‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 30 sur 60 · I.K (Il Ml KT SA (:H\SSK · texte numérisé non relu

I.K (Il Ml KT SA (:H\SSK

que d'arriver. Tout s'explique. Mais un feu d'artifice au camp à cette heure n'est pas précisément du goût de nos chevaux qui, comme à Djoulfa, protestent en tirant sur leur corde, arrachent leur piquet (k se sauvent à toutes jambes, dans toutes les diredlions, sans respefter nos tentes. (>'est bien le cadet des soucis de ces bons chiites, quand il s'agit de rappeler que demain sera l'anniversaire du jour où Mahomet - d'après eux choisit Ali pour son successeur immédiat.

2 j juillet. — Nous nous rendons à Chcrcstanck en remontant toujours le Djadj-Roud presque jusqu'à sa source. Cette partie du voyage n'est pas sans agrément : des arbres touffus, de gigantesques noyers nous couvrent de leur ombre. On voit qu'ici l'eau ne doit manquer en aucune saison. C'est pourquoi les villages se suivent à de si courtes distances — courtes pour la Perse — que nous en traversons cinq avant de passer dans la vallée du Cherestanek-Roud.

Après quatre heures de route, une longue montée & une rapide descente, nous arrivons au village de Cherestanek, à quelque mille mètres du palais de même nom. Le chah, qui ne veut prendre qu'un peu de repos avant de continuer sa route vers le nord, a décidé de dresser son camp près du village 5 sa grande tente rouge y est déjà debout, ainsi que les tentes blanches de l'anderoun.

La moisson n'est commencée nulle part. Les habitants n'ont pas dû avoir connaissance de notre arrivée, qui a lieu d'habitude plus tard, en août 5 car ils auraient pu récolter pas mal de céréales dont la maturité est suffisante. Ils se hâtent bien de les faucher, les pauvres diables! mais combien de blés sont déjà piétines. Les femmes défendent leurs champs tant qu'elles peuvent, repoussent ferrachs & chevaux à grands coups de bâton ik crient comme des possédées 5 cela leur réussit jusqu'à l'arrivée des bêtes de somme, des mulets porteurs de nos bagages 5 alors elles sont débordées ik tout est envahi.

26 juillet. — Ce soir, vers trois heures, Emin Agdas a une attaque d'apoplexie. Ses médecins. Cheikh ol-Atéba & Fakhr ol-Atéba, sont accroupis près d'elle, égrenant leur chapelet. C'est folie à cette femme aveugle d'avoir voulu nous suivre, à cheval, par ces routes difficiles & pierreuses où le cheval butte à chaque pas $ mais elle ne veut même pas laisser croire à sa cécité; chemin faisant, elle décrit le paysage, qu'elle connaît de longue date, comme si elle le vovait. Son énergique vo-

LKS MAISONS DE PLAISANCK. 2^5

lontc lui iait surmonter tout : aveugle (S: parai vscc, ne parlct-clle pas de continuer le vovagc en takhtcrèvan!

iHjuiUd. — Bataille entre les habitants de C^hercstanck «S. les gens du chah, qui leur prennent de force leur orge pour en nourrir les chc\'aux. Il v a des blesses. Cxrs villageois sont vraiment à plaindre. La récolte de Tannée est à peu près anéantie, en partie écrasée sous les tentes, en partie mangée sur pied par les chevaux (S. les mulets. On se demande de quoi vivront ces malheureux, si on leur enlève par-dessus le marche ce qu'ils ont chez eux. Néanmoins, ils sont si endurants \ ont une telle peur de Tautoritc, qu'il a tallu les bien pousser à bout pour qu'ils en vinssent aux mains avec \i:s gtm du chah,

}0 juillet. — L'accident survenu à Kmin Agdas ne nous empêchera pas d'aller plus loin, comme c'était à craindre. Lllc sera transportée à la vilb rovale de Cherestanek <S. v attendra, livrée aux soins de Cheikh ol-Atéba, le retour du roi qui persiste dans son projet de chasse à Kelardècht.

}i juillet. - Nous voici en route pour le Ma/endcran. Le chah me promet de me faire tirer des fai.s;uis. Suivant la vallée protonde, rocheuse, pittoresque au possible, nous descendons la rive droite du C'>herestanek-Roud pendant près de 2 farsakhs, jusqu'à l'endroit où, s'unissant à la I^iura, il forme avec elle le Kéredj. Arrivés là, nous remontons la rive gauche de la Laura, superbe rivière au cours rapide, parfois torrentueux, dont les eaux limpides & d'un beau vert fcmcé sont, dit-on, pleines de truites.

Presque partout, vallées étroites dominées par de très hautes montagnes. Des éboulements ont fait tomber dans les fonds d'énormes rochers qui laissent par endroits à peine la place de la route, bonne en somme, & emplissent ailleurs, pour ainsi dire, le lit de la rivière.

En trois heures & demie, nous arrivons à Kadjasar (tête de chaux), qui doit son nom à des plaques de craie très visibles sur plusieurs montagnes des environs. La tente du chah est la première que nous rencontrons, à 2 kilomètres au moins en avant du camp. Je vois sur l'autre rive, la rive droite, un bel emplacement 5 je vais y dresser mes tentes en passant sur un pont d'une seule arche, qui porte une lézarde inquiétante dans le sens de sa longueur. Vent du nord violent.

V^ août. — Nous gravissons un chemin assez raide, sur le flanc d'une montagne au sommet de laquelle est la ligne de partage des eaux : derrière nous, elles se dirigent vers le sud pour se perdre à travers le grand plateau central 5 devant nous, elles vont à la mer Caspienne. Nous nous trouvons littéralement dans les nuages, à 2,800 mètres, au milieu d'un épais brouillard qui nous couvre comme d'un givre blanc. A nos pieds est le Mazenderan avec ses immenses forets, dont apparaît de temps en temps un coin à travers les rares éclairdes. Une heure de pénible descente & nous sommes à Kandovân, dans une gorge étroite où il n'est pas facile de trouver une place pour sa tente, surtout par ce brouillard qui ne nous quitte plus & se change même en vraie pluie, fine & froide.

2 août. — Si ce brouillard, ces nuages qui nous viennent de la mer Caspienne persistent, je ne vois pas trop à quelle chasse nous pourrons bien nous livrer. Nous allons quand même de l'avant. Impossible souvent de distinguer si l'on a devant soi un cheval ou un chameau. Le chemin, heureusement, semble en bon état & assez bien tracée mais le sol est argileux & le brouillard Ta rendu glissant 5 les chameaux prennent difficilement un point d'appui de leurs pieds charnus & malhabiles; ils glissent & tombent à chaque instant, arrêtent notre marche, à moins cependant qu'ils ne dégringolent au fond d'un ravin, auquel cas, la route restant libre, nous continuons d'avancer, enten-

LES MAISONS DE PLAISANCE. 255

dant, sans rien voir, le bruit d'une masse qui roule avec fracas, brisant tout sur son passage.

Nous cheminons depuis deux longues heures dans ces conditions, quand, vers onze heures, le brouillard fait mine de s'en aller. 11 s'éloigne en suivant les vallées. Bon voyage! On aperçoit enfin un peu du paysage. Les montagnes si nues de notre point de départ se sont garnies d'abord de broussailles, puis de vrais arbres, surtout de hêtres.

Page 1