‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 7 sur 30 · P, de Brébeuf, Mémoire sur la mission huronn · texte numérisé non relu

P, de Brébeuf, Mémoire sur la mission huronn

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 31 4

ent en vail n’effraya pas le P. de Brébeuf, dont l’in-

le ces | vincible patience était si notoire qu’il la |

quel- | reconnaissait lui-même : ( Je suis un Vrai

onner Bœuf à l'ouvrage », disait-il, en jouant aima- | mmes blement sur son nom. Pour cette fois, malgré l ation son extraordinaire constance et ses efforts ù n’en surhumains, il ne put parvenir à ouvrir le ni: | ciel ; moindre sillon dans cette terre opiniâtre, hi erles Après plusieurs mois de travaux au cours n ji le es- desquelssa vie avait été maintes fois en danger, 4 Li grâce il dut céder à la force des choses et revenir à ; Li ()) la mission, sans autre consolation que celle /0

d’avoir envoyé du moins une nouvelle légion de petits anges au Paradis.

Ce retour fut marqué par un triste accident.

beuf En traversant un lac, le Père de Brébeuf fit sur la glace une chute dans laquelle il se cassa la clavicule gauche. L’intensité de la äouleur fut telle qu’il en perdit les sens.

Néanmoins, quand il sortit de son évanouissement, il ne voulut jamais consentir, comme ses compagnons l’en suppliaient, à se laisser

placer par eux sur un traîneau. Il reprit la | 1 if marche à pied. Le reste du trajet, — et il fut | LE long, — dev:..: dès lors un douloureux mar- | fl | tyre pour le pauvre blessé, « Dans les endroits | \f

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escarpés, qu’il fallait quelquefois gravir en se traînant sur la neige, on le voyait s'appuyer

| péniblement sur son bras droit. Pour des- | cendre les coteaux, il se laissait glisser sur le | côté, plutôt que de s’exposer à un faux pas (°).

A la mission même, on ne put rien pour guérir cette fracture. Le vaillant apôtre ne s’en émut point, et il reprit tout ce qu’il put reprendre de ses travaux, comme s’il eût joui

| d’une santé parfaite.

Cependant le Supérieur, bien que profondément édifié d’une vertu si mâle, n’attendait

| que la première occasion pour renvoyer le blessé au chef-lieu de la colonie, afin de l’y | faire soigner. Cette occasion se fit attendre

plus d’un an; ce fut seulement vers la fin de

| l'été de 1642 que le P. de Brébeuf aborda

à Québec. La ville avait pris un développement considérable, La Compagnie de JÉSUS y possédait trois établissements : deux dans

| la cité même, la résidence de N.-D. des Anges et un collège, — qui fut le premier ouvert

| dans l’Amérique du Nord, — et une maison | à quatre kilomètres des murs, Saint-Joseph

1, Le P. Martin, Le /’. de Brébeuf, p. 200.

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ense : de Sillery ; autour de celte s'étaient groupés )Jpuyer un bon nombre de sauvages convertis. — r des- D | L'apôtre, qui avait laissé le meilleur de son sur le cœur parmi ses chers Hurons, comptait as (°). retourner bientôt parmi eux. La Providence pour PF en décida autrement, et le P. Vimond, nouré ne veau Supérieur général de la mission, le retint il put PF à Québec,en lui confiant le soin des indigènes it joui qui se trouvaient dans cette ville et à Saint- Joseph de Sillery.

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endait Le P. Jean voyait en tout la main de Dieu.

Sa foi était aussi vive que pleine de simpli- | cité. Notre Seigneur venait de lui assigner un : nouvel emploi; il s'y dévoua sans réserve | comme toujours. N’était-ce pas du reste au- : près des sauvages qu’il continuait à travailler ? | Il avait même le bonheur de pouvoir s’occu- | per encore de cette mission huronne qu'il | avait fondée au prix de tant de fatigues et de tant d'efforts ; car le P. Vimond l’en avait | nommé procureur. En cette qualité, il fittout | ce qu’il lui était humainement possible de | faire pour la secourir. | Pendant l’une de ses courses sa is

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34 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

à travers le territoire de la Nation Neutre, le P. de Brébeuf avait vu un jour dans le ciel une immense croix qui, venant du pays des Iroquois, s’étendait sur celui des Hurons et l'embrassait en entier. Dieu révélait mystérieusement ainsi à celui dont il s'était fait un instrument parmi ces peuplades, le sort qu’il leur voulait réserver, La prophétie divine commençait déjà à se réaliser, Traqués par leurs féroces ennemis, surpris plusieurs fois et vaincus par eux, les malheureux Hurons étaient aux abois. La mission partageait leur détresse. Pour soulager cette misère, le P. de Brébeuf organisa pendant l'automne 1633 un convoi qui remonta le fleuve sous la conduite du P. Isaac Jogues. Mais ce convoi tomba entre les mains des ennemis ('). — D'autres canotschargés de provisions de toutes sortes et de munitions de guerre, partirent au mois d'avril suivant. Ils eurent le même sort, et le P. Bressani, qui en avait la direction, devint à son tour le prisonnier des Iroquois.

Enfin, mieux défendu, un troisième convoi | fut plus heureux et il arrivait, le 16 septembre |

1. Voir ce que nous avons écrit à ce sujet dans la notice sur le P. Jogues.

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1645, au pays des Miro: il y ramenait F P. de Brébeuf pour toujours.

L’apôtre trouva la contrée sous une indi-

| cible impression de terreur. Tout y était bouleversé. — Les incursions des Iroquois <'y succédaient;leurs embüches étaient aussi journalières que sanglantes. — Mais Dieu payait largement en faveurs éternelles les épreuves temporelles sous lesquelles il permettait que ce peuple fût écrasé. La grâce coulait à flots sur cette terre sauvage et elle y faisait fleurir les plus suaves et les plus héroïques vertus. On voyait s’y renouveler, parmi les néophytes, qui se multipliaient de tous les côtés comme les germes au printemps, les actes les plus beaux. Sous le coup d’une violente tentation, un jeune sauvage se roule sur un étang glacé et met ainsi en fuite son infernal ennemi. Un autre, dans les mêmes circonstances, appli- . que sur sa chair quelques tisons ardents. «Si ce feu te fait peur, se dit-il à lui-même, qu’en sera-t-il donc de celui de l'enfer ? » — Un troisième, Ignace Snouaretsi, après avoir lutté en désespéré, est pris par les Iroquois. Aus-

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36 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

sitôt il devine la mort cruelle qui l'attend ;

| son cœur, par une pente naturelle, va vers sa

mère dans cet instant suprême, et c’est à elle

| que, par l’entremise d’un de ses cousins, il en- | voie ce simple et sublime adieu : « Dis à ma

mère que je serai brûlé ; mais qu’elle ne pleure pas ma mort ; car, dans le feu, je ne penserai qu’au Paradis ! »

Telle était la forte race de chrétiens qui formait alors l’Église huronne. En l’enfantant à la grâce, le P. de Brébeuf lui avait communiqué son indomptable énergie et son amour de la croix. — Vivante image, ainsi que nous l’avons vu plus haut, du Dieu-Homme

. {doux et humble de cœur ), il avait aussi,

comme son divin Maître, soif de souffrir. € JÉsus-CHRIST est la vraie grandeur du

| missionnaire, avait-il écrit dix ans plus tôt; | c’est lui seul et sa croix que vous devez cher-

cher... (*) »

Et simplement, doucement, ï! avait fait entrer dans sa vie ce principe en son entier : privations, fatigues, jeûnes, veilles, macérations rigoureuses, il avait usé de tout, sans

1, Mémoire sur la mission,

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Le > Père JEAN de BRÉBEUF. 37

rnédétent: aucun, — PR ébigueur le voussait d’ailieurs surnaturellement dans cette voie. Un jour,il lui apparait couronné d’épines; . un autre jour, il se décharge sur lui de la croix qu'il portait. Puis il se montre « couvert de | lèpre et sans beauté », comme le Serviteur de Dieu sera lui-même quand les Iroquois lui arracheront sa chair, lambeaux par lambeaux.

Enfin, il enflamme si bien ce cœur du désir . du martyre que le P. de Brébeuf, qui s’engagera en 1645 à tendre toujours dans toutes ses actions à la plus grande perfection, signe dès l’année 1639 ce magnanime vœu : «Mon Seigneur JÉSUS, que vous rendre en retour du bien que vous m'avez fait ? /e pe votre calice et j'invoquerai votre nom !.… Oui, mon Seigneur JÉSUS, je fais vœu de ne jamais | manquer à la grâce du martyre, si dans votre | miséricorde, vous l’offrez à votre indigne ser- | viteur. — Ainsi, à l'avenir, je ne pourrai plus | me permettre de fuir les occasions qui se présenteront de mourir pour vous, et de ne pas accepter avec joie le coup de la mort, à moins toutefois que votre plus grande gloire ne demande le contraire. Je vous offre donc dès aujourd’hui et de grand cœur, ê mon

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38 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

Marino Tout d et mon sang, et ma vie, afin que si vous m’en accordez la grâce, je meure pour vous qui avez daigné mourir pour moi.

Faites que je vive de manière à obtenir que vous m’accordiez ce genre de mort. — Ainsi, Seigneur, 7e prendrai votre calice et j'invoquerai votre nom, JÉSUS, JÉSUS, JÉSUS ! »

Comme on le voit, depuis longtemps la

| victime était prête et, au gré de Dieu, l'heure

sanglante du sacrifice pouvait sonner.

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Les Iroquois avaient fait la paix avec la France. Jamais ilsn’avaient pourtant déposé les armes contre les Hurons. — De 1645 à 1647, on avait constamment vécu dans les alarmes; c’est au milieu de périls perpétuels que le P.de Brébeuf et les autres missionnaires avaient continué leur apostolat. La moisson avait été aussi riche pour le ciel que, sur la terre, les | dangers avaient été grands et nombreux!

| Qu’'importaient dès lors les souffrances ?

| Qu’importait même le trépas P

L'année 1648 s'ouvrit par de nouveaux

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 39

désastres. Les villages de Saint-Joseph et de Saint-Michel, surpris tour à tour, avaient été emportés, mis à feu et à sang. Partout l’horreur était à son comble, quand soudainement les Iroquois mirent bas les armes. Était-ce crainte de leur part? L'arrivée de Québec du convoi qui amenait le P. Gabriel Lalemant, cette précoce victime que nous allons bientôt voir mourir,pourrait le faire croire, Mais peutêtre n'était-ce que perfide calcul aussi ! Les vainqueurs voulaient endormir les vaincus dans une sécurité trompeuse etune fois de plus les prendre au dépourvu. — Trop confiants, les Hurons croyaient en effet la paix revenue quand, un matin, au mois de mars 1649, de grands cris, des hurlements furieux se font entendre dans le village de Saint-Ignace. — Les Iroquois sont là. Comme un torrent dévastateur, ils se répdhdent partout. Éveillés en sursaut, les habitants peuvent à peine leur opposer un semblant de résistance et, en quelques instants, leur village n':51 plus qu'un monceau de ruines.

Trois de ces malheureux avaient pu cependant échapper à la hache des envahisseurs. | Ds courent au village de Saint-Louis, distant |

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40 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

d’une lieue environ, et ils avertissent le P. de Brébeuf et le P. Lalemant du désastre auquel ils viennent d'assister, — Anssitôt l’intré-

| pide apôtre organise la résistan .’asteur au

cœur aussi tendre que vaillant, il se préoc-

| cupe avant tout des faibles et des petits et il | fait conduire à la résidence Sainte-Marie, où

! se trouve un fortinoccupé parquelques soldats

français,tous ceux qui ne peuvent se défendre: Cinq cents femmes ou enfants lui devront ainsi la vie. Une centaine de guerriers demeurent à Saint-Joseph. Il y demeure avec eux.

En vain le conjure-t-on de partir ur Sainte- Marie, lui aussi. Pourquoi tan. presser P C'est le martyre qui vient à lui peut-être.

Or, n'at-il point promis par vœu à JÉSUS- CHRIST son sang jusqu’à la dernière goutte ?

| € Non, non, je ne partirai point, ma place est | au milieu de vous. Je”ne combattrai point, | mais je soutiendrai votre courage et, si vous | mourez, je vous aiderai à entrer en paradis. }

Et, avec l’aide du P. Lalemant (:), il bap-

| tise ceux qui ne sont encore que catéchu-

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