CHAPITRE II
EN PERSE. — L'AZERBAIDJAN.
LMRAK ADJEMI.
Le canon tonne. Une salve de cent coups annonce la rentrée du souverain dans ses États.
Un magnifique cheval, richement harnaché, attend son maître non sans impatience, sur la rive droite de TAraxe. Le serviteur qui le tient, enlevant un superbe tapis de Recht, aux vives couleurs, jeté de l'encolure à la croupe pour garantir de la poussière, découvre une selle &: ses fontes toutes brillantes d'or. Les brides, le poitrail & la croupière sont également garnis de plaques d'or.
Sa Majesté monte à cheval 6c passe en revue les troupes, rangées en ligne, du débarcadère à sa tente. J'ai déjà vu de pareilles troupes en Turquie, habillées d'uniformes allant à peu près & rarement de la première fraîcheur, alignées à la sixquatre-deux ik d'un grand laisser-aller sous les armes.
Le valiahd ou héritier du trône, Mouzaffer ed-Din, a(5tuel- Icmcnt gouverneur de TAzerbaïdjân , est à la tête cie ces
troupes. Il est venu recevoir son pèfe aux confins de la province qu'il gouverne, & lui rendre les honneurs qui sont dus au Roi des rois.
En aval de la douane persane de Djoulfa, au bord de TAraxc, s'étend au loin un camp de plus de mille tentes. C'est le camp de S. M. le chah in chah, vraie ville mobile d'environ 10,000 habitants, qui, pour se déplacer, possède presque autant de chevaux, mulets & chameaux. La tente du roi se distingue par sa couleur rouge, la couleur du pouvoir, par ses dimensions & par une espèce de muraille, composée de hauts rectangles de toile reliés entre eux, qui l'entoure à distance & Fisole. Sur chacune de ces toiles redlangulaires rouges, des bandes d'étoffe blanche dessinent un portail & un pot de fleurs à son centre. Les autres tentes, blanches & de toutes dimensions, sont dressées sans ordre, au gré de chacun, à travers la plaine, au milieu des bruyères qui la couvrent. Je remarque seulement que la tente du premier ministre, Emin es-Sultan, est la plus rapprochée de celle du chah, qu'elle est la seconde en importance, mais de toile blanche. Les tentes du prince héritier forment un groupe à part, sans être très éloignées. Il en est de même des grandes écuries, qui sont à quelque distance, chacun n'ayant près de soi que sa propre monture & les chevaux des serviteurs qui doivent être toujours prêts à l'accompagner.
C>)nduit à la tente qui a été dressée pour moi, je suis agréablement surpris d'y trouver mes bagages que, depuis Paris, je n'ai eu en ma possession qu'un instant à Tiflis. Cette tente est carrée & asse;^ grande; blanche extérieurement, elle est doublée à l'intérieur d'une fraîche cotonnade sur laquelle sont imprimées quantité de petites fleurs de toutes couleurs; un feutre épais c\ doux aux pieds couvre le sol. Les meubles ne sont pas encombrants : un petit lit de sangle &... <S: c'est tout! Mais n'ai-je pas une table en ma caisse à selle & de solides sièges en mes deux canrincs, qui ont déjà plus d'une fois rem-
EN PERSE
pli cet office en Algérie, en Tunisie & en Herzégovine, pendant la guerre turco-monténégrine ?
Tandis que j'admire mon intérieur de nomade & que j'assigne à chaque objet son emploi, un Persan d'une trentaine d'années, proprement vêtu ^ coiffé d'un l^)hh<:n fin astrakhan, vient m'offrir ses services. Il m'est recommandé par mon com-