‹ Trois chants de l'Iliade, traduits en vers françaisChapitre 10 sur 14 · MORT DE PATROCLE · texte numérisé non relu

MORT DE PATROCLE

( CHANT XVI. ) QUAND le fougueux Notus , l’Eurus impétueux, L’un à l’autre opposant leur choc tumultueux, Dans le creux d’un vallon à la fois retentissent, Les sapins ébranlés, les chênes qui mugissent, Brisant avec fracas leurs immenses rameaux , Eclatent ; un long bruit roule dans les échos : Des deux peuples ainsi les phalanges pressées S’attaquent sans relâche et tombent amassées. Les boucliers , les dards , les javelots rompus Ont couvert Cébrion de leurs débris confus.

Et ce héros qu’en vain défendit son audace, Immense, sur la terre occupe un vaste espace.

Tant que sur l’horizon l’éclatant roi du jour N’a pas encor rempli la moitié de son tour , La mobile victoire, errante dans la plaine , Sur ses ailes long-temps se balance incertaine ; Mais quand vers son déclin le soleil a penché , A l’heure où le taureau du joug est détaché , Le sort change , et des Grecs les mains victorieuses Ravissent du Troyen les armes glorieuses.

Patrocle alors , Patrocle , émule du dieu Mars, En aveugle se jette au devant des hasards.

Trois fois de neuf guerriers il renverse l’audace ; il menaçait encore.... inutile menace !

Au cri de la valeur c’est la mort qui répond. Bientôt, enveloppé d’un nuage profond , A travers les soldats Phébus marche terrible, S’arrête , et l’accablant d’une main invisible , Répand sur ses regards un vertige soudain.

Le casque étincelant cède à l’effort divin , Tombe aux pieds des coursiers , roule dans la poussière Jamais , tant que les flots de son aigrette altière Du superbe Æacide ombragèrent le front, Jamais il ne subit cet odieux affront; Aujourd’hui, Jupiter permet que sur sa tête Hector place un moment sa fatale conquête.

Le Grec infortuné dans sa tremblante main De sa lance en éclats a vu voler l’airain , Et tandis qu’Apollon , pour combler sa disgrâce, Ravit son bouclier , détache sa cuirasse, Interdit et frappé d’un long étonnement, il veut fuir et soudain s’arrête : en ce moment Euphorbe est accouru ; des héros de son âge Euphorbe surpassait l’adresse et le courage , Soit qu’il fallût dans l’air jeter un trait guerrier, Ou voler sur l’arène, ou guider un coursier.

Pour la première fois il marchait à la gloire, Et vingt guerriers déjà , lui cédant la victoire, Renversés de leurs chars, accablés sous ses traits , Ont servi de prélude à ses nombreux succès.

Le premier sur Patrocle il lance un trait rapide ; Mais sans avoir vaincu son audace intrépide, il retire le fer, et, pâle de terreur , Va cacher dans la foule une vaine fureur , Tant Patrocle sans arme est encor redoutable! Cependant le héros qu'également accable Le courroux des mortels et le courroux des dieux, Pour éviter les coups d’un sort injurieux , Fuit ; mais Hector le voit, Hector sur lui s’élance , Tout entière en son cœur il lui plonge sa lance , Et le Grec , sur l’arène à grand bruit étendu , Glace d’un prompt effroi tout son peuple éperdu. Tel , au sommet des monts , aux bords d’une fontaine, Le théâtre et l’objet de leur lutte incertaine, L’avide sanglier , long-temps victorieux, Renversé par l’effort d’un lion furieux , Se débat, meurt enfin , et sa gueule fumante Les flots d’un sang épais rougit l’onde écumante : Tel Patrocle , malgré ses triomphes nouveaux, Succombe ; Hector approche et l'insulte en ces mots : « Ainsi donc, de Pergame embrassant la conquête , « De ses murs en espoir tu renversais le faîte ! « O Patrocle ! et déjà tes guerriers triomphans « Croyaient charger de fers nos femmes, nos enfans ! « Insensé! mais ce glaive , armé pour la patrie , « Prévient leur déshonneur, enchaîne ta furie. « Qui ! toi, nous immoler à ton ressentiment, « Quand ton corps aux vautours va servir d’aliment! « Quel fruit recueilles-tu de l’amitié d’Achille? « Sur les bords où languit sa valeur inutile, « Il t’a dit : « Va combattre, et rapporte à mes yeux k De l’homicide Hector le butin glorieux ; « Pars et reviens vainqueur. » Ton imprudent courage « Obéit.... Malheureux ! ta mort est son ouvrage. »

Patrocle à ce discours répond en soupirant :

« Tu triomphes , Hector ! et je suis expirant.... « Apollon , Jupiter t’ont donné la victoire, « Eux seuls m’ont enlevé mes armes et ma gloire. « Si le sort m’eût offert vingt guerriers tels que toi, « Tous auraient succombé.... Mais , hélas ! contre moi « J’ai vu marcher Phébus et la Parque homicide. « Euphorbe m’atteignit d’une flèche perfide, « Et ce qu’il commença , tes mains l’ont achevé..,. « Frémis ! de tes succès le terme est arrivé. « Avec ton châtiment ma vengeance s'apprête; « Le trépas l’environne, il plane sur ta tête, « Achille va s’armer, et son glaive.... » A ces mots, Un voile s’épaissit sur les yeux du héros , Et son âme, accusant la Parque vengeresse Qui moissonne en sa fleur sa brillante jeunesse, Jusqu’au sein des enfers s’envole.... Mais Hector Au guerrier qui n’est plus parle , superbe encor : « Pourquoi me présager la mort inévitable?

« Peut-être, de Thétis ce fils si redoutable, « Cet Achille , vaincu par mes heureux efforts , « Avant moi descendra dans l’empire des morts. »

Il a dit, foule aux pieds sa victime sanglante, Et retire du fer la pointe étincelante ; Au cœur d'Automédon brûlant de la plonger, il le poursuit en vain : ce héros plus léger , Emporté loin de lui par les coursiers célestes , Trompe son espérance et fuit ces bords funestes. wr VUUUUNUWUUVUVUMUUUVUVUUUUUUUUUUVUUUUUWUUVUUUWVVIYIIOUUIve COMBAT DES DIEUX DANS LES CHAMPS

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