I. Selon d'autres le 31 octobre seulement
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terminée, la pieuse veuve se cachera elle aussi sous le voile, et elle mourra revêtue du pauvre habit de la récollette, entièrement consacrée à Jésus-Christ.
Nous sommes mal renseignés sur les premières années de (Tabriel. Les commencements de sa vie religieuse elle-même nous échappent. Nous savons seulement qu'il avait vingt ans quand il fut admis au noviciat (24 mars 1630) et qu'il était d'une constitution fort délicate. Mais, sous ces frêles dehors, se cachait une âme ardente, généreuse dans laquelle fermentait un insatiable désir de se sacrifier. Les missions de la Nouvelle-France venaient d'être fondées. On ne parlait que des souffrances qu'on y endurait, des périls continuels qu'on y courait. C'en était assez pour enflammer le jeune religieux : il sollicita la faveur d'être envoyé dans ces missions. Il fit plus : avec l'approbation de ses supérieurs, il s'engagea par vœu à dévouer ses forces et sa vie au service de ces pauvres sauvages. Dieu se souviendra un jour de cet engagement magnanime et il le récompensera au centuple, suivant ses promesses, en couronnant del'au-
réole sanglante du martyre le front de son fidèle serviteur !
Le collège de Moulins fut le premier champ où le P. Lalemant put exercer son zèle. Il y professa la quatrième, en 1633, et la troisième Tannée suivante. Envoyé au collège de Bourges après ce séjour en Bourbonnais, il y étudia pendant quatre ans la théologie : il y remplissait en même temps la charge de surveillant auprès des élèves de l'internat. Le P. Provincial lui confia ensuite les fonctions délicates de préfet des études à la Flèche, fonctions qu'il conserva jusqu'au moment où il revint à Moulins pour y enseigner la philosophie.
Le P. Lalemant était prêtre depuis deux ou trois ans. — En s'empourprant tous les matins d'un sang divin, son âme avait senti croître en elle sa soif d'immolation. A ce contact journalier avec la douce Victime du Calvaire, elle avait grandi dans Tamour de la Croix. — « Je m'estimerais heureux de mourir à la fleur de l'âge », avait écrit le nouveau prêtre en s'offrant pour soigner des pestiférés. On ne crut pas devoir,
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dans cette circonstance, faire appel à son dévouement. — II réitéra alors des instances auprès de ses supérieurs et tournant de nouveau ses regards vers la Nouvelle-France, il demanda à y être envoyé.
Une note recueillie après sa mort parmi ses papiers, nous révèle les motifs qui le poussèrent à formuler cette demande.
C^est d'abord la reconnaissance, sentiment qu'on retrouve toujours si suave et si profond, dans l'âme pure et délicate des vrais serviteurs de Jésus-Christ :
« Oui, mon Dieu et mon Sauveur, c'est pour me revancher des obligations que je vous ai : car, si vous avez abandonné vos contentements, vos honneurs, votre santé, vos jours et votre vie pour me sauver, moi, misérable, n'est-il pas plus que raisonnable que j'abandonne à votre exemple toutes ces choses pour le salut des âmes que vous estimez vôtres, qui vous ont coûté votre sang, que vous avez aimées jusqu'à la mort et desquelles vous ' avez dit : Quod 2ini ex minimis fecistis^ viihi fecistis (').»
I. « Ce que vous faites au plus petit d'entre eux, c'est à moi -mémo que vous le faites. »
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C'est ensuite la conscience de la grandeur de Dieu contrastant avec la misère de Thomme :
« Quand bien même je ne serais point ému par un esprit de gratitude à vous faire ces holocaustes de moi-même, je les ferais de tout mon cœur, en considération des grandeurs de votre adorable majesté et de votre bonté infiniment infinie, qui mérite qu'un homme s'immole à votre service et qu'il se perde heureusement soi-même pour accomplir fidèlement ce qu'il juge être de votre volonté sur lui et des inspirations particulières qu'il vous plaît de lui donner, pour le bien de votre plus grande gloire.
« Puisque j'ai été si misérable que de tant offenser votre majesté, ô mon Jésus, il est juste de vous satisfaire par des peines extraordinaires : et ainsi, je dois marcher devant j votre face le reste de ma vie, le cœur humilié et contrit, dans la souffrance des maux que vous avez, le premier, soufferts pour moi. »
C'est encore l'amour persistant des siens, — cet amour qui se flétrirait au cœur des religieux, s'il en faut croire le monde, et qui k+
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devenu surnaturel, y demeure au contraire plus vivace et plus parfumé que jamais.
« Je suis redevable à mes parents, à ma mère, à mes frères, et je dois attirer sur eux les effets de votre miséricorde. Mon Dieu, ne permettez jamais qu'aucun de cette famille, pour laquelle vous avez eu tant d'amour périsse en votre présence et qu'il soit du nombre de ceux qui doivent vous blasphémer éternellement: que je sois pour eux la victime: « Qiioniam ego i7i flagella parattis sum : Hic ure^ hic seca^ utSn œternum parcas (^), »
C'est enfin le zèle des âmes dont, en véritable fils d'Ignace, son cœur est embrasé :
« Oui,mon Jésus et mon amour,il faut aussi que votre sang, versé pour les barbares aussi bien que pour nous,soit appliqué efficacement pour leur salut, et c'est en quoi je veux coopérer à votre grâce et m'immoler pour eux...
« Il faut que votre nom soit adoré, que votre royaume soit étendu par toutes les nations du monde et que je consomme ma vie pour retirer des mains de Satan, votre ennemi,
I. « Puisque je suis prtt à être flagellé, brûlez, retianchez ici-bas, afin de pardonner durant l'éternité. »
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ces pauvres âmes qui vous ont coûté votre sang et votre vie...
^^ Enfin, s'il est raisonnable que quelqu'un se porte d'amour à donner ce contentement à Jésus-Christ, au péril de cent mille vies, s'il en avait autant, avec la perte de tout ce qui est de plus doux et agréable à la nature, tu ne trouveras jamais personne qui soit plus obligé à l'entreprendre que toi. »
Et le futur apôtre concluait par cette brûlante apostrophe :
<l Sus donc, mon âme, perdons-nous saintement pour donner ce contentement au Cœur Sacré de Jésus-Christ {') : il le mérite et tu ne peux t'en dispenser, si tu ne veux vivre et mourir ingrate à son amour. >
Après avoir été encore quelque temps attendue, l'heureuse nouvelle arriva enfin : le P. G. Lalemant était désigné pour les missions du Canada. Il remplissait alors les fonctions de préfet du collège à Bourges où
I. Expression à noter sous la plume d'un religieux î qui écrit deux ou trois ans avant la naissance de la bienj heureuse xMarguerite-Marie. plus de trente ans avant les l apparitions de Paray-le-Monial.
il était revenu. Aussitôt, il partit pour Paris, afin d'y faire ses adieux à sa famille ; ils n'eurent rien que de viril. Du reste, parmi ses sœurs, il s'en trouvait une, — prieure du Carmel en ce temps-là — à qui, selon l'expression du P. Lalemant, « la grâce plus que la nature l'avait uni » et qu'il affectionnait tendrement. Ainsi les âmes de Benoît et de Scholastique se confondaient dans un commun amour de leur iMaître adoré. En ce cœur virginal du moins, le P. Gabriel pouvait en toute liberté épancher les saintes allégresses de son zèle apostolique, sûr de n'y rencontrer aucune des faiblesses inhérentes à la tendresse du sang. Dieu lui donna cette consolation et « l'on eût cru, a dit un témoin de cet entretien, entendredeuxSéraphinsse communiquer leurs transports ». Au moment du départ, la Carmélite remit au missionnaire quelques reliques de martyrs. — Don fraternel et pieux dans lequel un avenir prochain allait permettre de voir une sorte de présage et comme une providentielle annonce du genre de gloire qui attendait le jésuite de l'autre côté de l'Océan.
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Le P. G. Lalemant s'embarqua à la Rochelle, le 15 juin 1646. Avec lui partaient le P. Claude Quentin, procureur de la mission, les PP. Adrien Daran et Amable de Prêtai et le F. Mosson. Leur convoi était nombreux, leur traversée fut belle et, au mois de septembre, ils arrivèrent sans encombre devant Québec...
Les nouveaux venus trouvèrent la colonie dans un trouble profond. x\près avoir longtemps guerroyé contre les Français, les Iroquois, touchés de la clémence du gouverneur M. de Montm.agny, qui avait remis en liberté quelques-uns de leurs prisonniers, sans leur faire aucun mal, s'étaient enfin décidés à traiter de la paix avec lui. Mais c'était une paix de sauvages, beaucoup plus nominale que réelle ; car, sous prétexte de poursuivre la guerre contre les Algonquins et les Hurons, les Iroquois continuaient sans scrupule leurs incursions dans le pays. Echelonnés le long du Saint-Laurent, ils y dressaient des embuscades si meurtrières que la navigation n'y était plus possible qu'au risque de très grands dangers. Les Hurons n'osaient plus descendre le fleuve pour venir échanger leurs pelleteries.
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Vrais félins, les Iroquois se glissaient partout sans être aperçus. Les femmes huronnes allaient-elles à leur champ pour y cueillir la poignée de blé d'Inde, sobre ration du jour ? elles étaient scalpées sur place et massacrées sans pitié. Les chasseurs essayaient-ils d'entrer dans la forêt ? Ils étaient entourés soudain, accablés sous le nombre et tués ou traînés en captivité. — Surpris au point du jour, ou même dans la nuit, nombre de villages avaient été pillés. L'alarme et le deuil étaient de toutes parts, et la consternation avait pris de telles proportions que les chrétiens indigènes de Sillery ne se croyaient plus en sûreté aux portes mêmes de Québec.
Le P. G. Lalemant et ses compagnons de route purent donc juger par là au premier coup d'œil qu'une ample moisson de souffrances les attendait. Mais les mérites ne seraient-ils pas en proportion ? Et l'amour compte-t il avec le sacrifice, quand le sacrifice lui permet de s'affirmer ? — Tout heureux de voir la croix j si proche, le P. Gabriel s'y fût précipité sans ! retard en volant vers le pays des Hurons, |
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plus impitoyablement ravagé que les autres par les Iroquois, si on l'y avait autorisé. Mais le P. Jérôme Lalemant, son oncle, qui gouvernait alors la mission pour la seconde fois, s'y opposa. Ce n'était point faiblesse, mais prudence de sa part. Le vieil ouvrier savait ■ par expérience les rudes travaux de la vie apostolique au Canada ; les longues courses à travers la neige et sur les lacs glacés par un froid sous lequel « les arbres se fendaient jusqu'au cœur, en éclatant comme des mousquets (') » ; les nuits le long des rives silencieuses du erand fleuve, sous la morsure des maringouins Q ; les interminables et dangereux trajets dans un canot étroit et mal équilibré ; les journées de chasse passées avec la faim pour compagne dans la forêt (3) : il