MORT DE SARPÉDON
( CHANT XVI. ) MArs Sarpédon qui voit ses indignes soldats Tous fuir et tous descendre au séjour du trépas , Accuse hautement la terreur qui les glace :
« Lâches ! qu’avez-vous fait de votre antique audace ? « Quel opprobre éternel ! vous fuyez, Lyciens ! « Mais je braverai seul ce fléau des Troyens , « Ce Patrocle, artisan de deuil et de ravages ; « Ma valeur a besoin de venger nos outrages. »
Il dit et de son char s’élance tout armé ; Patrocle marche à lui, de fureur enflammé.
Comme on voit, au sommet d’un roc voisin des nues , Deux vautours, perçant l’air de leurs clameurs aiguës, A rmer leur serre avide , armer leurs becs rivaux : L’un sur l’autre à grands cris tels fondent les héros.
Cependant Jupiter s’adresse à son épouse :
« Faut-il donc que du sort la puissance jalouse « Renverse sous les coups du Grec victorieux « Sarpédon , des mortels le plus cher à mes yeux ! « Je tremble pour un fils, hélas ! et je balance « Si je dois , vers les bords soumis à sa puissance, « Le transporter vivant loin du champ des combats , « Ou vaincu le livrer à la nuit du trépas. »
« O fils du vieux Saturne ! ô monarque sévère ! Reprend Junon ; quel mot ton audace profère ! « Eh quoi donc ! ce mortel, esclave des destins , « Tu voudrais l’affranchir de leurs terribles mains?.... « N’importe , satisfais le vœu de ta tendresse; « Tu ne me verras point approuver ta faiblesse. « Mais grave bien ces mots dans le fond de ton cœur : « D’un pouvoir ennemi si ton pouvoir vainqueur « Transportait Sarpédon , plein de gloire et de vie , « Jusqu’aux fertiles bords de sa douce patrie , « Loin des sanglans combats, bientôt les autres dieux « Déroberaient leurs fils au sort impérieux ; « Et combien de guerriers, sous les remparts de Troie, « De l’homicide Mars doivent tomber la proie ! « Mais envers Sarpédon quel que soit ton amour, « Souffre, hélas ! qu’il expire en ce funeste jour. « Pour charmer ta douleur, quand la Parque inhumaine « D'une si belle vie aura brisé la chaîne, « Le Sommeil et la Mort dans les champs Lyciens « Porteront sa dépouille à ses concitoyens ; « C’est là que leur respect destine à son courage « D’un tombeau mérité le consolant hommage. »
Docile à ses conseils , le roi de l’univers Pour honorer ce fils , qui, promis aux enfers, Jeune encor doit périr sur la rive lointaine, D’une épaisse rosée ensanglante la plaine.
Mais le couple rival a fait briller l’acier.
Du vaillant Sarpédon le fidèle écuyer, Thrasymède vaincu déjà tombe et la vie Par le fer de Patrocle à son âme est ravie.
D’un compagnon chéri pour toujours séparé, Sarpédon lance un trait, et le trait égaré Court se plonger aux flancs de Pédase qui tombe ; Etendu dans la poudre , il gémit et succombe. A ce terrible aspect, les coursiers bondissans De crainte et de douleur se dressent frémissans ; Le joug crie et bientôt les rênes qui s’enlacent, Dans leurs pieds incertains captives s’embarrassent. Mais Automédon s’arme en ce danger pressant ; Son fer brise les traits ; le couple obéissant A repris sous le joug sa place accoutumée; La fureur du combat soudain s’est rallumée.
Le Grec du Lycien sent le dard acéré Glisser légèrement sur son dos effleuré, Quand Sarpédon , atteint d’une flèche plus sûre. Reçoit au fond du cœur une large blessure ; il tombe : ainsi, frappé sur un mont sourcilleux, Tombe le chêne immense ou le pin orgueilleux , Qui bientôt doit braver , audacieux navire, La rage des autans et de l’humide empire.
Le chef des Lyciens , victime de la mort, Roule devant son char ; dans sa fureur il mord Une arène odieuse et de son sang fumante.
Ainsi sous un lion à la gueule écumante , Mugit et se débat le superbe taureau, Jadis monarque heureux d’un immense troupeau ; Tel frémit Sarpédon ; sa voix mourante appelle De ses nombreux exploits le compagnon fidèle : « Cher et vaillant Glaucus ! dit- il , voici l’instant « De signaler encor ton courage éclatant ; « Qu’une nouvelle audace et t’anime et t’enflamme « Rassemble mes guerriers, vole et qu'enfin leur âme « Ressente de l’honneur le pressant aiguillon ; « Qu’ils suivent ton exemple et vengent Sarpédon. « Ah ! si la main des Grecs enlevait mon armure , « S’ils osaient... mais je vois que ta gloire en murmure... « Epargne à ma mémoire un éternel affront. »
Il dit : la pâle mort déjà couvre son front. ue vwvU vUU UUUU UUUUUUUUVVUUUUUUUUU UUUU UUvU WUUUUUIIIUUIUUUUUUUUU