RKCHT. SIS TOITS IN F^NT
le re^-dc-chaussée qui sert de bazar. Le soleil, resté caché jusqu'ici, commence à se montrer, L'adlion vive de ses rayons, jointe aux émanations des marécages du Ghilan, est funeste au voyageur, ainsi que nous l'avons appris par la mort de Mirza Abdullah Khan, qui a payé de la vie son voyage à Recht en juillet 1890. Pressant le pas, nous arrivons vers onze heures sur le pont au bout duquel est Recht.
Porteur d'une lettre de M, de Spcyer, qui a d'ailleurs annoncé mon arrivée par dépêche, je me présente au consulat de
^'^ Les opankcs sont des chaus- *i de lanières, en usage chez les peusures faites d'une semelle de peau pies de la péninsule balkanique.
Russie, où je reçois de M. Pakitonof le meilleur accueil ik la plus large hospitalité.
2 novetnhre. — Recht est une ville de 30,000 habitants, bien bâtie au milieu de jardins étendus, à toits en pente, propre & ayant des bazars bien approvisionnés. Ses caravansérails sont en tout temps encombrés par les marchandises qui s'échangent entre l'Europe & la Perse, par la mer Caspienne. Le commerce des soies y est très important. Ses tapis à point de chaînette {goHldoHV^)y en soie de toutes couleurs formant de si jolis dessins, sont renommés à juste titre.
Je rends visite au gouverneur, Essam Saltaneh, un parent du chah, dont le palais, donnant sur une grande place, est dans le goût de toute riche maison persane, sans particularités architeâturales. Essam Saltaneh est marié à sa cousine germaine, Afser Saltaneh, qui me demande une consultation & a l'amabilité de m'offrir sa voiture pour mes courses en ville & pour le trajet de demain jusqu'à la barque. Le soir, en rentrant au consulat de Russie, je trouve même un pichkhèdmet du gouverneur, chargé de me remettre un gouldouzi que m'envoie la princesse, afin, me fait-elle dire, que «j'emporte un souvenir qui me rappelle mon passage à Recht».
jj mvembre. — De Recht à Pirba^ar, la chaussée n'a pas dû être facile à établir sur ce sol bourbeux; elle est cependant assez bonne & bien entretenue, & une heure suffit pour la parcourir en voiture entre les haies des jardins de pêchers, citronniers & orangers qui la bordent, tous arbres de belle venue, en tant qu'ils ont eu, avec la tête au soleil, les pieds dans l'eau pendant la durée des chaleurs.
Tout ce qui va de Recht à Enzeli, & réciproquement, doit passer par Pirbazar, sur la rivière de même nom, qui coule au milieu de marécages couverts de très hauts roseaux. Pirbazar n'a pas d'autre importance. Une barque à six rameurs trans-
porte en trois heures au port d'embarquement. Les rames sont employées rarement tant que l'on est sur la rivière : quatre des rameurs touent la barque à l'aide d'une longue corde attachée au mât, pour ne reprendre leurs rames qu'au Mourd-Ab, lagune au nord de laquelle est En2eli, où, partis de Recht avant neuf heures, nous de^barquons à midi.
If r^iit'-iir.
KSZKI.I KT LK <J1KN\I. Dr MOIRD-AI».
En^eli, sur la mer Caspienne, est le port du Ghilan, l'entrée de la Perse par cette province, un port où les bateaux à vapeur ne peuvent malheureusement pas accoster. La ville est petite. Une seule constru6lion attire le regard : le palais du chah, très haut édifice qui n'a de curieux que sa forme. Chose singulière, la maison du télégraphe est de l'autre coté du chenal par lequel on va du Mourd-Ab à la merj il a semblé tout simple d'en arrêter le fil au dernier poteau, plutôt que de lui Édre passer l'eau pour la commodité des habitants, qui ne peuvent aller qu'en barque expédier une dépêche.
Apres avoir parcouru En2eli en tout sens & visité le palais du chah sans v trouver grand intérêt, je vais au télégraphe &
me rends ensuite sur le Comiloff, petit mais propre bateau à roues de la Compagnie Caucase (à^ Mercure, qui doit partir ce soir à huit heures pour Bakou. Du vapeur, En^eli paraît comme un gracieux mirage.
4^ J novembre. — Sur la mer Caspienne, d un calme parfait. Voici Astara, première localité msse, presque sur la frontière, puis Lenkoran, le Nice de la côte Caspienne. A gauche, chaîne de montagnes boisées d'un bel effet, soit que sur les pentes en pleine lumière les vallons s'estompent en traînées sinueuses inégales, soit qu'abandonné du soleil, tout se fonde en une teinte sombre uniforme, ne laissant de net que la ligne des crêtes vigoureusement tracée sur le ciel en feu du couchant. Le mont Savalan domine cette chaîne, bien que loin derrière elle, de tout ce que lui donne de supérieur sa haute taille de 4,820 mètres.
Lenkoran est admirablement situé entre la mer & la montagne. Les habitants peuvent jouir des agréments de chaque saison sans trop se dépbcer, l'hiver, sur la plage, l'été, au fond de quelque vallée ombreuse du voisinage. Les maisons disparaissent au milieu des arbres des jardins 5 on ne voit guère, du bateau, que les plus proches de l'eau & une sorte de rotonde surmontée d'un clocheton.
Arrivé à l'embouchure de la Koura & de l'Araxe réunis, le Comi/off hhsc derrière lui les montagnes & ne longe bientôt plus qu'une côte basse, plate & monotone. Il nous tarde d'être à Bakou, qui apparaît, le 5, vers midi & demi, au milieu d'un nuage de poussière mêlée à la fumée des distilleries de naphtc. Les maisons grisâtres se confondent longtemps avec le sol aride des environs; elles ne se distinguent qu'à l'approche du port. Nous débarquons à deux heures.
6 mvewhre. — Bakou a été très éprouvé par le choléra, qui a emporté le vice-consul de France, M. Humbert, originaire
de Mct2, homme de devoir, simple & droit, unanimement loué pour son courageux dévouement durant l'épidémie, dont il a été une des dernières vi6limes.
La ville modeme s'est développée tout autour de la vieille ville persane, principalement le long des quais. Cette dernière seule est intéressante, avec son ancien palais des Khans, qui a conservé son nom originel de Balahissar (haute forteresse).
^Ltek.
^^^^^pfc— ,^^y>J^^^J^^ j
iâl«3^-^^