‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 44 sur 60 · BOUROUDJIRD. PORTE ET REMPARTS · texte numérisé non relu

BOUROUDJIRD. PORTE ET REMPARTS

Parthcs, les bûcherons du Mazenderan, sont de petite taille ik ont la barbe courte ik frisée, les Lx)urs sont grands, ont la tête forte & portent une barbe longue ik lisse.

Les Lours ont souvent tenu tcte au pouvoir. Jamais ils n'ont reçu à demeure chez eux un représentant de l'autorité; maintenant encore, le gouverneur en titre du Louristan habite Bouroudjird. Rien ne les a entièrement matés jusqu'à ce jour : ni la mort de leur chef, Hussein Kouli Khan, étranglé par ordre de Zcl cs-Sultan qui l'avait attiré dans un piège; ni le massacre que ce prince a fait des leurs après avoir envahi leur pays ik commis les plus grandes atrocités, les cruautés les plus

barbares. Lorsque je suis arrivé à Téhéran, j'ai vu chez Emin es-Sultan le frère de Hussein Kouli Khan, un homme d'une soixantaine d'années, d'aspeâferouche, venu, à la suite du massacre des siens, demander protcftion au premier ministre.

Retires dans leurs montagnes, les Lours & les Bakhtyaris ne se sont pas croisés avec les gens des plaines. Aussi, les habitants de Bouroudjird, malgré les rapports de leur ville avec le Louristan, n'oftrcnt-ils rien à signalef à ce point de vue. Un poète a dit d'eux : «On leur pardonne leur bassesse & leur avarice à cause de Xz générosité àc leurs femmes.» Il ne m'a pas été donné de contrôler l'assertion de ce poète, qui n'a peutêtre parlé ainsi que par besoin d'antithèse. Toutefois, je ne saurais dire autre chose des habitants de Bouroudjird.

De toutes les raisons, plus ou moins justifiées, que l'on a émises pour expliquer le but de ce voyage, la meilleure, probablement même la seule vraie, l'unique s'il n'y en a qu'une, c'est que le roi a voulu faire oublier la conduite de son fils visà-vis des Lours. Je vois en eflFet que, depuis près d'une semaine que nous sommes ici, le chah s'est appliqué à recevoir chaque jour ces chefs qui sont venus du Louristan lui présenter leurs hommages & feire aéle de soumission. Il les a honorés de cadeaux dont ils paraissent flattés 5 en retour, ils mettent un véritable empressement à l'accompagner dans ses sorties.

La moisson s'accomplit; la récolte des céréales est presque terminée; à peu près seuls restent debout les pavots, dont l'importance est telle, que leur opium constitue le principal rapport du sol. La vigne est cultivée dans les nombreux jardins qui entourent la ville.

Nous n'avons pas encore eu de campement plus désagréable que celui-ci : temps orageux continuel; température de 39 degrés le jour & 25 degrés la nuit, que n'adoucit pas sensiblement la présence de la neige sur quelques montagnes des environs; avec cela, poussière & mauvaises odeurs qui ne permettent guère de tenir la tente ouverte.

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zj juin. — A la grande satisfaélion de tous, le camp est levé. La région que nous traversons est bien cultivée, pas partout cependant où la terre s'y prêterait, toujours faute de bras : ces grandes étendues ne sont pas assez peuplées. Après avoir monté durant deux heures de cheval, laissant à nos pieds, sur notre droite, une plaine mollement ondulée, nous arrivons à un joli petit plateau de forme presque circulaire, où s'étalent plusieurs villages. Les montagnes grisâtres qui l'encadrent forment sur le ciel bleu une ligne horizontale à peu près sans échancrures. Du fond, où est dressé notre camp, près de Vennaï, de petits monticules s'élèvent progressivement par ondulations douces jusqu'aux sommets les plus élevés, jusqu'à de larges amas de neige. Une eau glacée coule en abondance des hauteurs.

Chaleur modérée, température supportable le jour &: fraîche la nuit, eau plus que suffisante <Sw bonne, sont des avantages appréciables qui nous font goûter le séjour de Vcnnaï.

Le voisinage du Louristan n'est pas sans inconvénients : des vols ont été commis au camp, la tente même du chah n'a pas été épargnée. Il en est résulté que tous les mendiants, tous les rôdeurs ont été chassés, & que des patrouilles circulent la nuit. Dans une de ces rondes, les cavaliers d'Allad Dovleh ont pris un des hommes de Sari Aslam, le gardien de la tente royale : d'où brouille & dispute violente entre les deux personnages. Sari Aslam furieux fait enlever de force le prisonnier. Mécontentement du chah, qui lui retire l'honneur de veiller sur sa tente & le confie à Choudja (brave) es-Saltaneh, commandant des troupes à pied du camp.

Est-ce la chaleur des derniers jours qui a monté les têtes? Sari Aslam n'est pas le seul à sortir de son naturel; voici que les servantes de l'andcroun crient & font leur petite manifestation. La tyrannie des eunuques n'v est pas étrangère. Le renvoi de la plus turbulente calme les autres.

Le 2 juillet, toujours à Vennaï, Sa Majesté passe en revue

deux à trois mille Êintassins de la plaine & sept à huit cents cavaliers Bakhtyaris & Lx)urs. L'infanterie n'est pas suffisamment exercée, îk les uniformes ont le plus grand besoin d'être renouvelés. Quant aux cavaliers, ce sont des irrcguliers difficiles à juger 5 ils manient hardiment leurs chevaux, qu'ils ne ménagent point 5 mais Tinstmâion militaire leur feit absolument défaut.

j jmllet. — A Bardèsara, où iious sommes depuis hier, on célèbre la fcte du Kourban. Si-île chameau du chah n'est pas immole selon l'usage, en revanche plus de mille moutons sont égorgés pour rappeler le sacrifice d'Abraham.

Que l'on s'imagine l'ctat du camp après cette hécatombe! La bête est dépouillée sur place, près des tentes 5 la peau est étalée à terre & sèche au soleil; rien n'est enfoui. Il ne reste plus qu'à décamper.

6 juillet. — Sarab est à une des sources, large & profonde, du Gamas-Ab. On a passé la précédente journée à Bardèsara, uniquement afin d'y laisser les restes de la fcte du Kourban & de ne point s'exposer à voir souiller les belles eaux du Gamas- Ab par les dépouilles de tant d'animaux sacrifiés, ce qui n'aurait manqué de se produire. Sachons donc gré au chah d'avoir eu cette bonne idée.

La plaine s'allonge indéfiniment dans la direftion du nordouest, entre deux chaînes de montagnes. Celle de droite, la moins haute, est couverte de terre ik mamelonnée de la base au sommet. Celle de gauche n'est autre que le Sèfid Kouh, qui marque la frontière du Louristan ik que nous avons à notre côté depuis Bouroudjird^ elle est beaucoup plus élevée, rocheuse, 6i les cimes en sont couvertes de neige.

Alexandre le Grand, allant de Persépolis à Ecbatane, a traversé cette région que nous parcourons. Vrai barbare au milieu de civilisations avancées, il n'a guère semé que la ruine. Le

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temps a achevé l'œuvre du conquérant, si bien que des choses d'alors, rien ne reste.

La semaine passée à Sarab* a été gâtée par l'excessive chaleur des trois derniers jours. Un vent brûlant du sud s'est mis à souffler, & presque instantanément le thermomètre a, de 30,

LE KHAN Dn NEHAVEND ET LES MEMBIIES DE SA KAMILLE.

monté à 38 degrés. Jusque-là, séjour des plus agréables; mais des lors, insomnie la nuit, lourdeur le jour rendant impropre à tout mouvement, plus d'autre agrément enfin que le voisinage de la rivière où l'on peut puiser à son aise pour les ablutions, avantage précieux, il est vrai.

Ixs dépêches ne permettent plus de douter de l'entrée en

Perse du choléra & même de son extension. Il a suivi la route de Hérat à Mechhed où, depuis un mois, il fait chaque ;our de nombreuses viftimesjde là il s'est avance jusqu'à Chahroud, sur le chemin de Téhéran. Voici qu'on annonce de Recht que, venu de Bakou, il a fait son apparition sur cet autre point du territoire persan j or Recht est tête de la route la plus fréquentée entre la mer Caspienne & la capitale. Des mesures ont été ordonnées, dit-on, contre l'invasion du fléau; lesquelles? je l'ignore : aucune probablement. Toutefgis il serait grand temps d'y songer, alors que le Khorassan est envahi & que les portes du Ghilan sont forcées,

12 juillet. — Nous allons à Baba-Roustem. Ici encore Tcau ne nous fera pas défaut, l'eau dont la simple vue réjouit quand on en rencontre sur ce sol aride, quand on en trouve au campement après une étape sous ce soleil de plomb.

Les récentes nouvelles de l'épidémie de choléra n'empêchent pas de tirer un feu d'artifice, pour annoncer la fête de demain , le ghadir, nom qui provient de Ghadir Khoum (mare de Khoum), l'endroit où Mahomet a présenté au peuple son gendre Ali comme devant lui succéder.

Nous sommes à un demi-farsakh de Nehavcnd, qui nous est caché par des jardins, ik dont nous n'apercevons au travers des arbres que le haut des murs crénelés de la citadelle. Près de cette ville se trouve un tumulus que le chah fait fouiller, bien qu'il l'ait déjà été il y a quelques années par son jeune frère, \z ed-Dovleh, alors gouverneur de ce distriél. Les travaux étant terminés, je m'y rends, le 13, en compagnie d'Etcmad cs-Saltanch.

Ce tumulus est considérable : environ 40 mètres de diamètre à la base sur 10 de haut. On v est entré par l'est en creusant, à peu de distance du sommet, dire6tcment vers le centre. La terre enlevée, on a d'abord rencontré, dans une épaisseur d'un mètre, de gros blocs de terre glaise pétrie & séchée au

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soleil, relies entre eux par une sorte de mortier de peu de consistance coulé dans leurs joints; puis on est arrivé à une voûte en maçonnerie solide, on la percée & on a pénétré dans une chambre sépulcrale au milieu de laquelle est un sarcophage. Sur la paroi occidentale de la chambre, on a remarqué l'ouverture d'un corridor conduisant à la véritable entrée, qui a été dégagée, & par laquelle chacun peut aller visiter le tom-

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