & que, portant mon fusil en bandoulière, le fidèle Sultan Ali me suit toujours, je descends de cheval &, le fusil sur l'épaule. Belle joyeuse à mes côtés, je vais rejoindre le roi qui chasse dans un coin de la plaine couvert de hautes herbes. J'en

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rapporte quelques cailles. Pendant mon absence, mes tentes ont été enfin amenées 6c mises en place, sauf les parois extérieures de la grande, qui ne sont pas assez sèches pour être facilement maniées.

Nous restons trois jours à Siahpclas. Sa Majesté ne donne pas le temps aux piquets de tente de pourrir en terre, elle les oblige souvent à prendre l'air. Des déplacements fréquents

i.r. DiMWiNi), vr 1)1 PI mim; nr l\r.

sont, d'ailleurs, de toute nécessité avec les Persans, au point de vue de l'hvgicne; car la cor\xe n'est guère faite au camp, cependant bien vite souillé par le sang & les intestins des moutons chaque jour abattus un peu de tous côtés.

Il pleut ici toutes les nuits, ce qui fait «baisser à 12 degrés la température du jour. Plus d'un endosse sa fourrure. Je me contente d'un léger pardessus en rentrant de la chasse, qui n'a pas besoin de la chaleur pour être pénible à cette altitude. Quittet-on la plaine pour aller poursuivre à quelque cent mètres seulement un gibier dans la montagne, bientôt court d'haleine,

on est forcé de revenir sur ses pas. Les Persans ont plus d'une raison de ne chasser qu'à cheval, & celle-ci est une des meilleures; mais pour les imiter, il faudrait être, comme eux, habitue dès le jeune âge à tirer aux différentes allures du cheval. Et ils y sont habitues à ce point, que des chasseurs m'ont assure être plus sûrs de leur coup à cheval qu'à pied. Le fait est que j'en ai vu de très habiles à jeter ainsi leur coup de fusil, entre autres Sahad Dovleh, qui, en ma présence, a percé d'une balle un chahi lancé en l'air.

Entre notre campement précédent & celui de Siahpelas se voient des ruines représentées par des pans de mur, une voûte & quelques inarches d'escalier. Là, me dit-on, s'élevait une tour construite au vii*^ siècle de l'hégire pour perpétuer le souvenir de la conversion à l'islamisme, survenue en cet endroit, de «cent mille Mongols». Telle est la légende. Selon l'histoire, ces ruines proviendraient d'un kiosque bâti par Argoun Khan, dans lequel un de ses fils & successeur, Ghaan, se serait converti à l'islamisme en l'année 1295 (694 de l'hégire). Etemad es-Saltaneh a rencontré parmi ces décombres, en fouillant superficiellement, des faïences à reflets métalliques & deux candélabres en cuivre 5 moi-même j'ai ramassé plusieurs morceaux de faïence, sans beaucoup chercher.

11 juillet, — Nous sortons de la vallée du Lar, passons de l'ouest au sud du Demavend, en le contournant, & allons à Polour, sur le Polour-Roud, torrent qui coule de sud-ouest à nord-est, au fond d'une étroite vallée, pour aller se jeter dans le Lar-Roud, après avoir fait sa jonâ:ion avec un autre torrent venant diredlement du sud. Polour se trouve entre ces deux torrents, un peu au sud de leur confluent. Par un sentier que les pas des troupeaux ont tracé plutôt que la main de l'homme, nous avons mis quatre heures à parcourir 3 farsakhs, laissant à mi-chemin un important campement d'Iliats.

Le pied des montagnes descend presque partout jusqu'à la

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rivière. Les tentes de dimension un peu grande ne peuvent être dressées, faute d'un emplacement suffisant; chacun doit s*ingénier pour s'installer à peu près dans quelque coude abandonne par les eaux du Polour-Roud, ou sur des éboulis de pierres, nivelés avec peine. Il en résulte que nos tentes sont éparses, sans ordre, cachées pour la plupart derrière quelque éperon de la montagne, de telle sorte que l'on ne peut s'offi'ir

(■roqui« iIp l'duh-iir.

blAHPKLAS.

une vue d'ensemble du camp. La tente du chah est en aval sur la rive droite, non loin d'un pont à une seule arche sur lequel passe la route d'Amol, dont est fier Mirza Nizam, l'aide de camp du premier ministre, qui en est l'auteur pour une bonne part. Ce dut, en effet, être une tâche peu aisée que de la tracer dans ce chaos de montagnes élevées ik de ravins profonds, 6i d'établir des ponts sur ces torrents qu'une crue subite peut grossir démesurément ik rendre terribles.

De ma tente, une des dernières en amont, le beau cône régulier du Demavend semble si rapproché qu'on le dirait sortir immédiatement de derrière les premiers rochers. Quel effort

n'a-t-il pas fallu pour soulever cette masse énorme avec les montagnes, déjà de belle taille, qui entourent le colosse & lui servent de base ! Quels prodigieux accidents géologiques ! Les pentes nKridionales sont naturellement les moins couvertes de neige, & jusque près du sommet y paraissent des roches noires; aussi est-ce de ce côté que se font les ascensions, tout en partant de Rchné, à Test.

Les Ma2enderanis suivent cette voie quand ils vont, l'été, chercher du soufre sur les bords du cratère soit pour leur usage personnel, soit pour la fabrication de la poudre. Ils montent jusqu'à ce que les vapeurs sulfureuses les arrêtent, vapeurs formant parfois des nuages qui cachent la tête du géant.

Nous restons deux jours dans cette horrible vallée, sinueuse, étroite, profgnde, où l'on étouffe autant de chaleur (30 degrés à l'ombre) que par suite du manque d'air. Pour comble d'agrément, les vipères pullulent 5 ce matin, 12, mes domestiques en ont attrapé une qui venait de traverser ma tente. Ce n'est pas la vipère à corne que j'ai vue en Algérie & au Monténégro, mais elle lui ressemble beaucoup, étant comme elle petite, courte, foncée & à tête triangulaire. Un muletier a été mordu cette nuit à la main, ainsi que plusieurs animaux.

1) juillet — Par un autre chemin, plus au nord & un peu meilleur que celui que nous avons suivi avant-hier, nous revenons sur le plateau du Lar, à Tcheheltchèchmè (les quarante sources), tout près de l'embouchure du Siahpelas-Roud, à environ 2 kilomètres de notre ancien campement sur cet affluent. Les quarante sources consistent en de nombreux suintements parmi de hautes herbes au pied de la montagne; Tune pourtant, 100 mètres plus loin, sort du rocher à un mètre du sol en un seul jet gros comme le bras.

14 juillet. — Fête nationale. Froid intense la nuit dernière : 9 degrés à trois heures du matin. Nous avons tous dormi dans

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nos poustines, long vêtement à taille en peau de mouton, ayant la laine comme doublure, en tout temps indispensable à ces altitudes. Chacun se plaint de mal de tête, dont le vent & l'insomnie ne sont pas seuls responsables, mais bien plutôt la flore variée & par trop odorante du camp. Les pieds de thym & de lavande soulèvent les tapis de nos tentes, dressées hâtivement hier soir, sans préparation du terrain, tant nous étions

rmqait «le r^nlvor.

PUNI l>i; POI.OIR,

pressés de nous garantir du vent; <S: tout autour de nous des plantes aquatiques à larges feuilles répandent une odeur pénétrante des plus désagréables. Par la pensée, transportons-nous à Paris, en fcte, ik oublions ces misères.

If juillet. — Le froid vif de la nuit dure toujours. Nous décampons sans regret pour Marghzar, à 2 farsakhs sur la route de Niavaran. En quittant le campement, nous vovons près du chemin un cheval crevé : c'est une vicHmc des vipères de Polour. Je n'ai pas revu le muletier mordu à la main; il n'a pu nous suivre <Sw est resté chez les Iliats.

i6 juillet. — Ce matin, départ à cinq -heures & arrivée vers neuf à Avché. Nous avons d'abord monté à environ 2,550 mètres, puis sommes descendus à 2,000 par im chemin rapide & en asse2 mauvais état, malgré les 100 tomans donnés dernièrement par le chah pour le réparer.

Avché est un joli coin de verdure, à l'entrée d'ime vallée sillonnée de ruisseaux & garnie d'arbres. Les mes sont animées, sans doute plus que de coutume grâce à notre présence, & le ba2ar, couvert par des traverses en bois chargées de plantes grimpantes, est bien approvisionné.

Beaucoup des nôtres se sont logés che2 l'habitant, les tentes des autres sont disséminées dans les jardins ou étagées sur les champs voisins.

ij juillet. — En quatre heures, nous regagnons Niavaran. A une heure d' Avché, nous arrivons à un pont encadré de sites des plus pittoresques. Ici le torrent s'est creusé dans d'énormes blocs de calcaire un lit profond de 2 à 3 mètres, & à notre droite, en amont du pont, une cascade tombe de 7 à 8 mètres de haut, d'un seul jet qui suit à sa naissance une rigole d'au moins 50 centimètres, pareillement creusée dans le rocher. A peu près à moitié chemin, nous rejoignons la route par laquelle nous sommes allés au Lar & retrouvons la côte d'Outchaki, dont la montée est plus facile que la descente.

Nous voici de nouveau à Sahabkranié, à l'altitude raisonnable de 1,500 mètres, qui, espérons-le, ne nous laissera pas trop soufïrir de la chaleur, mais à laquelle, à coup sûr, nous n'aurons plus les nuits froides de Tcheheltchèchmè.

20 juillet. — Etemad es-Saltaneh habite, comme à notre premier séjour, sa maison de campagne de Hassanabad, avec sa mère & son unique femme, d'origine princière^^l La nuit

^'- Le plébéien qui a pris femme ment épouser une autre femme, tant d'origine princière ne peut légitime- que la première existe.

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dernière, des voleurs se sont introduits chez lui en perçant une ouverture à travers une cheminée, derrière le foyer, à la partie la moins épaisse du mur, en gens qui connaissent la maison. Ils ont vidé trois grandes malles pleines d'effets, emportant même le costume quitté la veille, avec la montre ik le portemonnaie restés dans le gilet. Si bien que ce matin, à son réveil, le pauvre Etemad es-Saltaneh ne trouve pas un pantalon

(.ro<|ui« «II* l'jiil ur

BAZAR DWVCIIK.

à mettre. Le chah, ne le vovant pas arriver à l'heure accoutumée, envoie chez lui un garde qui rapporte la nouvelle & apprend l'impossibilité où est l'infortuné volé de sortir, avant d'avoir le costume qu'il a dû faire chercher à Teliéran. Sa Majesté ne peut s'empêcher de rire en songeant à la singulière situation de son interprète, qui arrive enfin & raconte l'aventure, satisfait que l'on n'en ait voulu qu'à ses habits.

lôjuillrt. N'est-ce point un fort mauvais tour que les voleurs ont joué à Achref el-Saltanch, l'épouse remuante d'Etcmad es-Saltaneh, en lui enlevant ses riches costumes alors

2i6 TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

quelle s'apprêtait à recevoir Aniseh ed-Dovleh, la fevorite? Depuis quelques jours, le parc qui sépare le biroun de Tanderoun de Hassanabad se couvre de tentes, les mortiers résonnent sous le poids des pilons broyant des épices, les chirini les plus séduisants refroidissent sur les takhtchcs des appartements. Ce matin la table est préparée. Sur de longues nappes étalées à terre sont alignés : des plats chargés de sucreries de toutes couleurs 5 des plateaux de fruits variés; des pastèques & des melons de toutes grosseurs, de toutes formes, en quantité prodigieuse 5 d'immenses bassins contenant des eaux aromatisées, pour la boisson, 6c des kilos de glace.

Aniseh cd-Dovleh arrive de bonne heure, bien avant le dîner, afin de montrer son empressement à se rendre à une 'invitation qui lui est agréable. Elle & ses femmes sont dans trois voitures escortées par une cinquantaine de cavaliers. Les eunuques trottent à cheval aux portières des voitures — qu'ils se garderaient de quitter. Achref el-Saltaneh régalera tout ce monde, même les cavaliers, jusqu'au coucher du soleil.

zy juillet. — Le ministre de Russie, M. de But^of, arrive récemment, est officiellement reçu par le chah à Sahabkranié. Depuis que je suis en Perse, la légation de Russie a été gérée par des secrétaires : M. de Poggio, mort en décembre, & M. de Speycr, qui lui a succédé il y a six mois. A présent, le personnel est complet : ministre, secrétaire & drogman. J'ai connu M. de Speyer au Monténégro, à ses dcl)uts dans la carrière diplomatique. Il est resté l'homme énergique d'alors, un vaillant ser>^iteur de son pays.

28 juillet. — Tous ces derniers jours, l'après-midi, temps orageux avec chaleur intolérable, suivi, la nuit, de violents orages accompagnés de pluie abondante. Nous pouvons regretter que l'arrivée du ministre de Russie nous ait fait descendre un peu tôt des plateaux du Lar. Il était vraiment plus

LES MAISONS DE PLAISANCE

facile là-haut de parer aux nuits froides que de se garantir ici de la chaleur.

Malgré la température, nous allons à Téhéran assister au Kourban Bdiram ou fête de l'Immolation. Le Kourban se célèbre dans tout l'islam en commémoration du sacrifice d'Abraham. En ce jour tout bon musulman doit couper le cou au moins à un poulet. Le sultan égorge de sa propre main un mouton.

RtPAS I)L GALA PKRSAN.

à Constantinople. A Téhéran, le chah in chah ne peut moins faire que d'égorger un chameau. Seulement, ce cruel office lui répugnant, il renonce chaque année à son privilège roval &: s'en décharge sur un sosie qui, habillé d'un brillant costume & monté sur un cheval fringant, a été pris pendant longtemps, me dit-on, pour le chah en personne.

La cérémonie a lieu sur la place de Nagarestan. Le chah, en grande tenue, est avec sa suite au balakhanè du palais,

2i6 TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

quelle s'apprêtait à recevoir Aniseh ed-Dovleh, la fevoritc? Depuis quelques jours, le parc qui sépare le biroun de l'anderoun de Hassanabad se couvre de tentes, les mortiers résonnent sous le poids des pilons broyant des épices, les chirini les plus séduisants refroidissent sur les takhtchès des appartements. Ce matin la table est préparée. Sur de longues nappes étalées à terre sont alignés : des plats chargés de sucreries de toutes couleurs; des plateaux de fruits variés; des pastèques & des melons de toutes grosseurs, de toutes formes, en quantité prodigieuse; d'immenses bassins contenant des eaux aromatiscés, pour la boisson, & des kilos de glace.

Aniseh ed-Dovleh arrive de bonne heure, bien avant le dîner, afin de montrer son empressement à se rendre à une 'invitation qui lui est agréable. Elle & ses femmes sont dans trois voitures escortées par une cinquantaine de cavaliers. Les eunuques trottent à cheval aux portières des voitures — qu'ils se garderaient de quitter. Achref el-Saltaneh régalera tout ce monde, même les cavaliers, jusqu'au coucher du soleil.

2j juillet. — Le ministre de Russie, M. de Butzof, arrive récemment, est officiellement reçu par le chah à Sahabkranié. Depuis que je suis en Perse, la légation de Russie a été gérée par des secrétaires : M. de Poggio, mort en décembre, & M. de Speyer, qui lui a succédé il y a six mois. A présent, le personnel est complet : ministre, secrétaire & drogman. J'ai connu M. de Speyer au Monténégro, à ses del)uts dans la carrière diplomatique. Il est resté l'homme énergique d'alors, un vaillant serviteur de son pays.

28 juillet. --- Tous ces derniers jours, l'après-midi, temps orageux avec chaleur intolérable, suivi, la nuit, de violents orages accompagnés de pluie abondante. Nous pouvons regretter que l'arrivée du ministre de Russie nous ait fait descendre un peu tôt des plateaux du Lar. Il était vraiment plus

LES MAISONS DE PLAISANCE

facile là-haut de parer aux nuits froides que de se garantir ici de la chaleur.

Maigre la température, nous allons à Téhéran assister au Kourban Baïram ou fête de l'Immolation. Le Kourban se célèbre dans tout l'islam en commémoration du sacrifice d'Abraham. En ce jour tout bon musulman doit couper le cou au moins à un poulet. Le sultan égorge de sa propre main un mouton.

REPAS 1)L GALV PKRSAN.

à Constantinople. A Teliéran, le chah in chah ne peut moins faire que d'égorger un chameau. Seulement, ce cruel office lui répugnant, il renonce chaque année à son privilège roval &: s'en décharge sur un sosie qui, habillé d'un brillant costume & monté sur un cheval fringant, a été pris pendant longtemps, me dit-on, pour le chah en personne.

La cérémonie a lieu sur la place de Nagarestan. Le chah, en grande tenue, est avec sa suite au balakhanè du palais,

2i8 TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

tandis qu'une foule pressée se tient, en attendant, tout le long des habitations qui bordent la place, & que d'autres regardent du haut des terrasses.

Le chameau, luxueusement caparaçonne, débouche de la rue Zel-es-Sultan, entouré d'un cortège militaire où figure, à cheval, une lance à la main, le suppléant du roi. La viétimc s'avance en tournant la tête & regardant à droite & à gauche d'un air indifférent. Mais à peine est-elle arrêtée au milieu de la place, en face de la porte du palais, qu'elle est dépouillée des riches étoffes qui la couvrent & qu'im coup de lance lui perce le cou. Encore vivante, la malheureuse bête est mise en morceaux que se dispute &: que s'arrache la foule, dans une bousculade générale mêlée de cris.

Ces fêtes religieuses, qu'il s'agisse du martyre des Alidcs ou du sacrifice d'Abraham, donnent donc toujours lieu à quelque explosion de fanatisme? Pendant le deuil de mohantm, ces musulmans se frappent la poitrine à la défoncer, se tailladent jusqu'au sang l A la fête du Kourban, ils mangent toute crue de la chair de chameau, qu'ils considèrent comme sacrée, & se battent pour en avoir !

}i juillet. — Emin Agdas part en pèlerinage à Mechhed, demander la vue au tombeau d'iman Réza. Une reine de France, aux temps mérovingiens, ne voyageait pas avec si nombreuse escorte. C'est une armée avec son train, tant il y a de cavaliers, de piétons & de mulets de bât. Cette petite femme ambitieuse & hautaine ne manque jamais une occasion de faire parade de sa situation privilégiée; forte de son ascendant sur le roi, elle en use sans ménagements. .

Mir2a Abdullah Khan, conseiller au ministère des affaires étrangères, meurt d'une fièvre du Ghilaii gagnée en allant à Recht au-devant du ministre de Russie. Ces fièvres sont terribles l'été; elles sont même quelquefois mortelles, comme en cette circonstance.

6 août. — Nous abandonnons Niavaran une seconde fois, mais pour aller à Chcrestanek. Six heures de marche. Les trois premières heures se passent à grimper asse2 péniblement, jusqu'à 3,400 mètres d'altitude, une raide montée sur les lacets de laquelle, paraissant & disparaissant altemativement selon les accidents du terrain, serpente la longue file des femmes de Tanderoun royal, à califourchon sur leur monture. Sur la roche

CIIKRKSTANKK

grise, les tchadcrs fonces se détachent admirablement, pointillés par les couleurs des ombrelles, couleurs si varices qu'on en compte presque autant que de femmes, chacune d'elles voulant arborer la sienne. Le col franchi, le panorama le plus grandiose se développe. Devant nous apparaît, comme les vagues d'une mer orageuse, une immense étendue de cimes que le Dcmavend domine, à l'est, de sa taille de géant. Nous contournons ensuite quelques montagnes couvertes de lavande <S. de thym, avant à notre droite de profonds ravins où de rares

villages sont comme perdus, & après une longue descente, nous arriTons à Chères tanek.

Durant le dernier temps de notre descente, nous avons tout le loisir de voir la disposition du palais de Sa Majesté. Le biroun est un pavillon redlangulaire à rez-de-chaussée très élevé au-dessus du sol, en avant, & surmonté d*un unique étage; il est dégagé de tous les côtés 6c même précédé d*une grande cour^ plantée d*arbres autour d'un bassin central circulaire. L'anderoun, ouvert sur sa cour carrée qu'il enclôt, se trouve à gauche par rapport à nous, mais il est à droite du biroun si Ton regarde la façade de celui-ci. Des sources de la rivière, à quelque cent mètres au-dessus du palais, nous voyons jusqu'à bonne distance se dérouler la vallée, où la plupart des tentes sont déjà debout le long du torrent.

jjj août. — Le chah m'emmène avec lui à la chasse au mouflon. Après bien des tours &: des détours, après avoir plus d'une fois exploré les flancs des montagnes à l'aide d'une puissante lunette, nous finissons par en découvrir quatre tranquillement couchés au soleil, mais loin, fort loin, surtout à hauteur bien plus élevée. Nous nous remettons en marche par des sentiers à se casser le cou à chaque instant, vrais sentiers de chèvres, dont toute trace se perd même souvent. Parvenus péniblement à 3,200 mètres, on juge que nous sommes trop près pour continuer d'avancer à cheval; car 200 mètres environ doivent nous séparer des mouflons, & le bruit des chevaux pourrait les foire fîiir. Alors nous allons à pied, toujours en montant, sans nous beaucoup rapprocher, simplement afin de dominer le gibier, & ainsi nous arrivons, tout essoufflés, à une arête de rochers d'où nous pouvons tirer. Sa Majesté envoie d'abord une dizaine de balles, nous continuons la fusillade, & les mouflons... courent encore. Nous rentrons à la nuit, plus fatigués de la descente que de la montée, celle-ci s'étant eftèftuéc surtout à cheval, l'autre presque entièrement à pied.

LES MAISONS DE PLAISANCE. 221

i^ imit. — Voici une singulière cuisine : une soupe monstre, ach, qui depuis vingt ans se fait chaque année pour rappeler pareille soupe, dont le chah s'est bien trouvé pendant une épidémie de choléra. Convaincu qu'elle l'a préser\^é, il lui garde un souvenir reconnaissant.

L'opération commence à onze heures. Sous la vaste tente qui sert aux représentations théâtrales en vovage se trouvent.

PRl PVR \TION 1)1. I,'A<.H.

prêts à être dépecés, quatorze moutons suspendus à deux solides perches appuvées sur des fourches plantées en terre; sur le tapis sont alignés des plateaux chargés de piments, d'épices & de plantes odorantes, alternant avec des tas de légumes ik de fruits, où dominent l'aubergine <S: la courge.

Tous les personnages présents au camp, un frère du chah & le premier ministre en tête, viennent s'accroupir devant ces fruits (S. ces légumes qu'ils pèlent, épluchent <Sw coupent en morceaux, pendant que des marmitons malpropres, aux vétc-

ments luisants de graisse, dépècent force moutons. Moi-même je suis invité par Sa Majesté à prendre part à la préparation de râch. Assis devant un tas d*aubergines, je m'acquitte de mon mieux de mes nouvelles fondions, quand Manidjeh fait observer au roi que, la main d'un chrétien rendant impur {nedjès) ce qu'elle touche, les aubergines préparées par moi ne peuvent être utilisées dans une soupe destinée à des musulmans. Le chah, tout en plaisantant, se rend à cette raison péremptoire de son fevori & m'appelle. Dès que j'ai quitté ma place, le père de ce dernier, Mirza Méhémed Khan, ramasse avec soin mes aubergines sur un plateau, en les piquant ostensiblement de la pointe d'un couteau pour faire bien voir qu'il ne se souille pas les mains au contaâ de ce qu'ont touché les miennes, & emporte dehors plateau, aubergines & couteau.

Les opérations préparatoires étant terminées, tranches de mouton, fruits, légumes, herbes odorantes & piments, tout est jeté pêle-mêle & à pleines mains dans une dou2aine de marmites en cuivre, où cuirait à l'aise la soupe d'un régiment entier & dans lesquelles bout déjà de l'eau. Une vingtaine de cuisiniers sont préposés à cette cuisson diabolique qui, à grand renfort d'énormes bûches de bois, va durer jusqu'au soir.

En attendant, des comédiens, dans un accoutrement des plus grotesques, jouent une farce où le Turc est tourné en ridicule. L'aâeur qui remplit ce personnage est rembourré d'oreillers pour paraître gros 5 il s'est si peu soucié de les dissimuler que l'extrémité d'un sort de sa tunique. Comme intermèdes, des jeunes garçons habillés en femmes exécutent des danses lascives au rythme d'une musique composée de clarinettes, tambours & tambourins. Le chah s'amuse beaucoup de cette grossière bouffonnerie, que l'on fait durer à plaisir pour lui être agréable.

Les feux sont éteints, Tâch a fini de bouillir & les cuisiniers sont occupés à la verser dans des plats de toutes dimensions, que de nombreux pichkhcdmcts sont prêts à porter aux heu-

rcux mortels assez favorisés pour avoir leur part de ce que le roi appelle «sa soupe». Or jamais personne n'a pu manger de cette soupe. On m'en apporte une pleine soupière. Ces braves musulmans, qui l'auraient 'jetée si j'avais touché au moindre légume entrant dans sa composition, trouvent tout naturel que, faite par eux, j'en avale. Bouillie noirâtre d'aspedl; repoussant & à forte odeur, les épices & les piments emporteraient la bouche à quiconque oserait y goûter. L'âch, produit d'une pure fantaisie royale, n'est donc profitable à qui que ce soit; sa destinée, à peu près certaine, doit être de disparaître dans les eaux du Cherestanek-Roud.

// (Wut. — Premier jour de moharrem, le mois sacré des musulmans, avec ses journées de deuil en l'honneur des martvrs de la famille d'Ali, ce qui explique l'arrivée au camp d'une foule de mollahs & de seïds, de gens à longue robe ik à turbans blancs, verts ou bleus.

«Il y a trois jours, vous ave^ assisté à une comédie, me dit à ce sujet un Persan patriote <!s; homme d'esprit; les comédiens qui l'ont jouée sont partis, d'autres les remplacent aujourd'hui, d'autres qui sont les chats de la Perse, sans jeu de mots, car, de même que les chats dans une maison, ils vivent bien & font partout des ordures. »

24 août. — Décidément Cherestanek n'a pas tous les charmes. La vallée, qui va de l'est à l'ouest, est asse;^ ouverte par places, bien que généralement bordée de montagnes élevées; mais à l'endroit où nous sommes campés, près de la source du torrent, elle est fermée de trois côtés, étroite <S. encaissée. Il en résulte que si, plus loin, le moindre vent soufflant dans sa direélion acquiert vite une violence exceptionnelle, comme s'il traversait un couloir, à notre camp, par contre, le cilme de l'atmosphère fait que souvent on étouffe, faute d'air. (Sa: n'est pas que la chaleur soit excessive : elle ne dépasse point 25 de-

grés le jour, descend à lo degrés la nuit, & des orages fréquents avec pluie se chargent même de l'abaisser davantage.

L'eau du Cherestanek-Roud, que nous buvons, est séléniteuse en sortant de terre 5 sa fraîcheur, 8 degrés à la source, est la seule qualité qu'elle possède. Toutefois, ce torrent offre l'inappréciable avantage de nous débarrasser de toutes sortes d'immondices dont nous serions empoisonnés.

Les montagnes, qui nous dominent & nous enserrent au point de ne laisser voir qu'une bande de ciel, sont toutes calcaires. Les couches géologiques fr)nt saillie en maints endroits ^ elles sont très redressées & donnent bien l'idée d'une voûte qui s'est ouverte sous la pression des côtés. Ces montagnes sont si élevées que, quand je me hasarde à chasser sur leurs flancs, même lorsque j'atteins, à des hauteurs déjà respectables, les petits coins de verdure dont elles ménagent la surprise, il me semble en avoir toujours autant au-dessus de la tête.

Au camp, bien qu'à moins de 2,500 mètres, nous nous ressentons des pénibles effets de l'altitude, compliquée sans doute par le renouvellement difficile ik rare de l'air. Le roi a des vertiges, ik il n'est pas le seul à se plaindre d'en être incommode. On est sans fr)rce, incapable du moindre effort un peu soutenu $ les indigènes eux-mêmes travaillent mollement, à ce point que dix hommes ont mis trois jours à niveler l'emplacement d'une grande tente.

Emin es-Sultan m'envoie chercher : c'est pour me remettre le brevet de grand officier du Lion & du Soleil, dont j'ai reçu les insignes à Téhéran. Je ne saurais cependant avouer que le premier ministre de Sa Majesté m'a fait autant de plaisir que le ministre de France qui m'adressa, hier, la décoration d'officier de la Légion d'honneur.

26 (tout. - Les orages se succèdent quotidiennement, mais celui d'aujourd'hui les dépasse tous : c'est le bouquet. Vers une heure de l'après-midi, le tonnerre commence à gronder & notre

LES MAISONS DE PLAISANCE

étroite bande de ciel est traverse'e par de gros nuages noirs ; bientôt la pluie se met à tomber, nous inonde pendant deux bonnes heures, en donnaijt naissance, sur les pentes des montagnes, à mille ravines que nous voyons se former, disparaître derrière des rochers ou sous les couches d'argile, pour reparaître, grossies, plus près de nous. Tout à coup, alors que l'on

LE CHAH DKJFrSANT SOIS LE NAHAR KH(»RI.

pouvait s'attendre à la fin de l'orage, éclatent des coups de tonnerre effrayants. La pluie retombe de plus belle & la grelc bat le tambour sur la toile tendue de nos tentes. Un bruit sourd se fait entendre, une sorte de roulement, d'abord lointain, mais qui approche de plus en plus. Pluie & grêle cessent, je sors de ma tente. StupeYait, je vois une avalanche de pierres arriver dans ma direéiion. La voilà qui renverse <S. passe par-dessus quelques tentes de domestiques, à environ 40 mètres de la

2i6 TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

mienne j les palefreniers n'ont que le temps de couper les attaches des chevaux, dont un, déjà envahi, n'est pas retiré sans difficulté. Enfin, ce torrent d'un nouveau genre s'arrête à la rivière, qui n'est pas à plus de 20 mètres de ma tente. Heureusement que toutes ces pierres, toutes ces énormes roches sont serrées les unes contre les autres, maintenues par l'eau des ravines avec laquelle elles roulent, sans quoi, arrivant par bonds, elles auraient été un véritable danger pour le camp. Le tas qu'elles forment sur la rive gauche du torrent a près de 2 mètres de haut sur 10 de large. A six heures, quand tout est terminé, que nous voyons les montagnes jusqu'à leur sommet, nous pourrions nous croire en plein hiver, tant elles sont blanches de grêle; nous le croirions d'autant plus que la température est tombée à 9 degrés centigrades.

28 août. — Le mauvais temps & le froid nous chassent de Cherestanekj la levée du camp s'accomplit à la satisfaétion générale. Nous revenons par le même chemin, constatant que bien des ravins portent encore d'épaisses couches de la grêle tombée le 16. Traversant Niavaran, au pied de Sahabkranié que nous laissons à notre gauche, nous allons nous installer à Saltanetabad.

Le chah & les femmes de l'anderoun royal occupent au palais leurs appartements respeétifs. En dedans des murs d'enceinte est la maisonnette du baghbân bachi avec son jardin. Etemad cs-Saltaneh prend possession de la maison du jardinier, tandis que j'établis mon campement au milieu du jardin. Le premier ministre a une habitation très confortable en face de la porte d'entrée du palais, de l'autre côté de la route le long de laquelle se dressent les tentes des gens moins fortunés.

Le chah ne doit pas non plus beaucoup regretter Cherestanck. Il y a en somme peu chassé, peu pris d'exercice. L\ii, qui est toujours par monts & par vaux, s'est contenté, empêché par le mauvais temps, d'aller déjeuner ik passer quelques

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heures de temps en temps sous sa tente nahar l^bori (du déjeuner), dressée par-dessus la source même du Chcrcstanck- Roud. En dehors du jour où je lai accompagné, le roi n'est retourné à la chasse qu'une fois 5 plus heureux, il a rapjx)rté deux mouflons.

6 septembre. — Depuis notre arrivée, orages & coups de soleil alternent avec une persistance désolante. Pluie ici, grcle sur les montagnes, dont les sommets sont tout blancs. Le jour, la température ne dépasse guère 25 degrés ^ n'était ce temps orageux, elle serait supportable; mais le froid de la nuit est très sensible sous la tente.

8 septembre. Les orages ont cessé; la chaleur tranche, 30 degrés à l'ombre, est revenue; les nuits restent fraîches, presque froides.

Le chah est allé chasser la gazelle dans la plaine, au sud de Dochantèpè, sans résultat. Le gibier, privé d'eau par la sécheresse, a quitté le plateau ik gagné la montagne, à l'instar des Téhéranis. Moi-même j'ai pu le constater les deux fois que je suis sorti avec ma chienne sans rien rencontrer.

// septembre. Le palais de Saltanetabad avec ses dépendances est le plus vaste des palais de Sa Majesté hors de TeTiéran. Il se comjX)se de plusieurs bâtiments dans un parc magnifique où l'eau abonde.

Apres avoir franchi la porte d'entrée & suivi une longue allée, on arrive à une large construdlion, formée d'un corps central qu'une partie plus basse relie latéralement, soit à une tour, soit à un pavillon carré où le premier ministre vient souvent se mettre à l'abri des importuns. C'est l'abdarkhanè, la maison de l'eau, qui contient en même temps les cuisines, ainsi qu'il est d'usage. De l'autre côté de l'abdarkhanè, on a immédiatement devant soi un très grand bassin, puis le palais propre-

ment dit, le biroun, & on aperçoit à droite, sortant des arbres, le haut de la tour de l'Horloge. L'anderoun est au fond du parc, un peu à gauche du biroun, assez voisin d'un autre bâtiment renfermant ce que le chah appelle son « musée d'histoire naturelle ». Or, il faut savoir que ce musée consiste uni-

(Iroqiiit de l'antcur.

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