CHATEAU POI.T DE NEHAVEND
de Thcgire, — elle a ctc restaurée par Feth Ali Chah, & s'élève sur le même monticule isole, entre la ville & les jardins. C'est un quadrilatère qui en impose par sa masse & par les quatre tQurs de ses angles, dont la partie supérieure. Élite de briques de deux couleurs formant des losanges réguliers, rompt un peu la monotonie du gris uniforme des murs. La porte étant percée haut, on y accède par une forte rampe en maçonnerie.
Un vaste réservoir d*eau creuse sous la citadelle lui permettrait de soutenir un long siège.
Ayant fait amplement connaissance avec Nehavend, nous continuons notre route vers le nord, à travers une riche vallcc arrosée par une rivière qui va se jeter dans le Gamas-Ab, & dont les rives, chose rare, sont assez bien garnies d'arbres.
Notre camp, pics de Vesatch, est entoure de luzernes & de maïs pleins de lièvres qui, ef&aycs par notre subite arrivée, se mettent à courir en tous sens, & se heurtent contre tout, dans leur affolement. Jamais battue n'en a levé autant, ce qui donne lieu à une chasse générale, sans arme, durant laquelle plus d'un s'étale en voulant saisir la bête.
ij juillet. — Par un excellent chemin, nous remontons toujours la même vallée, qui va s'clargissant, entre deux chaînes de montagnes dont certains sommets sont hauts & rocheux. Quelques tumulus à gauche de la route. Nous campons sur la rive gauche de la rivière à une faible distance de Ferasvedj, que nous voyons devant nous, domine par un immense caravansérail, en ruine comme tant d'autres, & par les restes d'une forteresse qui surmonte un beau cône tronque. De ce même côte, en face de nous, l'horizon nord est limité par le massif de l'Elvcnd, qui semble nous barrer la route.
Ferasvedj a le triste avantage — envié cependant conmic source de revenus — de voir passer les caravanes de cadavres qui, de différents points de la Perse, se rendent à Kerbéla.
1 8 juillet. — Marchant cette fois vers l'est, nous arrivons aux premiers contreforts de l'Elvend, à Toui, que nous traversons pour aller dresser nos tentes un demi-farsakh plus loin, à 2,000 mètres d'altitude, dans un lieu charmant, au milieu d'arbres aux frondaisons du plus beau vert, parmi de gais ruisseaux qui descendent de tous côtés de la montagne en gazouillant. Ajoutons que la température est douce le jour &
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fraîche la nuit, & nous pourrons nous croire dans un coin du paradis de Mahomet, houris à part. Du reste, nous ne devons pas en être si loin. Ne dit-on pas, en effet, que les sources de l'Elvend, au lieu de jaillir du pied de la montagne, sortent au sommet. De là à conclure qu'elles viennent direftemcnt du paradis, rien de plus simple pour l'imagination orientale, qui n'a pas manqué si belle occasion.
Tt)MBhAlî l>i; PROPHKFK HABACUt:.
Toui est peuple de familles princicres de la nombreuse progéniture de Feth Ali Chah, qui vivent, en général, du produit de leur travail. Les ancêtres de tout ce peuple, dont plusieurs sont encore là, exilés à l'avènement de Mohammed Chah comme prcKhes parents lui portant ombrage, se sont définitivement fixés à Toui, où leur descendance constitue une colonie d'un millier de têtes.
A quelques kilomètres du camp est l'emplacement d'une
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ville, Roud-Dcravcr, qui a ctc le centre d'un grand commerce de safran, alors cultive dans ces contrées où Ton n'en voit plus trace. Pourquoi l'abandon de cette culture & pourquoi la disparition d'une population nombreuse? Personne ne peut m'en dire la raison. Au lieu d'une ville prospère, il n'y a plus que des ruines sans nom, à l'exception d'un monument que l'on donne pour le tombeau du prophète Habacuc, un des douze petits prophètes juifs, monument de forme polygonale, entièrement en briques cuites, jusqu'à son toit à côtes si bizarre, qui le fait ressembler à un gâteau de Savoie.
Un tumulus considérable, plus volumineux que celui de Nehavend, peu distant du tombeau de Habacuc, a été ouvert par ordre de Sa Majesté sans aucun résultat : d'une grande tranchée percée jusqu'au centre, il n'est sorti autre chose que de la terre 5 pas le moindre vestige de sépulture. Cependant tout portait à croire que ce tertre si régulier était l'œuvre de l'homme.
Le premier jour de l'an de l'hégire 1310 tombe aujourd'hui, 26 juillet de notre année 1892. Il eût été difficile d'attendre cette date, en cette saison, dans un campement plus agréable que celui-ci. On dit que le chah y a prolongé son séjour jusqu'à présent à cette intention. Chacun lui en sait gré. Les Persans ont pris le deuil {matem)y comme de coutume pendant les dix premiers jours de moharremj ils ont revêtu leurs habits noirs — les plus usagés — qu'ils laisseront aux pauvres en les quittant, le deuil terminé.
28 juillet. — Nous franchissons un contrefort asse^ élevé de l'Elvcnd. Deux heures de montée, une heure de descente iv nous nous trouvons sur le plateau de Malahcr. Nous irons dorénavant dans la direftion de Téhéran. De tous côtés, rochers de marbre blanc, jaune ou rouge ; c'est la pierre commune de cette contrée. Les montants des portes du gbechlal^ que nous traversons avant d'arriver à la plaine sont des blocs
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de marbre. Le ghechlak est un village souterrain, ordinairement sur l'encadrement des plaines, habite en hiver par ces nomades qui, l'ctc, conduisent leurs troupeaux à travers les montagnes aussi longtemps qu'ils y trouvent leur nourriture, pour n'en redescendre qu'à l'approche de la mauvaise saison. Les portes de ces singulières habitations dépassent le sol; comme elles sont ici de marbre blanc, & par conséquent visibles de loin, leur ensemble fait croire, à première vue, plutôt
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à une nécropole qu'à l'existence d'un village ; d'autant plus qu'elles se confondent avec le cimetière, dont les fosses sont recouvertes également de marbre, sous forme d'une seule dalle ou de plusieurs pierres juxtaposées.
Le plateau sur lequel nous entrons ne ressemble guère à ceux que nous venons de quitter, si cultivés ik si riches pour la plupart; de nouveau voici le sable, les chardons & l'herbe à chameau. Autour d'un gros village, Hcsscinabad, nous voyons quelque culture; mais tout est clairsemé, les tiges des céréales
sont courtes & les cpis petits, tant la terre est de mauvaise qualité. Aussi, se demande-t-on ce qu*a bien pu garder la forteresse dont on voit les ruines sur le monticule habituel, à droite de la route, après avoir dépassé Hosseinabad. Et pourtant elle a été considérable, entourée qu'elle est en outre à sa base de murailles flanquées de tours, également minées.. Lorsque ces sortes de constmftions se trouvent en plaine, tout est de la main de l'homme, jusqu'au tertre, quelquefois vraie colline, qui les supporte. C'est le cas ici. Que l'on juge donc des bras, ou du temps à défaut de bras, qu'il a fallu pour élever cette citadelle, & pour garder quoi, le désert qui l'entoure?
Cinq farsakhs parcourus en près de six heures de cheval & nous sommes à Nanadj, heureux de trouver nos tentes, malgré la pauvreté du pays en eau comme en toutes choses.
Nous revoyons des kanots ou aqueducs souterrains destina à amener, de montagnes plus ou moins éloignées, l'eau de boisson aux endroits habités qui en manquent. Ces kanots ont été creusés non pour le village qui en profite aéhiellcment, mais afin d'alimenter d'eau l'ancien chef-lieu de ce distriâ, Kesp, ville détruite au commencement du siècle, où il ne reste au-dessus du sol que les ruines d'une mosquée datant de l'an 1012 de l'hégire.
^0 ^ ^1 juillet. -- Collines ondulées, plaines arides, villages misérables sont la caraâéristique de ces deux étapes, l'une de trois heures de voiture & l'autre de deux, au terme desquelles nous passons la nuit à Gharétakin & à Aliabad, seconde localité de ce nom sur notre route.
/" aoiit. — Un pont en bon état & un ancien caravansérail témoignent de la présence d'une grande voie de communication, la route dirc6te d'Ispahan à Hamadan, l'ancienne Ecbatane, capitale de la Médie.
Voici un imam^adc seul debout au milieu d'un vaste cime-
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tièrc, sans aucune habitation dans le voisinage : c*est la nécropole d'une ville morte ik enfouie elle-même sous la terre apportée par le vent, l'ancien Diabad, détruit jadis de fond en comble par les Afghans. Il &ut monter pendant encore vingt minutes pour trouver, à l'cntrcc d'un plateau, sans limite apparente du côté du nord, le nouveau Di2abad, village entouré de vignes, & d'une propreté d'autant plus à remarquer qu'elle n'est pas commune.
LK FKRR\(:H BAniI Al- MILIEU I>K CMAMBKIXANS.
Quelques séries de collines transversales fianchies sans difficulté, quelques petites plaines au sol inégal parcourues entre de hautes montagnes arides, à roches d'ardoise soulevées de notre côté, & l'on arrive à Djiria, joli village au milieu d'arbres d'un beau vert qui tranche sur le terrain, brûlé du soleil ik jauni, des environs. Djiria doit cet état de fraîcheur aux montagnes qui le garantissent des vents du sud & de l'ouest, tout
en lui fournissant de l'eau en abondance, l'hiver, & en quantité suffisante, l'été.
2 août. — Un col traversé en quelques minutes & nous débouchons sur l'immense plaine de Saroug. Oasis de verdure au milieu de cailloux, Saroug, l'ancien chef-lieu du Feraghan, était le centre de la fabrication & du commerce des tapis de cette province avant la fondation de Sultanabad, au commencement de ce siècle. S'il continue à faire des tapis, il est loin d'avoir l'importance d'autrefois & ne peut se comparer à son heureux rival.
Deux farsakhs plus loin, nous trouvons notre camp, entre les villages de Nesmabad & d'Engherran. Plusieurs canepetières se sont levées à notre passage. Il est regrettable que le temps nous manque, sans quoi nous nous livrerions à la chasse de ce gibier. Mais nous n'avons plus d'arrêt; chaque jour une nouvelle étape. Nous ne savons pourquoi Sa Majesté met tant de hâte au retour.
Dans un imam^adè, à Engherran, Etemad es-Saltanch a trouvé de belles briques émaillées qui, sans être à reflets métalliques, ont néanmoins quelque valeur. Il en a choisi trois dont il me fait cadeau. Deux sont à fond bleu, sur lequel rcssortent, fort bien dessinés, che2 l'une, un oiseau de proie saisissant un héron, che2 l'autre, des arabesques & des fleurs entrelacées. La troisième brique est couleur de bois & porte en relief un seul mot, Allah, en cara6lères arabes.
^ août. — Sans quitter le plateau de Saroug, en remontant seulement un peu vers le nord au lieu de continuer presque à l'est comme depuis Toui, nous sommes, en quatre heures de voiture, à Achtiân, ville bâtie en amphithéâtre sur le flanc sudest d'une montagne faisant partie de la chaîne qui termine le plateau de ce côté.
Les jardins d' Achtiân — la patrie du mouchtehid de Téhc-
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ran, surnomme pour cette raison Achtiani — sont au pied de la montagne, au bord d'un pauvre ruisseau qui a tout le mal du monde à céder de l'eau pour humeâer les champs de melons parmi lesquels sont dispersées nos tentes.
Un vent d'est, qui nous souffle à la figure depuis quelques jours durant la route, est ici des plus violents. N'était l'arrosage des champs à melons, nous serions dans une poussière perpé-