CHAPITRE Il
A) Etude d'ensemble de ces trois cas
Dans chacun des cas rapportés ci-dessus l’évolution des lésions et des symptômes est superposable. Sans prodrome, sans traumatisme (sauf épisode fébrile du début décembre qui a précédé d'environ trois semaines l'apparition des phénomènes douloureux et de la boiterie, Observation IT), ces malades ont présenté un tableau clinique à peu près identique, orientant le diagnostic vers l'hypothèse d’une lésion de l'articulation de la hanche dont la nature exacte était à préciser ; mais pour laquelle les signes constatés devaient faire retenir la possibilité d’une coxalgie.
Ce n'est qu'après une phase variable allant de quelques jours (Observation II) à un mois et demi (Observation I) et un mois et trois semaines (Observation III) qu'apparaissent les signes (atrophie musculaire, attitude vicieuse) faisant abandonner le diagnostic premier pour envisager celui de paralysie spinale infantile.
Encore faut-il remarquer que dans l’Observation I, le diagnostic exact a été fait beaucoup plus tard, en quelque sorte rétrospectivement.
Dans chacun de ces cas, les troubles paralytiques avec déviation du pied, peu marqués au début, se sont accentués progressivement.
Nous reviendrons sur ce point à propos de la discussion de chacune de ces observations.
Dans les Observations II et IIX, la thérapeutique classique : radiothérapie du rachis, électrothérapie des muscles et nerfs du membre inférieur intéressé, a donné un résultat absolument remarquable, tandis que dans l'Observation I où le diagnostic exact n’a été porté que beaucoup plus tard (3 avril 1035, sept mois après l'entrée de l'enfant dans Île service, l'examen électrique des membres inférieurs n'avait indiqué aucune réaction de dégénérescence), le temps écoulé depuis le début des accidents n'a pas permis de mettre en œuvre radiothérapie et électrothérapie, aussi les lésions sont allées s'aggravant.
Dans cette phase de durée variable au cours de laquelle on pensait plutôt à une lésion de la hanche, en particulier à une coxalgie, le diagnostic envisagé paraissait pouvoir être solidement établi sur la douleur spontanée, la boiterie, la limitation des mouvements et même dans l’Observation I sur un certain degré d’atrophie osseuse épiphysaire décelée par la radiographie.
B) À propos du diagnostic
a) La lésion articulaire :
Nous ne croyons pas, étant donné les signes du début, qu’il eut été possible de porter un diagnostic différent de celui auquel on a pensé : arthrite de la hanche, mais nous devons préciser que, si dans le titre de notre thèse nous avons mis « forme d'apparence coxalgique » la symptomatologie n'aurait pas permis (le cas échéant) d'affirmer à elle seule, la nature tuberculeuse des lésions.
Dans les arthrites ou ostéoarthrites chroniques au début, ce n’est, on le sait, que par une observation attentive du malade, par des examens de laboratoire complémentaires, par des examens radiographiques répétés, par l’évolution de la maladie, quelquefois même par une thérapeutique d’épreuve que l’on peut compléter le diagnostic et dire quelle en est la cause exacte.
Dans les cas que nous rapportons, la disparition des symptômes articulaires et l'apparition des phénomènes paralytiques, ont fait rectifier le diagnostic.
b) La lésion nerveuse :
Dans les trois cas, l’évolution a fait abandonner le diagnostic primitif de lésion de la hanche et admettre l'existence d’une lésion du système nerveux.
Or
Poliomyélite antérieure aiguë, infection d'autre nature du système nerveux médullaire, ou radiculite ?
Sans doute on peut nous objecter avec raison que dans aucun cas n’a été pratiqué d'examen du liquide céphalo-rachidien et que cet examen aurait pu apporter des renseignements intéressants pour affirmer ou infirmer tel ou tel diagnostic.
Malgré ce, il semble que les faits cliniques et thérapeutiques permettent d'admettre le diagnostic de poliomyélite antérieure. l
19 Au point de vue clinique, sauf dans l’Obser-
vation II, où il est noté que trois semaines avant
l'apparition des troubles localisés sur le membre inférieut droit l'enfant a présenté une infection générale étiquetée grippe et disparue du reste très rapidement, dans les autres cas, aucun tableau d'infection générale n'a précédé les symptômes articulaires caractérisant le début apparent de la maladie.
— Les lésions ont été nettement unilatérales, ce qui est d'observation rare semble-t-il, dans des infections d’autre nature, intéressant soit la moelle, soit les racines.
— Jes troubles sensitifs étaient absents.
— Les réflexes, conservés au début, modifiés seulement tardivement.
— Les douleurs ont disparu spontanément sans qu'une thérapeutique anti-infectieuse quelconque (vaccinothérapie, sérothérapie, chimiothérapie) ait été mise en œuvre.
Dans l'Observation I le traitement anti-syphilitique a été utilisé avec juste raison étant donné les anté-
cédents maternels, mais quoique continué longtemps et méthodiquement il n’a empêché en rien l’aggravation des lésions.
20 Au point de vue thérapeutique, dans les deux cas où il a été possible de mettre en œuvre, au moment encore opportun, l’électrothérapie et la radiothérapie, on a enregistré la régression des phénomènes paralytiques ; dans le cas I seulement, cette thérapeutique n a pu être mise en œuvre étant donné que le diagnostic a été corrigé trop tard.
C) Etude comparative des trois cas et des formes classiques
de paralysie spinale infantile
Le diagnostic de paralysie spinale infantile admis, voyons en quoi ces cas se rapprochent ou s’éloignent de la forme classique de la paralysie spinale infantile.