‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 4 sur 30 · PRE CE · texte numérisé non relu

PRE CE

| 20 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

roches, pendant la journée le soleil vous brûle: . pendant la nuit vous êtes la proie des maringouins. Vous montez quelquefois cinq à six , sauts (rapides) dans un jour, et n’avez le soir | pour tout réconfort qu’un peu de blé cuit avec de belle eau claire; pour lit, la terre et bien souvent des roches inégales et raboteuses, | d'ordinaire point d’autre abri que les étoiles, | et tout cela dans un silence perpétuel. Mais, | ajoute l’intrépide ouvrier, quel contentement | d'aller par ces sauts et de gravir sur ces rochers | à celui qui a devant les yeux cet aimable | Sauveur harassé de tourments et montant le Calvaire chargé de sa croix! L'incommodité du canot est bien aisée à souffrir à qui Le | considérera crucifié! Et quelle consolation de | se voir, même par les chemins, abandonné des | sauvages, languir de maladie ou mourir de | faim dans les bois et de pouvoir dire à Dieu : | « c’est pour faire votre sainte volonté que je | suis réduit au point où vous me voyez! »

| Cette consolation le P. de Brébeuf avait | pu la ressentir dès son arrivée au pays des | Hurons. Car à peine y avait-il débarqué, qu'il | fut abandonné tout seul, le soir, sur le rivage par ses conducteurs insouciants : 4 Je me

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prosternai aussitôt à genoux, dit-il, pour :

remercier Notre-Dame et saint Joseph des | faveurs et des grâces que j'avais reçues pen- | dant le voyage. Je saluai l'ange tutélaire du | pays et m’offris à Notre-Seigneur pour le salut | de ce peuple. » (5 août 1634.) |

Sa prière terminée, le P. de Brébeuf se | relève plein de calme. Il rassure ses compa- | gnons, se met à la découverte et, au bout de

l quelque temps, il est assez heureux pour arri- |

ver jusqu’au village qu'il avait quitté six ans : auparavant. On juge de la joie des pauvres Hurons, en revoyant celui dont ils avaient | tant pleuré le départ! — Devant cette explo- : sion de reconnaissance, le missionnaire ne | crut pas devoir aller plus loin. Il résolut de s'arrêter à Saint-Joseph, où il s'installa définitivement dans une grossière cabane de branches

D ct d’écorces, relativement spacieuse, mais € si chétive, avouait-il, que je n’en trouve quasi en | France d’assez misérable pour pouvoir dire :

Voilà comme vous seriez logés (*) ! »

Cette pauvre hutte devint le quartier géné-

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