NAKTCHF.VAN. TOUR ET MINARETS
étalages, types plus ou moins variés. Du reste, la nuit vient, force nous est de mettre un frein à notre curiosité. Nous traversons le Meïdan (place publique), peu animé à cette heure, & reconnaissons notre quartier, le quartier neuf ou russe, terme des excursions d\me journée bien remplie.
J2 septembre. — Départ d'Erivan :i huit heures du matin. A peine sortis de la ville, une grande plaine s'étend devant
nous jusqu'au pied de TArarat, qui nous fait face pendant près de deux heures, presque jusqu'à Aghamzaou.
Après ce relais, la plaine continue, mais un peu plus habitée, mieux irriguée & cultivée à peu près partout; on remarque en particulier des vignes, des rizières & des champs de cotonniers entourés de ricins. Ce sont toujours les mêmes villages, aux maisons basses à terrasses, que cachent de longs murs, le tout en pisé 5 seulement, ces masses grises habituelles sont ici avantageusement nuancées de tons verts, fournis par les branches .de nombreux arbres fruitiers.
Midi approche 5 pour notre incommodité la chaleur s'ajoute à la poussière. Heureusement le deuxième relais, Kamarlou, n'est plus qu'à 5 verstes. Nous ne sommes pas fâchés d'y trouver un abri contre le soleil pendant le temps du déjeuner, si court qu'il soit.
A partir de Kamarlou, le plateau va se rétrécissant : les montagnes nous rejoignent peu à peu de chaque côté. Rapprochés de l'Araxe, nous ne quitterons plus sa rive gauche, à distance, s'entend, que pour entrer en Perse. La campagne devient aride & s'emplit de cailloux. Bientôt le soleil se couche de l'autre côté de l'Ararat, qui est maintenant derrière nous. Nous touchons à l'étape, à Bachnourachen.
j^ septembre. — Sa Majesté désire arriver de bonne heure dans ses Etats 5 aussi sommes-nous en voiture à cinq heures du matin. Il nous en coûte peu d'être debout si tôt, car il y a belle heure que les moustiques nous ont éveillés, & nous n'avons pas attendu le jour^pour sortir de la moustiquaire dont une sage prévoyance a muni nos couchettes.
Donc, nous nous mettons en route à cinq heures, traversant rArpa-Tchaï, rivière représentée aujourd'hui par trois à quatre petits ruisseaux, à leur aise au milieu d'un large lit qui nous dit assc;^ qu'elle ne doit pas toujours être aussi guéable. Il fait à peine jour, pour nous, que déjà brille sous les rayons
DE FRANCE EN PERSE
du soleil la calotte de neige de TArarat. Jusqu'à Naktchevân, même plaine produ6tive, livrée à la même culture du cotonnier ik du ricin, du riz & autres céréales.
Naktchevân a été une ville importante : les ruines répandues sur les ten-es d'alentour prouvent qu'elle a été plus étendue ik plus peuplée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Les plus remarquables témoins du passé sont : une belle porte ogivale, flanquée de minarets décapités, par laquelle on accède à une tour oftogonale assez bien conservée, dont les faces sont couvertes
NAK.TCHEVAN. XKJSUIKE EN RUINE.
de briques émailléesj & une grande mosquée tout à fait en ruine, n'oflfrant plus qu'un dôme éventré, d'où nous voyons encore au loin les deux cimes de l'Ararat.
De nouveau la plaine devient aride, & bientôt l'Ararat disparaît. On suit une gorge bordée de roches présentant un singulier aspcél : en se délitant, elles ont glissé le long des pentes en coulées multicolores <S. étalent toute la gamme des jaunes, des rouges, des verts tS: des violets. Nous laissons sur notre gauche la vieille ville de Djoulfa, au pied d'un monticule bizarre, dont la moitié inférieure est entourée.
comme d'un manchon, par la terre tombée de la moitié supérieure, totalement dénudée.
Enfin, à une heure, nous entrons dans la cour de la douane russe, sur les bâtiments de laquelle flottent les drapeaux russe & persan. Des tapis sont étalés à terre jusqu'au bac, lui aussi pavoisé, qui doit nous transporter de la rive russe à la rive persane de TAraxe. Nous disons adieu à nos compagnons de voyage russes, en les remerciant vivement de nous avoir feiit parcourir, vite & sans encombre, de la fi"ontière autrichienne à la fi*ontière persane, une partie respe6bble du vaste Empire russe. Nous nous séparons d'eux, traversons l'Araxe, &, à une heure & demie, nous foulons le sol de l'Iran.