Ammianus Marcellinus, livre XXUI, cap. i
sur laquelle Israïl-Ullah (l'homme nocturqe de Dieu), le prophète Jacob, avait la tête appuyée lorsqu'il eut sa vision. Par son ordre, on dégagea celte pierre des immondices qui la couvraient, et il fit bâtir à côté une mosquée qu'il appela en son honneur Es-Sakhra (la pierre). De ce moment , cette mosquée fut un sanctuaire très-révéré des musulmans; mais sa plus belle période de splendeur date du jour où Abdul-Melik I", par haine des antikalifes défendit le pèlerinage de la Mecque et remplaça la Kaaba par le temple de Jérusalem. Alors, elle reçut des agrandissements considérables, la pierre sacrée fut renfermée dans son enceinte, son dôme fut couvert de lames de cuivre doré, ses murs revêtus de marbre et d'arabesques d'or. Convertie en église par les croisés, si elle fat peu de temps après sa consécration par le légat du pape Innocent II, rendue au culte de l'islam, c'est que les armées victorieuses de Saladin (Salah-Eyddin) avaient ouvert à celuici les portes de Jérusalem. On raconte que ce prince fit laver entièrement la mosquée avec
de Teau de rose afin de lui enlever toute trace des souillures chrétiennes.
Aujourd'hui encore, après Hédihe et la Mecque, Jérusalem est la ville la plus sainte pour tout musulman, et chaque année de nombreux hadji (pèlerins) viennent à Es-Sakhra prier Mohammed d'intercéder pour eux auprès de TÉterneL
L'imagination poétique des Orientaux a confié la garde de cette mosquée à 70 000 an* ges qui pour moi se sontpersomiifiés en deuxcents nègres, nourris, Ic^és et entretenus aux frais du Wakouf. Leurs maisons, situées autour de l'esplanade, lui ôtent beaucoup de son ca* ractère. Pénétrons donc tout de suite sur le parvis. Douze portiques à colonnes encore existants devaient jadis y donner entrée, mais on n'y monte plus maintenant que de quatre côtés par un escalier de marbre ayant huit degrés.
Au milieu de ce parvis s'élève la mosquée, vaste bâtiment octogone dont chaque pan a vingt mètres de face et est percé de sept fe* nêtres ogivales; il est entouré d'un attique,'
au centre duquel se trouve un dôme soutenu par quatre contre-forts; entre chaque contrefort on remarque quatre fenêtres cintrées ; le tout est coturonné d'une coupole ovoïde recouverte de lames de plomb, et se terminant par an croissant supporté par une flèche. L'ensemble du monument est d'un aspect saisissant, surtout lorsque les rayons du soleil viennent se jouer sur les mosaïques en £aïence de couleur dont les murs sont ornés jusqu'à l'appui des croisées inférieures. Aux quatre points cardinaux, existe une porte ; celle du nord s'appelle Bab-el-Djinné ; celle de l'est, Bab- Daoud; au sud est Bab-d-Kiblé; à l'ouest, Bab-el-Garb.
Avant d'entrer par la porte 4^ l'^t ou de David, nous avons à notre gauche un élégant pavillon à jour soutenu à l'extérieur par onze colonnes de marbre, et à l'intérieur par six. C'est le Meckhemé du kalife, l'endroit où David, le vicaire de Dieu, rendait la justice. Sa tâche était alors facile, puisqu'il lui suffisait pour connaître la vérité de faire prêter serment aux parties, la main tendue vers une
longue chaîne qui descendait du ciel ad hoc, et perdait un de ses anneaux à chaque parjure. II faut croire que sous son règne le peuple était bien perverti, car cette chaîne céleste n'existait déjà plus du temps de son fils ; autrement Salomon, pour savoir quelle était la véritable mère de Fenfant réclamé par deux femmes, aurait-il eu besoin de dçnner Tordre de le couper par la moitié ? Mais il s'agit ici d'une tradition musulmane. Sans nier que David ait pu rendre la justice à cet endroit, je suis tenté de croire que ce joli petit édifice a remplacé le premier monument élevé par le kalife Omar, près de l'oreiller de Jacob.
Tout d'abord, lorsque Ton entre dans la mosquée, or^a peine à distinguer les objets; le jour pénètre difficilement à travers les vitraux de couleur, emplâtres à la manière arabe pour les assujettir aux châssis; peu à peu cependant, les yeux se font à cette demiobscurité, et sont frappés de la riche simplicité de ce sanctuaire. Le sol, comme les murs, est revêtu de marbre gris ou blanc; vingt-huit colonnes d'un marbre brun forment une nef
concentrique; un second rang de seize colonnes soutient le dôme couvert d'arabesques dorées. Immédiatement au-dessous de ce dôme se trouve la roche sacrée *, isolée du reste de la mosquée par une balustrade en bois d'un trav£^il remarquable. Elle est en outre abritée par un khymé en satin rouge qui rappelle la tente donnée en cadeau par Dieu à Adam, lorsqu'après cent ans de séparation, notre premier père eut retrouvé Eve sur une montagne près de la Mecque.
Ce rocher n'est pas seulement recommandable parle souvenir de Jacob, il porte encore l'empreinte du pied d'Enoch. Le prophète Enoch, d'une beauté et d'une taille extraordinaires, jouissait, de plus, de facultés intellectuelles très - développées , et d'un grand amour pour la science; ce qui lui valut le nom d'Idriss, le studieux. Après de nombreuses études astronomiques, facilitées par des communications célestes, il inventa l'écriture pour consigner ses observations. Sa cha-