POI.TE I)F. KOUM
& donnent l'illusion de nappes d'eau. Mais de l'eau, il n'v en a guère, hélas! dans ces contrées; ik si par hasard on en rencontre, elle est horriblement saumâtre; chacun le sait 6c chacun cmp)rtc avec soi sa provision d'eau de boisson , précaution qui n'est jamais inutile.
En arrivant à Menzérié, après quatre heures de voiture, nous voyons loin devant nous, à environ j farsakhs, scintiller au soleil le dôme doré de la mosquée de Koum. Les ferrachs
ont du mal à dresser les tentes : le sol est mouvant & les piquets ne tiennent pas.
20 mai. — De Men^crié à Koum, la route est en ligne droite, déviant à peine vers son milieu pour passer un pont dit Vontdu'Barbier, Pol i Dellak, en tant qu'il a ctc construit par un barbier de la ville, selon la légende. Tout à Textrémitc de la route, comme si elle la terminait, se dresse la coupole d'or, entourée de ses minarets, de la mosquée où est le tombeau d'une sainte chiite de la postérité d'Ali, Fathma, plus souvent appelée Maçoumé (l'innocente). La présence de ce tombeau fait que de tout temps la mosquée & ses entours ont été recherchés comme lieux de sépulture. Ici reposent Chah Séfi, Chah Abbas & Chah Souleiman, de la dynastie des Séfévis; Fcth Ali Chah & Mohammed Chah, de la dynastie des Kadjars; Nasr ed-Din y a fait préparer son tombeau 5 c'est ici enfin que tous les ans Emin es-Sultan vient prier sur la tombe de sa mère.
On ne peut s'imaginer combien ce lieu saint feit vivre de mollahs & de seïds : la ville en est pleine.
Koum, qui est sous le patronage d'une femme, est de même gouvernée par une femme, Fakhr el-Moulouk, l'aînée des enfants du chah. La ville est au milieu d'arbres d'un vert foncc^ qui se détachent sur un fond de collines claires d'argile rose & jaune 5 elle s'étend le long de la rive droite d'une rivière, le Koum-Roud, au lit démesurément large, comparé à l'eau qu'il contient. Nous campons sur la rive gauche, à faible distance des dernières maisons, le roi avec l'anderoun, dans un jardin touflFu rempli d'humidité & d'ombre, nous autres, un peu partout, jusque dans le lit de la rivière.
Trois jours sont longs à passer près d'une ville qui n a d'intéressant que la nécropole de sa mosquée, par une chaleur excessive, à l'entrée du grand désert de Decht i Kavir.
Il est vrai que mes malades sont là pour m'occuper, sinon pour prendre tout mon temps 5 car j'ai une seconde malade à
VOYAGE AU FERAGHAN. 321
l'andcroun, la nouvelle étoile, la jeune et belle Bachi. Le chah n'a pas voulu s'en séparer, elle l'accompagne malgré ses cinq mois de grossesse; seulement les cahots de la voiture produisent déjà leur fâcheux effet.
Mais nos trois jours de repos sont loin d'avoir profité à la versatile Aïcha. Dans son impatience, très naturelle, de guérir, ne s'est-clle pas avisée d'écouter les conseils des commères & de faire venir un rebouteux de je ne sais où, qui lui a mis dans