JULLIEN
Environ trois mille exécutants concoururent à cette œuvre unique et vraiment épouvantable. Des instruments de musique nouveaux, ou plutôt des machines nouvelles de
l'invenlion de Julien, iinitaienl à s'y méprendre l'horrible craquement des poutres enflammées qui s'écroulent, le sifflement aigu de la flamme vive, le bruit sourd des pompes luttant contre l'immense conflagration. Des centaines de chanteurs, munis de porte-voix, commandaient la manœuvre aux pompiers réunis, et les hurras des. spectateurs, grimpés, pour mieux y voir, sur les produits doublement exposés de l'industrie, meubles, pianos, statues, etc., répondaient au commandement des chefs de pompe en mêlant leurs voix furibondes aux furibondes détonations de l'orchestre. Joignez à cela de nombreux feux du Bengale qui simulaient l'embrasement de tout l'édifice, et vous n'aurez encore qu'une idée afl'aiblie de ce spectacle indicible et désordonné. On cite des pompiers dont l'imagination exaltée voulait absolument voir dans cette feinte d'incendie un incendie véritable, et reclamaient hautement leurs pompes pour les mettre en mouvement contre les feux du Bengale.
Après le succès éclatant de celte symphonie pyrotechni- (jue, les diverses compagnies de pompiers se rendirent avec leurs pompes et musique en tête sous les croisées de Jullien, pour le féliciter sur les beautés de son œuvre, et le remercier de l'hommage qu'il leur rendait en leur dédiant le quadrille des pompiers. Ils lui offrirent comme gage de leur profonde estime un magnifique bâton de chef d'orchestre.