SALTANETABAD. LA TOUR DE L*HORLOGE
quement en peintures d'animaux qui, il est vrai, couvrent tous les murs, sans épargner le moindre recoin.
Le biroun a deux étages, dont le dernier est entouré d'une galerie. Il possède une salle centrale, de toute sa hauteur, qui ne manque pas de caradicre. Les parois en sont revêtues de lambris de marbre rehaussé d'élégantes arabesques; un bassin rempli d'eau, dans lequel un mince jet retombe doucement
en pluie fine, entretient la fraîcheur 5 des vitres de couleur ne laissent pénétrer qu'une lumière adoucie. Autour de cette salle sont les deux étages de chambres. Le roi se tient généralement au rez-de-chaussée, dans un talar exposé au nord; mais il ne fait guère qu'y prendre son repas, car il passe plutôt son temps à se promènera l'ombre, sous les voûtes de verdure des belles allées du parc, lorsqu'il ne va pas à la chasse. A toute heure, il
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fait bon se promener sous ces trais ombrages. J'en use largement, n'étant séparé du parc que par un mur percé d'une petite porte dont j'ai la clé.
La tour de l'Horloge est bâtie sur le modèle de certains autels du feu {atcc/jgj)y dont, à Nîmes, l'énigmatique tour Magne peut donner une idée. Elle est comme composée de plusieurs étages centrés sur le même axe, chacun de ces étages étant en retraite sur le précédent. Un escalier, qui tourne autour, mène à un belvédère contenant une horloge. Hier, j'étais occupé à dessiner cette tour sur mon album, lorsque le chah m'afKTÇut & vint à moi. Après avoir bien comparé le dessin
au modèle : «Ça, ce n'est pas assez noir», me dit-il en indiquant du doigt les arbres de gauche du parc; puis, profitant de cette occasion de me montrer son talent de dessinateur, il me demande mon crayon &, en quelques coups nerveusement traces, il accentue l'ombre des arbres, afin de faire ressortir davantage la partie éclairée de la tour. Cette retouche, de la main de Sa Majesté, a été respeétée.
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PALAIS DE SALTANETABAD.
L'anderoun est important. Le khabga où couche le chah en constitue la façade 6c possède un splendide talar au premier étage. Les appartements des femmes sont de l'autre coté, autour d'une cour, comme partout.
20 septembre, — Grande réception, à l'anderoun, de toutes les amies de ces dames, dont les équipages ne cessent d'arriver dès le matin. Demain on célébrera l'anniversaire de la naissance de Nasr ed-Din Chah. L'anderoun le fête la veille, sans doute afin de pouvoir jouir à l'aise des divertissements & des cérémonies du lendemain.
LES MAISONS DE PLAISANCE
Le soir, coups de canon & feu d'artifice devant le palais. On n'attend pas la nuit 5 il fait encore jour que déjà partent les fusées 6c tournent les soleils.
21 septembre. — Salam royal à une heure, au palais de Sahabkranié. Le corps diplomatique y assiste en même temps que les hauts dignitaires du royaume, au complet, comme si nous étions à Téhéran.
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M(JN CAMPEMKNT A GcJLKNDOHtK.
A huit heures du soir, grand dîner de cent dix couverts che2 l'cmir kcbir Naïeb es-Saltanch, à Kamranic'. Le palais & les jardins sont illumines à giorno & produisent un merveilleux effet. Naïeb es-Saltanch a invité le favori de son père, hziz es-Sultan, qui est à la gauche d'Emin es-Sultan, dont il n*est séparé que par le ministre d'Amérique. Après le dîner, la soirée ne pouvait finir autrement que par le feu d'artifice obligatoire, qui n'a pas fait défaut, présentant même, grâce au retard apporté par le dîner, cet avantage, rare en ce pays, d'être tiré de nuit tout entier.
ij septembre. — De Saltanetabad, nous gagnons Golendohek, sur le Djadj-Roud, que nous avons passe précisément ici, où se trouve un pont bien entretenu, pour aller au Lar & en revenir, l'été dernier. La vallée est large & bien aérée; le campement est bon à la condition de s'éloigner de la rivière, afin d'éviter, autant que possible, les émanations des parties du lit plus ou moins à sec. Cette considération n'empêche pas le chah d'être au milieu d'arbres tout au bord de l'eau.
Crot|iiU «le l'anlrar.
GOLENDOHEK.
J'ai planté ma tente à 200 pas de la rive droite, avant le pont, à 1,800 mètres d'altitude, bien que seulement au pied de la montagne. Comme elle est éloignée des autres tentes & près de la route, Belle, qui est excellente gardienne, ne s'en éloigne pas. Debout près de la porte, elle me suit des yeux, quand je vais à mon service, jusqu'à ce que j'aie disparu, puis se couche résolument. A mon retour, toujours à son poste, elle vient audevant de moi dès qu'elle m'aperçoit & me fait autant de caresses que si elle m'avait cru perdu : car par-dessus tout Belle est bonne & aime son maître.
De ma tente, je vois l'entrée de la vallée d'Avché, dominée par des montagnes mamelonnées & ravinées à l'infini, &, tout à fait à droite, vers l'est, la route de Latian.
2 octobre. — Nous rentrons à Téhéran après un simple arrêt d'une nuit à Echretabad, au palais du chah le plus proche de la ville, non loin de la porte de Chimran.
HABITATION DU mx.TEUR FKIVRIER D\NS L'ARK, Al- PIKD DU TAKIE-DOVLEH.
La rentrée de Sa Majesté dans sa capitale s'effectue avec plus de solennité que ne s'est accompli le départ. On est parti un peu précipitamment & en désordre, par groupes, même isolément, chacun montant à cheval ou en voiture à sa porte, sans souci de rejoindre le roi au palais. Il v a, au contraire, de l'ensemble dans le retour.
Le chah est en voiture, un coupé attelé de six superbes chevaux à queue teinte en rouge comme le haut plumet qu'ils portent fièrement sur la tête. Les trois postillons, serrés dans
leur tunique, se tiennent droits & rebondissent comme un seul homme au trot de leurs chevaux. Les chaters, armés de leur bâton, flanquent la voiture; les kèchiks la précèdent; nous tous la suivons à cheval.
Nous pénétrons ainsi dans la rue de Chimran; laissons à gauche le vaste parc d'Emin ed-Dovleh, dont les arbres sont gris de poussière; passons devant le palais de Nagarestan, devant celui de Zel es-Sultan; traversons la place des Canons; arrivons à l'Ark par la rue Nasérié.
Et nous voici, pour l'été de 1890, au terme des excursions annuelles, à la fin de notre vie nomade.
Je vais habiter, dans l'Ark, au sud du Takié-Dovleh, une maison qui a fait partie de l'anderoun de Feth Ali Chah. Elle donne sur la rue Djebbékhanè & communique avec le jardin de Goulistan par la cour du Takié. Je partage ce joli pavillon avec le prince Mohamed Mirza Kachef, d'agréable société.
12 mai i8pi. — Cette année, c'est à Echretabad que nous nous arrêtons d'abord. Le palais n'a pas grande importance & les jardins en sont peu étendus. D'autre part, il est si près de Téhéran qu'il n'y a pas une différence sensible au point de vue de la température, à se trouver ici ou en ville, surtout avec les pluies fréquentes que nous avons. De chaque côté de la porte d'entrée sont : quelques chambres, à droite, l'abdarkhanè & Toffice, à gauche, précédant un jardin carré, au fond duquel s'élève un biroun des plus communs. L'anderoun, qui vient ensuite, est disposé d'une façon toute spéciale. Le khabga est une vraie tour; il a trois étages sur rez-de-chaussée, & paraît d'autant plus haut, que les habitations des femmes sont basses & petites. Ces maisonnettes, construites séparément, toutes sur le même modèle, en cercle autour d'un grand bassin circulaire, ressemblent assez à des tombeaux. Un mur dépassant les toits & une rangée de peupliers les cachent aux regards indiscrets.
Le camp s'étend vers le nord, dans la direélion de Kasr
LES MAISONS DE PLAISANCE
i Kadjar, dont nous voyons les jardins étages jusqu'au palais. Kasr i Kadjar, bâti par Feth Ali Chah, domine la plaine ik ressemble à une forteresse. C'est un vaste carré flanqué de tours à ses angles, donnant sur une cour intérieure & n'ayant d'ouvertures extérieures que sur sa façade, du côté des jardins, où, du haut d'un balakhanè à plusieurs étages, on jouit d'une belle vue de Téhéran. Les appartements, ornés à la persane, n'offrent rien de particulier. Le chah ne les habite plus.
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ANDEROUN IVECllRhTAbAD.
i6 mai. — Pluie continuelle. Nous retournons à Téhéran, attendre le moment propice, surtout un temps meilleur, pour reprendre notre vie de nomades.
Il existe dans toute la Perse une certaine effervescence au sujet de la concession des tabacs, définitivement accordée à une société anglaise qui vient de s'installer à Il-Khani, en face de l'ambassade de Turquie <5v de la légation d'Allemagne. Partout
on proteste. A Chiraz, des bagarres se sont produites, il y a eu des blessés. Ici même s'observent des signes non équivoques de mécontentement : des lettres anonymes menaçantes arrivent jusque dans l'anderoun, des bruits de conspiration contre la vie du chah circulent. Le vieux levain du babisme recommence à fermenter. La malveillance ne manque pas d'être de la partie : je soigne depuis quelques jours Emin es-Sultan, atteint d'une légère ophtalmie, & tout de suite la légende se répand que le roi lui a fait crever les yeux.
Tel est l'état des esprits. Qu'en résultera-t-il.'^ Rien de bon, sans doute. Le chah est soucieux, le premier ministre inquiet, les personnages que je vois habituellement paraissent peu rassurés. Le ministre de la guerre, Naïeb es-Saltaneh, est autorisé à murer toutes les portes donnant accès au palais, sauf quatre qu'il sera plus facile de garder. On parle d'arrestations, auxquelles aurait fini par consentir le roi, après une longue résistance. Etemad es-Saltaneh — peu brave de sa nature, il est vrai — ne semble pas avoir la conscience tranquille 5 dernièrement, il s'est réfiigié à l'anderoun royal & y est resté vingtquatre heures chez les eunuques, sans oser sortir, tant l'avait effrayé l'emprisonnement de son secrétaire, Mirza Floughi; & il n'a fallu rien moins qu'un appel du chah pour lui faire abandonner sa retraite. Tout ceci est de mauvais augure.
ip mm. — Séance annuelle du comité de l'Alliance française, dont je suis réélu président. Cette pauvre Alliance vient de l'échapper belle. Au milieu de tous ces bruits de conspiration, le chef de la police , profitant de l'état d'esprit du chah, lui a fait un rapport dans lequel il représente notre société comme une association secrète, une sorte de franc-maçonnerie, quelque chose d'aussi dangereux que le babisme.
Le chah, suffisamment préparé, a ordonné sans plus d'informations la fermeture de l'école de l'Alliance.
Mais il a été facile de faire comprendre au roi ce qu'est l'Ai-
LES MAISONS DE PLAlSANCr:.
liance trançaise, son but clcvé au-dessus de toutes questions politiques ou religieuses, de lui montrer que c'est une institution acceptée par tous les Etats & que lui, en particulier, ami de la France, ne saurait proscrire.
De ces explications, auxquelles le chah s'est rendu de bon gré, il est résulté que Sa Majesté, par un firman en règle, a non seulement accordé sa haute proteélion à l'Alliance française, mais a de plus ordonné qu'une salle soit mise à sa disposition dans toutes les écoles du gouvernement.