‹ Trois apôtres de la Nouvelle FranceChapitre 7 sur 21 · I. Le P. Martin. Le P. de Brébeuf. p · texte numérisé non relu

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de Sillery ; autour de celle-ci s'étaient groupés un bon nombre de sauvages convertis. — L'apôtre, qui avait laissé le meilleur de son cœur parmi ses chers Hurons, comptait retourner bientôt parmi eux. La Providence en décida autrement, et le P. Vimond, nouveau Supérieur général de la mission, le retint à Québec, en lui confiant le soin des indigènes qui se trouvaient dans cette ville et à Saint- Joseph de Sillery.

Le P. Jean voyait en tout la main de Dieu. Sa foi était aussi vive que pleine de simplicité.Notre Seigneur venait de lui assigner un nouvel emploi ; il s'y dévoua sans réserve comme toujours. N'était-ce pas du reste auprès des sauvages qu'il continuait à travailler ? Il avait même le bonheur de pouvoir s'occuper encore de cette mission huronne qu'il avait fondée au prix de tant de fatigues et de tant d'efforts ; car le P. Vimond l'en avait nommé procureur. En cette qualité, il fit tout ce qu'il lui était humainement possible de faire pour la secourir.

Pendant l'une de ses courses apostoliques

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à travers le territoire de la Nation Neutre, le P. de Brébeuf avait vu un jour dans le ciel une immense croix qui, venant du pays des Iroquois, s'étendait sur celui des Hurons et l'embrassait en entier. Dieu révélait mystérieusement ainsi à celui dont il s'était fait un instrum.ent parmi ces peuplades le sort qu'il leur voulait réserver. La prophétie divine commençait déjà à se réaliser. Traqués par leurs féroces ennemis, surpris plusieurs fois et vaincus par eux, les malheureux Hurons étaient aux abois. La mission partageait leur détresse. Pour soulager cette misère, le P. de ; Brébeuf organisa pendant l'automne 1633 un convoi qui remonta le fleuve sous la conduite du P. Isaac Jogues. ]\Iais ce convoi tomba entre les mains des ennemis (^). — D'autres canots chargés de provisions de toutes sortes et de munitions de guerre partirent au mois d'avril suivant. Ils eurent le même sort, et le P. Bressani, qui en avait la direction, devint à son tour le prisonnier des Iroquois. Enfin, mieux défendu, un troisième convoi fut plus heureux et il arrivait, le 16 septembre

I. Voir ce que nous avons écrit à ce sujet dans la notice sur le P. Jogues.

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1645, au pays des Hurons : il y ramenait le P. de Brébeuf pour toujours.

L'apôtre trouva la contrée sous une indicible impression de terreur. Tout y était bouleversé. — Les incursions des Iroquois s'y succédaient; leurs embûches étaientaussi journalières que sanglantes. — Mais Dieu payait largement en faveurs éternelles les épreuves temporelles sous lesquelles il permettait que ce peuple fût écrasé. La grâce coulait à flots sur cette terre sauvage et elle y faisait fleurir les plus suaves et les plus héroïques vertus. On voyait s'y renouveler, parmi les néophytes qui se multipliaient de tous les côtés comme les germes au printemps, les actes les plus beaux. Sous le coup d'une violente tentation, un jeune sauvage se roule sur un étang glacé et met ainsi en fuite son infernal ennemi. Un autre, dans les mêmes circonstances, applique sur sa chair quelques tisons ardents. « Si ce feu te fait peur, se dit-il à lui même, qu'en sera-t-il donc de celui de l'enfer? » — Un troisième, Ignace Snouaretsi, après avoir lutté en désespéré, est pris par les Iroquois. Aus-

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sitôt il devine la mort cruelle qui l'attend ; son cœur, par une pente naturelle, va vers sa mère dans cet instant suprême, et c'est à elle que, par l'entremise d'un de ses cousins, il envoie ce simple et sublime adieu : « Dis à ma mère que je serai brûlé ; mais qu'elle ne pleure pas ma mort ; car, dans le feu, je ne penserai qu'au Paradis ! »

Telle était la forte race de chrétiens qui formait alors l'Eglise huronne. En l'enfantant à la grâce, le P. de Brébeuf lui avait communiqué son indomptable énergie et son amour de la croix. — Vivante image, ainsi que nous l'avons vu plus haut, du Dieu-Homme « doux et humble de cœur », il avait aussi, comme son divin Maître, soif de souffrir.

«Jésus-Christ est la vraie grandeur du missionnaire, avait-il écrit dix ans plus tôt ; c'est lui seul et sa croix que vous devez chercher... (^)»

Et simplement, doucement, il avait fait entrer dans sa vie ce principe en son entier : privations, fatigues, jeûnes, veilles, macérations rigoureuses, il avait usé de tout, sans

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