LES ASSOCIATIONS EN AMERIQUE
Les associations, qui, en dehors de la société générale, ont pour but de former des corporations régies par des lois particulières, le plus souvent unies à des dogmes religieux d'accord avec elles, sont en très-grand nombre en Amérique.
Les associations naissent et se forment partout sans que le gouvernement y puisse mettre aucun obstacle. Le gouvernement des Etats Unis n'a pour objet unique que la politique du pays; il ne dicte point de lois aux intérêts des particuliers, pas plus qu'il ne leur impose de croyance religieuse, et les citoyens américains sont toujours parfaitement libres de s'associer entre eux comme bon leur semble et d'adorer Dieu sous la forme qui leur convient. D'ailleurs, les associations ne présentent aucun danger dans un pays essentiellement libre comme l'Amérique, doublement libre par l'indépendance innée de ses habitants, et par les institutions généreuses et progressives qui la régissent.
Les hommes qui jouissent des bienfaits de la liberté ne songent pas à en abuser au détriment de leur propre bonheur. L'étonnante prospérité de l'Union américaine, composée dés le principe, et toujours alimentée depuis, par des hommes de toutes les races, de toutes les religions, parlant toutes les langues, et dont un certain nombre, il
faut l'avouer, n'étaient ou ne sont encore que le rebut tles sociétés européennes, en est une preuve irréfutable.
La liberté en Amérique rend les hommes plus intelligents, parce qu'elle leur ouvre sans difficulté toutes les carrières ; elle les rend plus moraux et plus nobles, parce qu'elle détruit la dissimulation ; elle les rend plus tiers, parce qu'elle établit l'égalité ; elle les rend plus courageux, parce qu'elle détruit la servitude ; elle les rend plus forts enfin, parce qu'elle permet, avec tant d'autres précieux avantages, les associations, qui, en réunissant les forces de tous, décuplent la force de chacun.
Ce besoin, inhérent à l'organisation de l'homme, de vivre en société, de se réunir sous des lois communes tendantes à équilibrer autant que possible, en les multipliant, les chances de bien-être de chaque individu, ce besoin d'association à la recherche du bonheur, a donné naissance, aux Etats-Unis, à certaines corporations qu'il est intéressant d'observer.
Ce que l'homme connaît le moins bien, on l'a dit, c'est l'homme lui-même; ce que l'homme a le plus calomnié, c'est aussi l'homme. Les nobles et généreuses qualités que nous tenons de la nature comme un contre-poids puissant à opposer aux entraînements des passions, ces belles qualités, que la liberté seule développe dans toute leur puissance, sont étrangement méconnues de la généralité des hommes, trop souvent aveuglés par l'intérêt des plus habiles. Croirait-on, par exemple, que des hommes puissent vivre en société sans loi aucune, sans aucun règlement, guidés exclusivement par le bon sens et l'équité naturelle? Une société de ce genre s'est pourtant formée
dans le nord des Elats de l'Amérique; elle est en pleine voie de prospérilé, et rien jusqu'à présent ne semble devoir en arrêter l'heureux essor.
Les hommes convaincus qui ont essayé de vivre sous ce genre de gouvernement, lequel, on le voit, consiste précisément dans l'absence de tout gouvernement, ont certainement beaucoup compté sur les bons sentiments de l'homme entièrement livré à sa conscience, mais ils ont aussi compté sur l'égoïsme bien entendu de chacun, qui dicte la conduite de tous. D'après eux, en effet, c'est de la bonne conduite de chacun des membres de la corporation que dépend avant tout sa fortune et son bonheur. Les vices, si souvent impunis par les lois insuffisantes à les réprimer, et si souvent heureux aussi, sont, s'il faut les en croire, naturellement condamnés dans cette singulière société où la vertu seule trouve une récompense, où la loyauté seule conduit à la fortune. Ici, ajoutent-ils, l'intérêt particulier, si intimement lié à l'intérêt général, n'a et ne peut avoir pour règles de conduite que la tolérance, la morale et la justice.
L'homme corrompu, poursuivent-ils, qui ment sciemment ou manque à sa parole par un coupable esprit de cupidité, voit aussitôt son crédit diminuer, l'honneur et la parole étant la seule garantie offerte dans toutes les transactions commerciales. Pour reconquérir son crédit, le menteur ou l'homme sans parole est obligé de faire de grands efforts de vertu, et il se punit ainsi, pour reprendre sa place dans la société, de la manière la plus efficace et la plus morale, en se corrigeant de son défaut.
Si une personne est emportée, méchante, vindicative,
tout naturellement le vide des relations se fait autour d'elle, et chacun ainsi lui inflige passivement la punition de ses fautes, en provoquant son retour à de meilleures qualités. Mais si la colère se montre sans frein et que la méchanceté soit poussée chez quelqu'un jusqu'au crime, la société tout entière, indignée et menacée par cet ennemi commun, ou s'en débarrasse par la mort, selon le cas, ou l'abandonne simplement à ses remords comme un indigne paria. *
Ainsi de suite, et proportionnellement, de toutes les fautes et de tous les forfaits qui menacent les intérêts de l'association ou portent atteinte à la morale, si nécessaire à défaut de lois.
Les membres de cette société exaltent naturellement leur association au détriment souvent de la société commune, qu'ils ne ménagent pas dans leur critique. C'est ainsi qu'ils prétendent, pour répondre à un reproche qu'on a leur a fait quelquefois, que, loin d'avoir consacré l'omnipotence de la force brutale par l'absence do lois protectrices en faveur des faibles, l'absence de lois est précisément la plus sûre garantie qui puisse leur être offerte.
Ils soutiennent, pour pousser jusqu'au bout le paradoxe, que l'abus de la force, au mépris de la morale et de la justice, ne peut s'exercer que dans les sociétés réglemenmentées par des constitutions et des lois de toutes sortes, souvent dénaturées au profit des puissants et des privilégiés, ou même confisquées, en dépit de l'intérêt général, par des minorités ambitieuses. Enfin, et pour être conséquents avec leur fausse théorie, ils prétendent qu'en Amé-
rique, aussi bien qu'en Europe, les lois sont surtout la garantie des forts conlre les faibles, et non la garantie des faibles contre les forts. Ces opinions erronées ne font paraître que plus extraordinaire la prospérité d'une association sous la sauvegarde unique de l'intérêt et du bon sens des individus qui la composent.
C'est, je crois, M. Andrews, le fondateur à New- York du fameux club des Libres amours^ qui est aussi le fondateur de cette association singulière. En tout cas, il en est un des propagateurs les plus ardents. M. Andrews a publié sur ce sujet un ouvrage intéressant et dicté par les sentiments les plus généreux.
Du reste, la Californie s'est longtemps gouvernée ainsi par elle-même, dans les premiers temps de la découverte de l'or, sans lois auxquelles on pût avoir recours, uniquement dirigée par le bon sens et le sentiment de la justice, qui sont dans tous les hommes. Les transactions les plus importantes se faisaient sur parole, comme à la Bourse de Paris, et les voleurs, assez rares, y étaient pendus sans façon parla population qui se faisait juge, d'après l'expédilive loi du lijnchj ce qui n'a jamais lieu à la Bourse.
Par opposition à la société sans règlements, on a essayé en Amérique de la vie beaucoup trop réglementée du phalanstère, d'après les théories de Fourier. Mais s'il est vrai que le phalanstère présente des avantages quant au côté matériel de la vie, l'uniformité qui y règne partout, dans les travaux comme dans les plaisirs, influe d'une manière si fâcheuse sur le moral, que les avantages ne compensent pas les inconvénients. Il résulte de cette vie uniforme, sans luttes et sans incidents, le dépérisse-
ment fatal et progressif de toutes les facultés de l'intelligence. On s'est aperçu des dangers de cette triste vie en commun, et l'on a craint d'aboutir à l'anéantissement moral où tombèrent les habitants du Paraguay, sous la paterne mais abrutissante administration des jésuites, dont la communauté ressemblait à une sorte de phalanstère religieux.
Le phalanstère de Fourier a été vendu il y a quelques mois, et ses membres sont rentrés dans la société générale, qui, malgré ses imperfections, vaut encore mieux que le phalanstère.
M. Victor Considérant, l'un des apôtres du communisme, comme on sait, a aussi élabli depuis peu une sorte d'association agricole dans le nord du Texas. Je lui souhaite beaucoup de bonheur; mais je mets fortement en doute la réussite complète et durable d'une telle socJété. Le communisme est une véritable machine humaine, fontionnant avec toute la régularité d'une machine, et dont chaque homme est un rouage. Mais la nature, heureusement, a fait de l'homme un être complet et non une fraction de chose, et son individualité est trop vivacepour qu'il puisse s'accommoder longtemps d'un rôle semblable. D'ailleurs, la lutte manque dans le communisme, et la lutte, dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, est la grande loi de la nature. Tout ce qui vit lutte et doit lutter pour vivre. La vie amène la mort, et la mort engendre la vie, par une lutte incessante de tous les êtres entre eux, dans ce vaste champ de bataille qu'on appelle l'univers. Ainsi le veut la nature dans ses lois mystérieuses, que l'homme serait enclin à juger bien sévèrement s'il les
TROIS AiN'S AUX ÉTATS-UNIS. 197
appréciait seulement avec sa raison et les sentiments de son cœur généraux et bon.
Il y a à Brooklin, sur le côté est de New-York, une société plus que mormonnienne, qui vit dans la communauté la plus élendue de fortune et de sentiments. Je n'ai pas eu l'honneur d'être introduit parmi ces messieurs et ces dames, mais l'on m'a assuré que la concorde la plus parfaite n'avait jamais cessé de régner au sein de celte société nouvelle.
Les femmes, dans cette communauté, possèdent en tout les mêmes avantages et les mêmes prérogatives que les hommes. Les jeunes gens y font parfois la coquette, et les femmes y sont audacieuses à leur tour. Les enfants sont élevés à frais communs, et cette société, parfaitement convenable d'ailleurs, se pose comme un modèle de bonnes mœurs et d'organisation sociale. La morale, toujours invoquée par toutes les religions et par toutes les sociétés, est plus particulièrement exaltée parles membres de cette association, qui prétendent se conformer en tout aux lois de la nature, et user du plus inviolable et de plus sacré de tous les droits : le droit d'aimer et de se faire aimer librement.
Ce sont là des aberrations que condamne la délicatesse des sentiments autant que la raison.
Comme le humbiig se faufile partout en Amérique, M. Barnum, l'illustre puffisie, a eu, lui aus.^i, la pensée, dans l'intérêt de la morale, de fonder dans le Connecticut une association de buveurs d'eau et de légumistes. Mais les vertueux projets de ce grand homme auraient avorté, dit-on, par suite de la faillite qu'il se serait vu obligé de
déclarer tout dernièrement. Mais cette faillite est-elle réelle, et les légumisles et buveurs d'eau doivent-ils se désespérer? Nous ne le pensons pas.
M. Barnum, possesseur d'une fortune évaluée à quinze millions de francs ; M. Barnum, qui sollicite en ce moment l'autorisation d'établir à New-York un vaste jardin de plaisance, avec théâtres, cafés, restaurants, amusements publics de toutes sortes, n'aurait-il pas eu pour but, en simulant une faillite considérable, d'augmenter d'autant son crédit? Cela n'aurait rien d'impossible, et cela nous amène à dire quelques mots des faillites, en dehors, bien entendu, de ce qui concerne M. Barnum.
Les faillites, en Amérique, ont deux conséquences contraires : elles tuent commercialement ceux qui les font, ou bien elles ajoutent à leur crédit. Celte dernière conséquence peut paraître étrange au premier abord, mais on va voir qu'elle est parfaitement logique.
PREMIER CAS. — Si l'homme qui a fait faillite est vraiment malheureux, et que, pour payer intégralement ses créanciers, il se soit dessaisi de tout ce qu'il possédait, c'est un homme perdu sans ressource. Supposons qu'il veuille recommencer les affaires, et que, confiant dans la délicatesse dont il a donné des preuves, il aille retrouver ses anciens créanciers pour leur demander un nouveau crédit : il y a tout à parier qu'il échouera.
— Nous n'avons, commercialement, aucune confiance en vous, lui diront-ils. Etes-vous heureux dans les affaires? Non, puisque vous avez fait faillite. Avez-vous des garanties à nous offrir ? Non encore, et personne ne le sait mieux que nous, puisque, pour nous payer inté-
gralemenl, capital' et intérêt, vous avez épuisé vos dernières ressources... Vous le voyez, cher monsieur, les affaires avec vous ne sont plus possibles.
DEUXIÈME CAS. — Mais si, plus adroit, le négociant en faillite s'arrange de manière à n'offrir qu'un faible dividende à ses créanciers et qu'il garde pour lui la belle part du gâteau, oh ! alors les choses changent de face. Notre homme peut, s'il le veut, recommencer le commerce dès le lendemain même de sa faillite et se présenter avec assurance devant les créanciers qu'il a frustrés : il est sûr d'obtenir d'eux tout le crédit désirable.
Puisque cet homme, diront-ils, s'est montré assez habile pour nous tromper, c'est qu'il est adroit en affaires et doit réussir. D'un autre côté, il a de l'argent, et personne mieux que nous n'est à même de le savoir, puisque nous sommes ses victimes. Donc nous devons avoir confiance en lui.
A côté des associations qui ont la prétention de révolutionner l'ordre social, il y a en Amérique un nombre considérable de corporations dont le seul but est de se réunir et de se secourir mutuellement. Toutes ces corporations, sorte de compagnonnage, se promènent dans les rues les jours de fête, bannière en tête et au son des instruments de musique.
Les Américains sont passionnés pour les défilés de soldats citoyens, pour les processions de tous genres, pour les mâts pavoises, pour les pavillons qu'ils arborent partout, à propos de tout, et pour les musiques militaires qui précédent tous les cortèges en général.
On ne saurait se faire une idée exacte du spectacle sin-
gulier que les nombreuses corporations poliliques el philanthropiques, toujours agréablement mêlées à des compagnies (le pompiers ornés de leurs pompes, présentent à New-York le jour de l'anniversaire de la naissance de Washington, le jour anniversaire de l'indépendance et le jour d'actions de grâces. Ce ne sont partout, dans Broadway et sur la place de l'hôtel de ville, que gigantesques - bannières avec force rubans de toutes couleurs, dessins emblématiques, guirlandes el inscriptions, portées par les corporations, marchant au son de la grosse caisse, des fifres, des cimbales, des ophicléides. Le but de ces cérémonies est certes des plus louables, et les Etats-Unis ne sauraient choisir de meilleures oc<îasions de se réjouir.
Mais toutes les occasions sont bonnes en Amérique quand il s'agit de parader en procession, et je ne voudrais pas jurer que le plaisir de marcher au pas, de porter sur l'habil noir ou le paletot une ceinture de couleur, sur la poitrine des insignes quelconques et des rubans autour du bras, ne fussent pour beaucoup dans l'empressement dés citoyens américains à faire partie de toutes les corporations. Quatre gardes nationaux en costume militaire ne se réunissent jamai^s pour aller à la campagne, tirer à la cible, sans marcher gravement au pas, précédés d'une bande de musique militaire, et suivis de deux ou trois nègres qui portent la cible, des guirlandes et des couronnes de fleurs destinées aux plus adroits.
En faisant toutes ces manifestations, ils créent ce qu'ils appellent an excitement.
Les sociétés secrètes, comme les knownothings autrefois, et tous les différents corps de francs-maçons, ont lou-
jours marché ainsi en grande pompe et bannière en lête.
Supprimez les bannières, les rubans, la grosse caisse, les écharpes bariolées et les fifres, et vous portez à la franc-maçonnerie, si en honneur aux Etats-Unis, le plus redoutable de tous les coups. Le peuple américain est si absorbé presque constamment par les affaires, il a si peu de temps à donner au plaisir, que c'est un bonheur véritable pour lui de se promener ainsi bras dessus, bras dessous, avec des bannières et de la musique. On l'a dit avec raison : des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter. Quant à moi, j'aimerais mieux me faire poser vingt-cinq sangsues ou entendre deux tragédies dans la même soirée que de figurer dans un pareil cortège.
Mais n'oublions pas de signaler une des plus curieuses corporations, du moins en ce qui concerne les insignes dont les membres sont revêtus.
Voici comment j'ai découvert l'existence de cette corporation. Un jour j'entrais dans un bar-room, en compagnie d'un Américain qui m'avait offert de me rafraîchir. Après nous entrèrent deux gentlemen. L'un d'eux ayant aperçu un groupe d'individus s'en approcha en prononçant à demi-voix le mot parapluie! A ce mot magique, chacun tourna la tête, et le groupe entier salua le nouveau venu par le même mot de parapluie! trois fois répété.
J'avais oublié celte scène à laquelle je n'avais rien deviné, quand quelques jours après je vis défiler dans Broadway et par un très-beau temps une bande li'individus ornés chacun d'un parapluie ouvert. Je comfris alors que le gentleman et le groupe de personnes que j'avais
vues dans le bar-room devaient appartenir à la corporation des parapluies, dont j'ignore le but.
En imitation des doctrines saint-simonniennes, qui proclamaient l'égalité de la femme et ses droits à remplir dans la société, à l'égal des hommes, toutes les charges et tous les emplois, il y a en Amérique la fameuse secte sociale des blooméristes.
Les grandes prêtresses du bloomérisme sont M""" Lucrezia Mott, Rose et Antoinette Brown, la plus célèbre de toutes par l'indépendance de ses idées et la hardiesse de ses discours. Ces dames assurent que si la femme se dégrade et se perd si souvent, que si le vice est si répaudu dans tous les grands centres de population, où les besoins sont plus considérables, c'est que les hommes accaparent pour eux seuls toutes les fonctions lucratives et ne laissent aux femmes que les travaux infimes, d'une culture abrutissante pour l'esprit et d'un rapport insuffisant aux besoins de celles qui les entreprennent.
— « Élevez-vous donc, » disait un jour avec indignation miss Antoinette Brown, en s'adressant aux hommes dans un grand meeting à Boston ; « élevez-vous donc contre l'immoralité des femmes, et faites bien les hypocrites, quand c'est vous qui les corrompez en leur retirant d'une main, par égoïsme, ce que vous leur rendez en partie de l'autre, par vénalité ! Ah ! vous savez que le vice naît souvent de la misère, que la faim est souvent plus puissante que la vertu, et dans votre despotisme infernal, dans votre lâcheté, vous appauvrissez les femmes pour les rendre vicieuses!... Mais donnez-leur une part des emplois lucratifs que vous occupez seuls, qu'enfin dans leur impuis-
sance elles n'aient plus besoin, pour vivre, de vos infâmes el humiliâmes largesses, el, j'en suis parfaitement assurée, vos séductions, Messieurs, feront beaucoup moins de ravage dans nos rangs. »
C'est très-bien, et il est évident que les hommes, plus forts que les femmes, se sont toujours fait dans la société la part du lion. Mais il me semble que les hlooméristes oublient trop qu'on ne déjeune pas directement de places brillantes et qu'on ne dîne pas en avalant des pièces d'or. Le pot-au-feu, le modeste mais impérieux pot-au-feu doit être là, tout prêt, à la fin de la journée et au bout de toutes les spéculations. Or, s'il n'était confié aux soins de madame, ce serait donc monsieur qui devrait le prépaier? Cela ne me semble pas naturel et par conséquent pas raisonnable; sans compter qu'il y a pour les femmes une occupation plus grave qu'elles seules peuvent remplir, à l'exclusion de toutes les autres :1e soin de nourrir el d'élever leurs enfants. Mais les hlooméristes, qui ont certainement- raison en beaucoup de points, tombent dans l'exagération des réformes quand elles veulent être avec les hommes juge, avocat, prêtre, soldat, médecin, représentant, ambassadeur, ministre et même pompier.
J'ai eu l'occasion de voir réunies un assez grand nombre de hlooméristes au club des Libres amours^ à New-York ; elles portent des pantalons, des jupes courtes, des pèlerines et des chapeaux ronds. Toutes celles que j'ai rencontrées étaient maigres, vieilles, laides et douées d'une voix détestablement criarde. Elles aiment à pérorer, et s^'insurgent avec bonheur contre les hommes mariés et contre le mariage.
20i Trois ans aux ètats-ùnîs.
Mais en fait de mariage, il faut toujours se méfier de l'opinion des vieilles filles maigres, laides et criardes.
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