‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 8 sur 60 · I.E CHAH A CIIKVAL · texte numérisé non relu

I.E CHAH A CIIKVAL

pagnon de voyage. Bonnes références ik bonne mine me le font accepter. Il se nomme Akber.

Le jour n'a pas encore complètement disparu, que j'entends le bruit de fusées qui éclatent au-dessus du camp, prélude d'un feu d'artifice. Chacun sort de sa tente 5 grande est bientôt l'animation, à laquelle malheureusement succède vite le plus grand desordre. Des chevaux, effirayés par ces bruits insolites, ont tiré sur leurs piquets, les ont arrachés, ik parcourent le camp aux

allures les plus désordonnées, renversant les tentes & ne s'arrêtant qu'enchevêtrés dans les cordes qui les tendent. Le feu d'artifice terminé, le calme se rétablit peu à peu 5 mais plus d une fois, dans la nuit, je suis réveillé par quelque palefrenier à la recherche de ses chevaux.

14 septembre. — Il m'a été donné, pour transporter mes bagages, quatre chameaux, sous la conduite d'un petit homme robuste, coiffé d'une calotte de feutre grisâtre en demi-bombe {l^lah inèmèdi) , vêtu d'une longue houppelande à larges manches à peu près de même couleur, mais qui, comme la calotte, a dû être blanche, houppelande fendue sur les côtés jusqu'à mipan & serrée à la taille par une bande de laine foncée, puis d'un pantalon, qui lut bleu, d'une remarquable ampleur, lui donnant l'aspeét d'une jupe. Sa chaussure est un simple morceau de peau fixé par des lanières.

Quant à moi, je voyagerai en voiture ou à cheval, selon l'état de la route, & je vivrai avec le ministre de la presse, premier interprète du chah, Etemad es-Saltaneh, à qui Sa Majesté, dans sa sollicitude, m'a entièrement confié.

Dès cinq heures du matin, le chamelier arrive suivi des quatre chameaux. En un clin d'œil ma tente est enlevée par deux hommes du service des tentes royales {ferrach)y désignés à cet effet, & tout mon campement est chargé avec l'aide d'Akber & du chamelier, sans la moindre hésitation, tellement ils sont habitués à ce genre de travail.

Un énorme scorpion avait élu domicile entre mes deux cantines placées l'une sur l'autre. La campagne d'Herzégovine m'a habitué à la vue de cet animal; mais il y a de plus ici des tarentules géantes, dont la morsure n'est pas moins dangereuse que la piqûre du scorpion. On m'en fait voir une qui a été tuée près d'une tente voisine; elle mesure de 5 à 6 centimètres. Les tarentules du Monténégro, que le colonel Kaulbars savait si bien extraire de leur trou, à l'aide d'une boulette de cire au

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bout d'un fil, n étaient certainement que de vulgaires araignées comparées à celle-ci.

Tente, caisses, malles & cantines sont fixées sur chaque bât par de longues ik solides cordes en poil de chèvre; les chameaux sont attaches entre eux par une chaîne flottante qui va

TVPKS DK CIIATKRS.

d*un bât à l'autre, &, chamelier en tête tenant la longe du premier chameau, mon train se met en marche. Cette opération se répétera de la même façon à tout départ.

Nous, nous partons à neuf heures. Sa Majesté est dans un coupé attelé de quatre chevaux vigoureux, qui ont la tctc surmontée d*un haut plumet rouge & la queue également teinte en rouge. A côté de chaque cheval <S. aux portières du

coupé, se tiennent six grands gaillards armes d'un long bâton & des plus singulièrement coiffes, les coureurs {chater) du roi. Ces chaters portent des bas blancs, une culotte foncée & une ample tunique de drap vert à passepoils blancs, serrée à la taille par une ceinture de cuir à boucle & coulants d'argent. Quant à leur coiffure, c'est un haut bonnet de police sur le fond noir duquel se détachent crûment des galons & des broderies en fil d'argent, comme découpés à l'emporte-pièce, & que surmonte un échafaudage de pompons blancs, rouges & verts. Par sa forme, aplatie latéralement, elle convient à des coureurs. On la dit fort ancienne.

Plusieurs personnages sont aussi en voiture, mais le plus grand nombre est à cheval. La troupe marche avec le campement, bien en avant; il ne reste avec nous que les gardes à cheval {kfchilç)^ reconnaissables de loin à leurs brandebourgs blancs, aux plaques d'argent qui brillent sur leurs baudriers comme sur le harnachement de leurs chevaux, enfin à leur bâton à pomme d'argent.

Entre onze heures & midi, nous nous arrêtons, pour déjeuner, à l'extrémité d'un petit plateau sur lequel le torridc été n'a laissé la moindre végétation, pas plus que sur les montagnes nues & couleur ocre qui l'encadrent.

Nous nous approchons d'une sorte de hutte , à gauche de notre route, & nous sommes heureux de trouver dans son voisinage une source de belle eau fraîche. Les glèbes sur lesquelles nous marchons nous apprennent que la terre a été cultivée, ce dont nous ne nous serions pas doutés, en voyant partout sable & cailloux. L'œil ne découvre aucune autre habitation. Celle-ci est ronde ik ressemble assez à un four; elle n'a pour toute ouverture qu'une porte basse en ogive, que rien n'a jamais dû fermer, heureusement pour ses habitants; ses murs sont faits de moellons & de terre; sa voûte demi-sphérique est formée d'une seule croûte de glaise cuite sur place par le soleil; elle n'a guère plus de deux mètres en tous sens. Nos domestiques font sortir de

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cette niche trois êtres humains : un hercule en haillons; une femme dont la tête & le torse sont mal caches sous une toile à matelas en loques, à carreaux bleus ik blancs ; un entant presque nu. Après nettovage aussi complet que possible du sol & des murs intérieurs car tous les habitants n'ont pas dû sortir avec ces trois êtres un feutre est étale à terre ik le déjeuner nous est servi. . . à la persane.

DFHLJ DKS KKCIIIKS.

Kiz à l'eau ou riz au gras, nz blanc ou nz au satran, en un mot pilau à toutes les sauces ; mouton <Sv poulet en ragoût; tranches de mouton en brochette, sur laquelle une tranche de maigre alterne avec une tranche de gras prise à la large queue des moutons; poulet à la broche, parfois bourre de grains de grenade ou, à défaut, de grains de verjus; aubergines cuites ik concombres crus au sel; fruits de saison, surtout melons variés & pastèques; pain sans levain en larges 6c minces galettes (//////, lavatch)'y eau à la glace {abc yakî))y pour boisson : tels sont les mets & les desserts qui entrent dans la composition du peu variable menu persan, de Torflinaire de chaque jour6w, chaque jour, du repas du matin comme du repas du soir.

Un Européen fera ses délices des fruits, s'il aime les fruits.

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jo TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

car ils sont de qualité supérieure; il trouvera excellents les rôtis {kfbab)y jusqu'à ce qu'il se lasse du mouton ik du poulet; il s'habituera peut-être au ri2, plus difficilement au pain; il sera heureux de boire frais, à la glace, s'il voyage comme nous en Perse au mois de septembre; mais il tiendra pour fort incommode de manquer de cuiller, fourchette & autres ustensiles de table, s'il n'a pas eu la précaution de s'en munir; enfin, il lui sera longtemps pénible de manger par terre, assis à la turque, les pieds ramenés sous les cuisses, ou agenouillé à la persane en se servant de ses talons comme siège. Pour mon compte, j'ai hâte aujourd'hui de quitter une aussi gênante position; à peine le repas terminé, un repas cependant de courte durée, je sors de la hutte qui m'a si bien garanti des ardeurs du soleil de midi , content de faire quelques pas pour me dégourdir les jambes avant de remonter en voiture.

Nous traversons bientôt un étroit défilé, où le chemin ne consiste souvent qu'en un lit de rivière à sec, puis nous débouchons sur un plateau bordé de quelques villages dont le plus important, Kalimguya, lui donne son nom. Nous nous sommes élevés depuis notre campement de ce matin, depuis. l'Araxe, d'au moins 700 mètres.

A peine les derniers piquets de tente sont-ils plantés qu'un ouragan éclate. La poussière soulevée en flots tourbillonnants pénètre sous nos tentes, fortement menacées par de violents coups de vent. «Petite pluie abat grand vent», dit-on; quelques gouttes de pluie, en effet, sauvent le camp.

j/ septetnbre. — En avançant sur le plateau de Kalimguya, nous constatons qu'il est en grande partie cultivé. La récolte est faite & des troupeaux paissent un peu partout; mais on se demande quelle nourriture peuvent bien trouver ces malheureuses bêtes sur cette terre grillée du soleil, où ne se voit pas un arbre, pas une broussaille, où végètent seulement des bruvères rabougries ik desséchées. Sur notre gauche, toujours

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les mêmes montagnes mollement arrondies is. colorées en jaune, orange, rouge, bleu ik violet, sans doute par divers sels mêlés à l'argile.

L'après-midi nous nous trouvons dans une contrée inhabitée, au sol sablonneux sur lequel pousse librement l'herbe à chameau, la seule qui puisse y croître.

DIM R SI R L'HKRBK, A I.A PJ.RSANl.

Laissant sa voiture, le chah est monté à cheval <S. s'est sépare de nous. Suivi de quelques chambellans & d'une faible escorte, il est allé chasser l'outarde, qui se rencontre souvent dans ces plaines désertes.

La nature ne change guère d'aspeél jusqu'à l'étape, à Mércnd, où nous arrivons vers quatre heures par une forte descente. Le chah y vient peu après nous, avant vu deux outardes qui se sont levées hors de portée de iusil cV qu'il n'a pu tirer. Je n'en suis pas surpris. Autrefois, il y a quelque vingt

ans, j'ai chasse Toutardc en Algérie, ik j y ai appris qu'elle se laisse difficilement approcher.

i6 septembre. — Nous restons à Mcrend toute la journée du 16, campes dans les jardins. Ancienne ville torte non sans importance, ses maisons, en pisé & en briques séchées au soleil, sont au milieu d'une vraie foret d*arbres fruitiers. Le Zelou- Roud, qui la traverse, se divise en une multitude de petits ruisseaux en descendant la rue principale, qui est large & bordée d'arbres comme un boulevard.

Mon campement est à Taise dans un magnifique jardin, d'une agréable fraîcheur, où l'eau abonde & feit pousser avec une vigueur extraordinaire, le soleil aidant généreusement, des treilles géantes & des arbres chargés de fruits.

& Majesté a la bonté de m'envover deux grands plateaux de divers fruits du pavs : melons, pastèques, concombres, raisins variés, pommes, poires & pêches superbes. Les pêches font mon admiration par leur beau velouté & par la saveur de leur chair, ainsi que des raisins à grains ronds très juteux & sans pépins, mais surtout certaines pommes, assez semblables à la reinette grise & fondantes au point de s'écraser dans la bouche comme une poire bien mûre & succulente.

ly septembre. — Nous quittons ce lieu de délices pour retrouver la plaine stérile, où la teinte sombre de l'herbe à chameau alterne avec le blanc jaunâtre des cailloux, & nous ne tardons pas à pénétrer dans une étroite vallée bordée, comme de coutume, de monuignes multicolores.

Nous passons la chiînc du Kara-Dagh ' , avant pour chemin tantôt les Hancs des coteaux fraîchement transformés en route généralement praticable, tantôt le lit d'un torrent de 300 à

•'^ Le Kara-Dagh (noirc monta- nicrc dcnominaiion est rcscrvcc au gnc) prend encore le nom de Kara- versant nord, fertile, l'autre au vcr- Bagh (noir jardin); mais cette der- sant sud, stérile.

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400 mètres de large réduit à un ruisseau facile à enjamber. Le passage du Kara-Dagh ne s'effeftuerait pas sans de sérieuses difficultés, si les mauvais sentiers habituels n'avaient été mis tout récemment en état à l'occasion du voyage du souverain, pour sa commodité & aussi, sans doute, pour lui faire croire au bon entretien des routes de son royaume. L'artillerie, partie longtemps avant nous, v est encore engagée, traînant péniblement SCS canons. Nous sommes mcme obliges de nous arrêter, vers midi, afin de lui donner le temps d'avancer &: de nous laisser libre le chemin.

VIF. Dl. TAl RIS.

La tente sous lacjuelle doit déjeuner Sa Majesté est dressée au bord de l'eau, parmi les quartiers de rocher qu'a roulés le torrent à la fonte des neiges. Je m'y rends, selon l'habitude prise depuis que nous sommes en Perse; car assister au déjeuner du roi paraît être mon service régulier.

Je suis à peine arrivé à la tente, que je vois venir, sur un

fringant cheval arabe, une sorte d'officier de cosaques, escorté de huit cavaliers bien armés. Tous descendent de cheval à une certaine distance. Le chef, laissant sa monture, s approche seul. C'est un homme d une trentaine d'années, élancé & de belle taille ;, à la figure un peu dure & hâlée par la vie en plein air. Il porte la longue tunique plastronnée de cartouchiers en argent niellé du Caucase, et le kalpak d'astrakhan blanc.

Que Ton juge de ma surprise — l'Orient en réserve souvent de semblables — quand j'entends dire que celui que je prends pour un officier russe, ou quelque prince géorgien, n'est autre que le fameux Kérim, ce brigand qui est le cauchemar du gouverneur d'Erivan & la terreur de la ville & de ses environs. Introduit auprès du chah, il fait sa soumission & promet de mettre fin à sa vie d'aventures. Sur cette promesse, on le congédie en liberté.

La descente du Kara-Dagh ne donne lieu à aucun accident. L'artillerie a eu le temps de gagner la plaine & rien sur la route ne ralentit la bonne allure de nos chevaux. Suivant la même vallée, souvent le même lit de rivière, moins à sec, nous arrivons de bonne heure à Soufian, à l'entrée d'une plaine qui s'étend loin devant nous. Notre camp est établi sous les murs du village, au bord de la rivière.

j 8 septembre. - - La levée du camp &: le départ se font chaque matin à peu près aux mêmes heures : cinq & neuf heures j seule la tente royale reste debout jusqu'après le départ du chah, grâce à deux jeux de tentes qui permettent d'avoir l'un en place pendant que l'autre est en route, ou bien déjà dressé à l'étape du lendemain.

La plaine va s'élargissant; on perd même de vue, surtout à l'ouest, les chaînes de montagnes qui la ferment de chaque côté. Devant nous, au sud, apparaît le sommet du Sahend,par delà Tauris, qu'on aperçoit aussi de loin.

Des groupes de cavaliers, formés de personnages suivis de

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leurs gens, viennent au-devant de Sa Majesté, nous croisent de temps en temps, annonçant l'approche de la capitale de

TM RIS. Rl'INI S DE L\ MoîiC^ I K Mil K

rA^crbaïdjan. Parmi ces groupes, mon compagnon de voyage me tait remarquer le fils aînc du valiahd, jeune adolescent à figure pale, en costume de général.

Nous arrivons d'abord à un pont de forme irrégulière, long

de sei2e arches ogivales, en briques, bien entretenu, & même aéhiellement l'objet de réparations auxquelles, sans doute, ne doit pas être étrangère l'arrivée du chah. Il est jeté sur l'Adji- Tchaï, large rivière qui contourne la ville, & qui est loin à cette heure d'emplir son lit, car chevaux & mulets la passent à gué sans difficulté, j'allais dire sans se mouiller, tant il y a peu d'eau.

Notre entrée à Tauris s'accomplit au milieu d'une foule de mendiants inimaginable que l'on a peine à contenir. Gare au bâton des chaters! Ce sera miracle, s'il n'y en a pas d'écrasés sous les voitures ou sous les pieds des chevaux, à travers ces rues tortueuses & étroites, dont les étranglements & les angles arrêtent à chaque instant les voitures. Aux abords de nos grandes villes, les dépotoirs & les eaux d'égouts empoisonnent l'air de leurs émanations; ici s'étale à vif la grande plaie humaine, la hideuse & attristante misère. Enfin! nous voici au palais du gouverneur, qui nous masque ce pénible spe6lacle.

19 septembre. — Tauris, Tèbri2 en persan, est une ville très étendue, d'environ 150,000 habitants, mais qui a eu jadis une population bien supérieure, si l'on en croit la tradition. On me dit qu'il faut trois heures pour la traverser à pied, dans sa plus grande étendue, & près de deux heures, dans la plus petite. Vu les sinuosités des rues & les dimensions des jardins, ceci ne m'étonne pas. Je crois plus facilement à ces chiffres qu'au chiffi-e de la population : les premiers ont pu être établis plus d'une fois, & chacun peut les vérifier, tandis qu'aucun recensement n'a jamais justifié le second.

Tauris est le siège du gouvernement le plus important sans doute des provinces de Perse, puisqu'il est d'usage de le confier à rhériticr présomptif, dont il constitue l'apanage jusqu'à son avènement au trône. Son importance s'explique, en outre, par la position même de la ville, admirablement située au point de jonftion des routes allant en Russie & en Turquie,

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sur le passage des caravanes qui mettent la Perse en communication avec l'Europe, par le Caucase ou par TreT^izonde & la mer Noire.

TAIRIS. PORTAIL DK lA MOSCU.KI- Bl.l.ri-.

De fréquents tremblements de terre ont détruit tous les monuments du passe'. Partout, en effet, dans la ville comme hors

de la ville, on voit des ruines, tantôt au-dessus du sol, tantôt cachées sous les ondulations du terrain.

La plus remarquable de ces ruines est la mosquée Bleue, dont il ne subsiste pourtant que bien peu de chose. Coupoles & voûtes gisent à terre, si des pans de mur épais se dressent çà & là pour donner une idée, bien faible, il est vrai, de ce que fut l'édifice. Le portique est ce qu'il y a de mieux conservé; la haute & élégante arcade ogivale, bordée d'une gaie faïence bleue en spirale, est en son entier; les ornements seuls ont en grande partie disparu. Des briques émaillées à fond bleu, sur lequel ressortent des dessins de diverses couleurs, dont il reste des traces de côté & d'autre, sont l'origine du nom de mosquée Bleue.

Comme vieux monument, signalons encore la citadelle, construction massive si solide qu'elle a résisté jusqu'à ce jour & tient bon, malgré les lézardes qui sillonnent ses flancs.

Si la présence du souverain ne donne pas à Tauris toute son animation aftuelle, elle doit y contribuer. Les ba2ars sont pleins de monde, sans que rien de particulier s'y rencontre; ils ne diffèrent de ceux déjà vus que par leurs plus grandes dimensions, offrant le même aspeél: ik à peu près les mêmes produits. On n'y remarque cependant pas une pareille variété de types : Persans ik Turcs dominent, parmi lesquels se reconnaît le Kurde, comme le Kabyle au milieu d'Arabes, comme l'Albanais au milieu de Grecs <S: de Slaves.

Grâce au contaél de chaque jour, en route & à table commune jusqu'à la frontière, je commence à me retrouver dans cette nombreuse suite du chah, ik à me familiariser avec les noms persans. Et puis, qui n'a pas à demander quelque conseil au médecin, à lui parler de quelque bobo ou de quelque indisposition? Ceux à qui la langue française n'est pas trop étrangère — plusieurs la parlent couramment — sont venus les premiers; peu à peu les autres ont suivi, accompagnés d'un camarade comme interprète.

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Mon premier malade a été, la veille de notre départ de Paris, Mehdi Khan, jeune prince afghan réfugié à la cour de Perse. A Bade, où nous étions tous réunis au château, j'ai été appelé par quelques personnages : Emin ed-Dovlch, ministre des postes, homme aimable quoique causant peu 5 Djehanghir Khan, ministre des beaux-arts, plus communicatif; Sédig es- Saltaneh, premier chambellan. DifTérentes autres circonstances

EWIN IS-Sl LTAN I.F IIMIN K KH.\I.\ I T.

m'ont mis en rapport, au cours du vovagc, avec Mcdjcd cd- Dovlch, gendre <S: intendant de Sa Majesté, dont la figure fortement bronzée ik les veux noirs <S: vits ont beaucoup d'expression; avec Emin é Khalvet, premier secrétaire, le seul Persan blond que j'aie vu jusqu'à ce jour; enfin, avec plusieurs chambellans, parmi lesquels : Mirxa Abdullah Khan, qui a deux sœurs mariées au chah, cS. semble heureux de ramener à TcTiéran le propre frère de sa femme, le prince Mohamed

Mirza Kachcf, qui, lui, n a pas Tair aussi satisfait d'avoir quitté Paris, où il vient de passer plusieurs années comme seaétaire de la légation de Perse; Aboul el-Moulk, neveu d'Etemad es-Saltanehj Mohavet el-Moulk, que j'ai eu souvent pour compagnon dans les trains russes; & le sympathique Naïeb Nazer, frère cadet de Medjed ed-Dovleh. Depuis que nous sommes en Perse, je les revois chaque matin au déjeuner du roi. Les uns y sont appelés par leur service, les autres y viennent faire leur cour.

riinl. Pîr«»u.

M1RZ\ ABDl.LLAH KHAN.

N'oublions pas notre confrère Fakhr ol-AtcT^a (la gloire des médecins) y /jailli///, c'est-à-dire tmdtcin du favori. Plus d'une fois, à Paris, on a remarqué cet homme grand & fort, à la foce rubiconde, aux yeux démesurément ouverts, formant contraste avec l'eunuque grêle, tout couvert de taches de rousseur, d'A^iz es-Sultan, que l'un <îs: l'autre accompagnaient partout. Il a souvent négligé les préceptes du Koran pendant le vovage, quand.

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à table, ne se croyant pas vu du premier ministre, il vidait prestement verres de vin tk d'eau-dc-vie sans le moindre respeft pour la loi du Prophète. En Europe, il était habillé comme tous ses camarades : kolah dastrakhan, redingote & pantalon noirs. Depuis qu'il est en Perse, un énorme turban blanc, bordé d'un léger feston de couleur, lui enveloppe la tcte, une ample ik longue robe claire le couvre entièrement, l'un et l'autre faisant ressortir son teint fleuri.

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