P. de Brébeuf, Mémoire sur la mission huronne
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6 Le Père ISAAC JOGUES.
La santé du voyageur n’y résista point. Arrivé jo le 11 septembre à Ihonatiria (Saint-Joseph), toi il était, le 17, terrassé par la maladie, Elle se la communiqua à plusieurs autres Pères, si bien fur que leur cabane devint un hôpital. Mais quel d’ hôpital misérable vraiment ! Les lits y étaient pé remplacés par de mauvaises nattes et tous les me remèdes suppléés par un bouillon de pourpier bé sauvage avec un filet de verjus. « Nous avions des | bien une poule, raconte gaîment le P. Rague- pé nau, mais elle ne nous pondait pas un œuf po tous les jours, et puis qu'est-ce qu’un œuf cot pour tant de malades? C'était un grand plaisir lab de nous voir, nous autres qui étions sains, La dans l'attente de cet œuf ; et encore après, dél fallait-il consulter à qui rous le donnerions et Jos voir qui en avait le plus besoin : pour nos ger . malades, c'était à qui ne le mangerait pas ! » aus | is SOL Cette pénurie extrême n’empêcha point le Am . rétablissement des pauvres fiévreux. Les forces | revinrent peu à peu au P. Jogues, qui avait . été le plus profondément atteint et. dès la fin du mois d’octobre, il entrepræ l’étude de la ( | langue huronne. Labeur rat, de l’aveu des l'ex
| plus vaillants! — A la ;umière pendant le cer!
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jour, des quelques rayons qui fitraient par le toit jusqu’à lui : à la lueur rougeûtre, pendant la nuit, du feu qui chauffait la hutte, en l’enfumant, le missionnaire devenu l'élève tantôt d'une femme et tantôt d’un enfant, apprenait péniblement les éléments de cet idiome rudimentaire, — De temps en temps, il allait en bégayer le peu qu’il en savait dans les cabanes des sauvages, où la maladie avait bientôt pénétré et où il était appelé en toute hâte pour baptiser quelque moribond : c'était la consolation, miséricordieusement apposée au labeur pour encourager et soutenir l’ouvrier. La Providence aura constamment les mêmes délicatesses et, jusque dans la captivité du P. Jogues, nous la verrons jalouse de lui ménager ces encouragements, comme nous verrons aussi le captif toujours prêt à oublier ses souffrances, dès qu'il s'agira de gagner une âme de plus au vrai Dieu !
Cependant le fléau faillit compromettre l'existence de toute la mission. À en croire certains bruits venus on ne sait d’où, les
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Robes-Noires étaient l’unique cause du mal :
elles avaient jeté un sort sur le pays. Trop ignorants pour ne pas accueillir avidement une pareille explication, les Hurons étaient en même temps trop durement frappés pour ne pas lui donner une conclusion. Ils commencèrent par fermer plusieurs de leurs villages aux prétendus sorciers ; puis les plus fanatiques résolurent de se venger. La chose était facile dans une contrée où chacun a le droit de se faire justice à soi-même aussi bien que de se constituer le vengeur de la nation. De ce chef, les missionnaires coururent donc à plusieurs reprises les plus grands dangers. Mais Dieu les sauvegarda : ( Il a été plus puissant pour protéger ceux qui pour sa gloire s'étaient jetés dans les bras de sa Providence, que les hommes n’ont été méchants pour leur nuire,»
écrivit le P. Jogues à sa mère. La tempête s’apaisa en effet, et le calme revint.
D'Thonatiria abandonné par ses habitants, le Père fut envoyé à Teananstayac. Il n’y passa que six mois, mais il y donna par le baptême cent vingt chrétiens à Dieu. — Il dirigea ensuite les travaux de la Résidence Sainte-Marie, qu’on fondait en ce moment
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(1639). C’est de cette résidence qu’il partit avec le P. Ch. Garnier pour le pays des Pétuneux, peuplade qui habitait, à 50 kilomètres au sud-ouest des Hurons, le massif des Montagnes-Bleues (1640). — Abandonné par ses guides dès les premières heures de la route, accueilli avec défiance, bientôt poursuivi par la calomnie, finalement traqué de village en village, non pas ouvertenient, mais d’une façon qui n’en était que plus perfide, il fut contraint de rentrer à Sainte-Marie, sans avoir rien pu
faire en apparence sinon baptiser quelques
mourants. En réalité, lui et son compagnon
avaient jeté les germes d’une moisson qui n'allait pas tarder à lever et qui devait à bref délai porter les plus beaux fruits.
L'automne suivant (1641), le P. Jogues se rendit, en compagnie du P. Raymbault, au saut Sainte-Marie. Ils avaient charge de s’y aboucher avec les Ottawas. Ils réussirent audelà de toute espérance, et il n’eût tenu qu’à eux de se fixer dès lors dans ces tribus. Mais Dieu réservait de plus glorieux combats à son apôtre, et l’heure de les entamer allait sonner,
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Rentré à Sainte-Marie, le P. Jogues était un jour prosterné devant le Très-Saint-Sacrement. Il y répétait avec une ferveur toute | particulière sa prière habituelle : ( Seigneur, | à votre calice faites-moi boire largement. » — | Soudain, une voix se fit entendre au fond de : son cœur. Elle lui disait : ( J’ai entendu ta prière,et ce que tu demandes, je te l’accorderai. | Arme:-toi donc de courage et de vigueur (:).» | Le Père se releva : sans savoir comment encore, il se sentait exaucé. Il l’était en effet.
Quelque temps après, le P. Jér. Lalemant, alors supérieur de la mission huronne, lui proposa d’aller chercher des secours à Québec. L'offre était pleine de périls, car les Iroquois se tenaient aux aguets tout le long du fleuve. Mais le vaillant apôtre n’hésita pas : { On ne fit que me proposer ce voyage, dit-il, sans me . le commander. Je m'offris d'autant plus volon- | tiers que la nécessité de l’entreprendre aurait jeté quelque autre missionnaire bien meilleur que moi dans les dangers que nous pré- | voyions, » Conscient néanmoins de ces dan- | gers, il s’y prépara par une retraite, suivie
| =. € Exaudita est oratio tua... Erit tibi quod petisti.. | Confortare et esto robustus. »
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Le Père ISAAC JOGUES.
d’une confession de toutes les fautes de sa vie; puis, il partit de Sainte-Marie, avec la paix pour compagne et pour égide la charité | (2 juin 1642).
La descente fut heureuse, mais le retour | devait être fatal. Le 3 août, à une cinquantaine | de kilomètres en amont de Trois-Rivières, |:
une fusillade inattendue éclate dans les buées du matin : les Iroquois barrent le passage. | Embusqués dans les joncs, armés d’arque- | buses que leur ont données les Hollandais | | protestants, ils jettent le désordre dans le petit | convoi, qui, confiant, longe la rive pour éviter | le courant. D'un coup d'œil, le P. Jogues a : compris tout le danger. Mais il s’en trouble | si peu que, sous le feu de l'ennemi, il puise | de l’eau dans le fleuve et baptise le pilote de | son canot qui n’est encore que catéchumène, | afin de lui assurer en cas de mort le Paradis. | Le combat fut court, les Iroquois étant trop | nombreux pour qu’on pût leur résister long- | temps. Les canots et ceux qui les montaient devinrent les trophées des vainqueurs. Grâce au rideau de roseaux qui le cachait, le P.
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