‹ Trois apôtres de la Nouvelle FranceChapitre 6 sur 21 · I. P. de Brébeuf, Mémoire szir la mission huronne · texte numérisé non relu

I. P. de Brébeuf, Mémoire szir la mission huronne

■ vail n'effraya pas le P. de Brébeuf, dont Tin- 'vincible patience était si notoire qu'il la reconnaissait lui-même : « Je suis un Vrai Bœuf 3. l'ouvrage >, disait-il, en jouant aimablement sur son nom. Pour cette fois, malgré

I son extraordinaire constance et ses efforts surhumains, il ne put parvenir à ouvrir le

; moindre sillon dans cette terre opiniâtre.

' Après plusieurs mois de travaux au cours

i desquels sa vie avait été maintes fois en danger il dut céder à la force des choses et revenir à la mission, sans autre consolation que celle d'avoir envoyé du moins une nouvelle légion de petits anges au Paradis.

Ce retour fut marqué par un triste accident. En traversant un lac, le Père de Brébeuf fit sur la glace une chute dans laquelle il se cassa la clavicule gauche. L'intensité de la douleur fut telle qu'il en perdit les sens. Néanmoins, quand il sortit de son évanouissement, il ne voulut jamais consentir, comme ses compagnons l'en suppliaient, à se laisser placer par eux sur un traîneau. Il reprit la marche à pied. Le reste du trajet, — et il fut long, — devint dès lors un douloureux martyre pour le pauvre blessé. « Dans les endroits

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escarpés, qu'il fallait quelquefois gravir en se traînant sur la neige, on le voyait s'appuyer péniblement sur son bras droit. Pour descendre les coteaux, il se laissait glisser sur le côté, plutôt que de s'exposer à un faux pas ('). A la mission même, on ne put rien pour guérir cette fracture. Le vaillant apôtre ne s'en émut point, et il reprit tout ce qu'il put reprendre de ses travaux, comme s'il eût joui d'une santé parfaite.

Cependant le Supérieur, bien que profondément édifié d'une vertu si mâle, n'attendait que la première occasion pour renvoyer le blessé au chef-lieu de la colonie, afin de l'y faire soigner. Cette occasion se fit attendre plus d'un an ; ce fut seulement vers la fin de l'été de 1642 que le P. de Brébeuf aborda à Québec. La ville avait pris un développement considérable. La Compagnie de Jésus y possédait trois établissements : deux dans la cité même, la résidence de N -D. des Anges et un collège, — qui fut le premier ouvert dans l'Amérique du Nord, — et une maison à quatre kilomètres des murs, Saint-Joseph

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