‹ Trois ans en JudéeChapitre 8 sur 119 · Actes, IX, 32 à · texte numérisé non relu

Actes, IX, 32 à

Ramleh, dont le nom en arabe veut dire sable , et dont le terrain est en effet sablonneux quoique fertile, s'appelle Rama pour tous les religieux de Terre-Sainte. C'est l'ancienne Arimathiay patrie du disciple Joseph qui mit le Christ au tombeau. Mercator ^ la désigne sous trois noms : Ramataim , Rama , Ramula. M. Poujoulat * dit que les Hébreux vinrent à Ramleh demander un roi à Samuel ; mais le Ramatha ( ou Ramataïn-Tsophim ) où ce fait eut lieu était la résidence ordinaire de Samuel ' , situé dans la montagne d'Ephraïm *, et noil pas au milieu de la plaine des Philistins. Notre Ramleh est plutôt Ramat léhi (le jet de la mâchoire ), ou Ramléhi ( la colline de la mâchoire), et ce serait là que Samson, tout joyeux d'avoir assommé mille Philistins avec une mâchoire d'âne , l'aurait jetée loin de lui et en aurait vu jaillir une eau vive '.

Au temps des croisades, Ramleh était une ville importante , sous les murs de laquelle

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se livrèrent de sanglants combats. Les comtes de Blois et de Bourgogne y fmrent tués sous Baudoffi L Saladin , battu par Baudoin IV, y perdit toute son armée , et s'en éloigna presque seul , en fugitif, monté sur un chameau.

Les templiers y avaient un couvent, à Tombre de la Tour des quarante martyrs. Du temps de Louis XIV , c'était encore une ville commerçante assez active; elle n'a fait depuis que déchoir; aujourd'hui ce n'est plus qu'un gros bourg de deux mille âmes environ, une collection de ruines informes et de masures disséminées sur un vaste espace.

Le couvent des Franciscains, bâti d'après Furer , sur l'ancienne maison de Joseph d'Arimathie , par la pieuse munificence du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, a été reconstruit presque en entier au commencement de ce siècle ; on n'a conservé du vieil édifice que la chambre où habita Bonaparte lorsqu'il fit de Ramleh son quartier général.

De Kamleh à Jérusalem. — Légendes des loups,

de rimam Aaly.

Règle générale , si l'on veut être en marche à l'aurore , il faut annoncer le départ pow minuit. Les administrations de chemins de fer n'ont pas encore communiqué aux moncres syriens leur impitoyable ponctualité. Vous vous arrachez au sommeil , tout engourdi de la fatigue du jour précédent , tout maugréant contre les plaisirs d'un voyage d'agrément ; TOUS vous habillez à la h&te , en vous frottant les yeux 9 afin de ne pas retarder l'heure

convenue, et quand vous descendez pour vous mettre en selle, il ne manque plus que les chevaux. Après deux ou trois messages expédiés vers le khan où ils ont passé la nuit , vous poussezun soupir de soulagement, les entendant arriver à la file, d'un pas encore quelque peu endormi.... Mais patience, il faut les seller, les harnacher, les habiller. En effet, la veille au soir, on a dû les laisser partir tout nus pour leur gtte, à moins qu*on ne tienne nullement à sa selle, car une seule nuit dans un khan fait subir à une selle européenne une métamorphose affligeante. Tout ce qui était courroie est devenu ficelle ; les boucles se sont changées en nœuds. Vient ensuite Tarticle des bagages : un homme seul ne peut pas charger une mule et lui équilibrer son double fardeau. Le moucre se met donc en quête d'un coadjuteur , qu'il faut trouver , réveiller , secouer, pousser, entraîner, à moins que la caravane ne compte plusieurs moucres, et alors c'est bien pis : dès que l'un s'éveille , l'autre se rendort , comme dans les farces de l'ancien théâtre, et les charges restent à terre.

et les voyageurs se morfondent , et le temps passe.

Je m'étais éveillé à trois heures du matin , il en était cinq lorsque nous quittions le couvent.

Au bord de la grande piscine carrée que Ton aperçoit à main droite en sortant de Ramleh, je rejoignis mes compagnons de la veille. Hadji-Moustapha, plus vigoureux qu'un jeune homme , avait déjà fait gaillardement son bout de chemin pour venir de Lydda , et s'était trouvé le premier au rendez- vous. Il en était à son troisième tchibouq. Les enfants d'Israël l'avaient rejoint ensuite ; ils avaient été prêts avant moi pour un motif bien simple, c'est qu'ils n'avaient pas de moucre qui s'occupât d'eux.

Notre groupe , reformé au complet , se met à arpenter activement la fertile plaine de Ramleh, voulant gagner la montagne avant que le soleil devienne trop ardent.

Le petit ruisseau , dont la verdure sombre des joncs dessine les méandres , à droite de la route , et qui se perd dans les dunes à

quelques lieues au sud de JafiEsi , est appelé torrent de Nephtoa par Mercator ^ Il me semble que Mercator se trompe ; le Nephtoa de l'Écriture * est cet autre hras qui , arrivast à la Méditerranée par un chemin indirect, va rejoindre le fleuve de Sorek , ce torrent 4ont les bords peu fleuris réfléchirent si souvent autrefois l'image de la belle Dalila*. Toute cette plaine légèrement ondulée , qui s'étend à notre droite et devant nous jusqu'au pied des montagnes encore bleuies par la brume transparente du matin, était , à Fépoque des Juges , un théâtre de discorde entre les Hébreux et les Philistins. II s'y livrait des escarmouches continuelles entre les hautes terres et le bas i^ays. C'est l'arène où Samson s'illustra par ses entreprises personnelles y par ses exploits plus brillants qu'utiles à son pays. A une heure et demie de Ramleh, nous laissons, à quelque cent mètres sur le côté dr^t de la route, au delà du ruisseau ; le village

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