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de Berriè ( le désert ) , village tout moderne qui a'é veille aucun souvenir; puis, une heure plus loin , nous atteignons un pli de terrain entouré de cactus en haies , sur la pente duquel, à gauche, s'étend un vilkge asseï important , maisd'ufi aspect rebutant de saleté.
Aussitôt je pose à Hadji-Moustapba mon point d'interrogation pour noter le nom de cette gracieuse résidence.
— On rappelle Kébab ( le rôti ) depuis une époque fort reculée.
Le prophète Salomon, sur qui soit le salut!
avait à se plaindre des gens du pays , qui , malgré le nombre immense de leurs troupeaux , refusaient depuis plusieurs amiées de payer la dime aumônière {zékiat) de leurs boeufs , de leurs moutons et de leurs chèvres. Le prophète ayant décidé que tout proprié* taire de qua^'ante moutons et de traite bœufs serait soumis au zékiat ^ ces fHs du pédïé firent un accord secret pour éluder la loi, partageant leurs troupeaux entre eux et faisant passer pour propriétaires les femmes, les filles , les enfants , de sorte que pas un ne pos-
sédait plus de vingt-neuf bœufs et de trenteneuf moulons ou chèvres. Qui fut bien irrité de cette malice ? ce fut le grand Salomon lorsqu'il se vit y lui le dominateur des esprits ( djinn ) , trompé par l'astuce de grossiers paysans. Il résolut de les punir. Â son ordre, les djinn descendirent dans la plaine , sous forme de grands loups fauves jetant par la gueule des flammes ardentes , et se mirent à courir en cercle tout autour du pays cultivé. Les moissons étaient mûres , et l'incendie se propagea rapidement, chassant vers le centre tous les troupeaux disséminés dans la campagne. Ces pauvres bètes , éperdues de terreur , se réunirent toutes à l'endroit où est Kébab aujourd'hui , et y furent détruites par le feu. Les débris de leurs corps ont formé €ette colline, et le nom de Kébab reste comme un vestige éternel de la vengeance du prophète. Voilà ce que j'ai toujours entendu raconter , et Dieu seul connaît la vérité.
Il est superflu d'ajouter que j'avais reconnu sur-le-champ, dans le récit du vieillard, l'histoire des trois cents renards que Samson
transforma en brûlots pour se venger des Philistins. J'admirai la ténacité des traditions hébraïques, dont les légendes arabes sont la continuation, comme si les périodes grecques et romaines n'étaient pas venues en interrompre le fil. Ce phénomène trouve son explication dans les affinités de race, le plus naturel et le plus puissant des liens qui unissent les peuples. Hier, nous en avons vu un exemple frappant dans Lydda, qui, affublée en vain pendant des siècles du nom grec de Diospolis, est redevenue Lud à l'invasion des Arabes, revanche des peuples sémitiques; en voici bientôt un autre. Nous venons de redescendre dans la plaine; pendant une heure nous ne rencontrons rien jusqu'aux monticules de Latroun qui s'élèvent à l'horizon. Mais, sur notre droite , à une demiheure de la route et au delà du ruisseau, se trouve un amas de décombres informes que l'on appelle Emmoas. C'était jadis la ville de la victoire, Nicopolis, détruite en 131 par un tremblement de terre et rebâtie cent ans plus tard par Alexandre, fils de Mammée la Sy-
34 TROIS ANS EN JUDsÉE.
rienne. Elle a été plusieurs fois prise et reprise dans la lutte suprême où s'èteiguit la Aationalité juive. Lorsque Judas Macchabée y vainquit Georgias, lieutenant de Nicanor^, die portait le nom à'Emmaûs^ et c'est ce nom national qui surnage après vingt siècles, transformé en Emmoas, tandis qu'il ne reste nulle trace de l'orgueilleuse étrangère Nicopolis.
Les croisés campèrent dans cette {daine, autour d'Emmaiis, et y furent frappés de terreur par une éclipse de lune. Emmoas est bien l'Emmaûs de Judas Macchabée, à 22 finiles de Jérusalem selon l'ancien itinéraire, «an pied de la montagne, à l'entrée de la plaine et regardant Lydda '• > U n'y a pas moyen de le confondre avec l'autre Emmaùs, rà les disciples rencontrèrent Notre-Seigneur après sa résurrection, puisque l'Evangile le place à soixante stades ou environ neuf milles de la ville sainte. Ceux qui ont (ait cette confusion oubliaient qu'Emmaûs était on nom très-commun en Palestine, comme Rama , comme