‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 8 sur 30 · Voir la notice que nous avons écrite sur le P. Gabriel · texte numérisé non relu

Voir la notice que nous avons écrite sur le P. Gabriel

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Le père JEAN de BRÉBEUF. 41

mèdés F ect ceux qui sont chrétiens.

Lorsqu’au lever du soleil,les Iroquois deureil devant le village, comptant l'emporter par

surprise comme la veille ils avaient emporté : Saint-Ignace, derrière la palissade, ils virent | cette poignée de chrétiens, i’âme tranquille, | prête à combattre et à mourir. Un premier |

assaut est vaillamment repoussé. Un second est repoussé encore. Mais, à l’abri d’aussi pri-

mitives défenses, que pouvait une centaine |

de braves contre un millier d’assaillants ? Attaqués de divers côtés à la fois, ils succombent sous le nombre, C’en est fait: l’ennemi triomphe, ils sont vaincus !

Pour les deux missionnaires, faits prisonniers pendant qu’ils secouraient les blessés, c'était la passion qui s’ouvrait. Par une délicatesse toute divine, cette passion, dont les

détails font frémir, commença pour les vic- |

times au lieu même où leur héroïque charité

les avait volontairement retenus, — parmi les |

décombres fumants de Saint-Louis. Avant de

retourner à Saint-Ignace, où ils s'étaient re- | tranchés, les Iroquois dépouillèrent les deux !:

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42 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

prêtres de leurs vêtements : puis, comme s’ils eussent été impatients de commencer les tourments, ils leur arrachèrent les ongles des

‘| mains et des pieds. C’est dans cet état dou-

loureux qu’ils leur firent faire, en tête des

, autres prisonniers, les quatre kilomètres qui

les séparaïent de Saint-Ignace.

Là, tout était prêt déjà pour le supplice.

Les poteaux étaient dressés. On y pousse les victimes, en les accablant de coups. A la vue

. du pieu près duquel il va être immolé, le Père

de Brébeuf est saisi d’un indicible transport ; comme saint André à la vue de sa croix, il s’agenouille et baise l'instrument de son supplice. Mais, dans son allégresse, il n’oublie

| passes enfants, les prisonniers qui vont souf-

frir avec lui. A l'exemple de la mère des Ma-

| chabées, il les encourage à mourir. Alors

pendant que les feux s’allument, entre ce

| prêtre et ces sauvages baptisés d’hier, s’é- , change un dialogue, sublime dans sa simpli-

cité,

— ( Dans nos souffrances, dit le P. de Bré:

| beuf, levons les yeux en haut !

— ( Échon, répondent les Hurons, ne

rare mme mener tee RS

Le Père “EAN de BRÉBEUF. 43

ne s'ils crains rien : nos imes seront au ciel, pendant er les D Que nos corps souffriront ici-bas… les des — « Dieu verra nos douleurs : lui-même at dou- D sera notre récompense.

te des — « Prie le Maître de la vie : qu’il ait pitié res qui de nous !

— « Courage : les tourments sont courts, la pplice. D gloire est éternelle.

Isse les — Ah ! nous ne cesserons de prier qu’en la vue expirant ! »

Déjà le supplice avait commencé. On enfonçait des alènes rougies au feu dans les chairs du patient, on promenait sur ses membres des charbons embrasés. Et, toujours

impassible en apparence, oublieux de ses

| souffrances pour ne penser qu’à ceux qui, près de lui, attendaient la mort, il continuait à les exhorter au courage et à leur parler du ciel.

Exaspérés d’une telle force d'âme, quelques Hurons apostats pour réduire le martyr (:) :

| au silence, lui fendent la bouche jusqu ’aux | | oreilles ; puis, ils lui coupent les lèvres et le | |

| «1. Voir le Postulafum par lequel le IITe concile provin- | | cial de Québec a demandé au Saint-Siège l'introduction de | | la cause de béatification du P. de Brébeuf, |

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44 Le e Père JEAN de sh.

nez. D’autres, lui arrachant des RE de

| chair, les dévorent sous ses yeux.

J'imagine que, pour le fortifier au milieu de ces douloureuses horreurs, son ange dut alors murmurer à l'oreille du P. de Brébeuf

| quelque chose du vœu « : 1639 : « .…. je fais

vœu de ne jamais manquer à la grâce du

| martyre,si dans votre miséricorde, vous l’offrez

| à votre indigne serviteur... }

Cependant l’acharnement des sauvages ne

| se fatiguait pas. A la cruauté, ils entremélaient | l'ironie : € Plus on souffre, as-tu dit, plus on | est récompensé là-haut. Quelle reconnaissance | ne nous devras-tu pas, Échon ! » Et, sur sa

poitrine, sur son dos, sur ses reins, ils posaient à plat des haches rougies au feu, qui péné-

| traient dans les chairs, au milieu d’un nuage

d’âcre fumée, La trahison ne pouvait pas plus manquer à

| cette passion qu’elle n’avait manqué à la pas- | sion du Sauveur. — € Sans baptême, pas de

salut, » criaient quelques Hurons apostats,et, ce disant, ils versaient de l’eau bouillante sur les plaies vives, en ricanant.

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 45.

Le supplice durait depuis deux grandes heures, et la constance de l’apôtre ne se démentait pas. Les yeux au ciel, le P. de Bré-

milieu M beuf priait. Dieu le soutenait à proportion des

ge dut tortures qu’on lui faisait subir, Mais, dans | rébeuf leur rage, les bourreaux inventent de nouvelles | je fais cruautés. Ils font rougir un collier de fer, | ce du M ilsle passent au cou de l’invincible athlète, au- |

l'offrez M quel ils arrachent en même temps la peau de | la tête en forme de couronne, et ils sèment | ensuite sur son crâne mis à nu des tisons en- | ges ne flammés. Ils entourent ses reins d’une cein- | élaient ture résineuse, puis ils y mettent le feu. Une | lus on heure se passe encore dans ces tourments et, | ssance chose incroyable, la patiente victime est tou- | | jours debout. Alors la lassitude et le dépit | font ce que n’a pu faire la pitié : une hache | se lève, la tête du martyr roule sur le sol et, | parée de ses souffrances, son âme indomp- | table s’élance joyeuse vers le ciel... (16 mars | 1649.) x" +

Trois jours après, une inexplicable panique |

mettait en fuite les Iroquois. Comme un vol

d'oiseaux carnassiers, ils s'étaient abattus sur

46 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

le pays des Hurons. L'œuvre de mort terminée, ils rentrèrent pour un temps dans leurs forêts, repus de sang.Sur le lieu même du supplice, émerveillés du courage de leur victime, : ils s’étaient partagé son cœur et ils l’avaient dévoré en un festin hideux. Mais, après leur fuite, les Pères accourus de Sainte-Marie, purent reconnaître les restes du P. de Brébeuf. Ils les recueillirent comme un trésor inestimable, et son chef, pieusement enchâssé dans | un buste d'argent, fut déposé à l’hôpital de Québec, où il se trouve encore de nos jours.

Puissent les faveurs exceptionnelles obtenues déjà par l’intercession du Serviteur de Dieu se multiplier de plus en plus parmi les fidèles ! Puisse l'Église, mue par elles, couronner prochainement de l’auréole des Bienherrcux ce front si cruellement déchiré icibas ! Puisse enfin le Canada, dans le sol chrétien duquel sa mémoire s’est si profondément enracinée, avoir la joie de saluer bientôt dans Jean de Brébeuf, avec l’un de ses premiers apôtres, un de ses plus intrépides martyrs !

à 6 A, 29 1 RD APT + NEA

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