‹ Trois chants de l'Iliade, traduits en vers françaisChapitre 11 sur 14 · TROYENS · texte numérisé non relu

TROYENS

( CHANT XX. ) T ELS on voit s’avancer à des combats nouveaux Des Grecs et des Troyens les bataillons rivaux ; On s’arme dans la plaine et l’on s’arme au rivage, Lorsqu’au faîte des deux le maître de l’orage Par la voix de Thémis convoque ses sujets.

Bientôt sont rassemblés dans l’immortel palais Et les fleuves nombreux, rois grondans des campagnes , Et les nymphes des bois, et les dieux des montagnes ; Tous remplissent l’Olympe , et sur des trônes d'or Qui de l’art de Vulcain s’embellissent encor , Tous en ordre placés attendent en silence.

Dans les gouffres profonds de son empire immense L’Océan reste seul. Le souverain des flots Au maître de la foudre adresse enfin ces mots : « Pourquoi nous rassembler? De Troie et de Mycènes « Changeras-tu le sort, éteindras-tu les haines? « Vois déjà , vois de Mars se rallumer les feux. » Jupiter lui répond : « Tu pénètres mes vœux ; « Oui, je plains ces héros que le glaive moissonne ; « Mais puis-je les sauver ? Tandis que sur mon trône 3 « Immobile témoin de leurs nouveaux hasards, « Sur ces tableaux sanglans j’abaisse mes regards , « Allez, et qu'envers eux chacun de vous signale « Son amour protecteur ou sa haine fatale.

« Seul contre les Troyens Achille combattant « Remporterait sans peine un triomphe éclatant ; « S’ils n’ont pu le braver armé par la vaillance, « Le braveront-ils mieux armé par la vengeance? « Je tremble que son fer , frappant des coups trop sûrs, « Au mépris des destins , ne renverse leurs murs. »

A ces mots , la Discorde, en son aveugle rage , Précipite les dieux vers les champs du carnage. Mercure avec Junon, Neptune avec Pallas , Jusqu’aux vaisseaux des Grecs ont dirigé leurs pas; A leur suite Vulcain , d’une marche inégale, Se traîne ; de ses yeux la colère s’exhale.

Mars , parmi les Troyens s’élançant le premier, Agite fièrement son superbe cimier; Il voit d’un pas rapide accourir sur ses traces Vénus au doux langage , au souris plein de grâces, Diane aux traits d’argent, Phébus aux blonds cheveux, Et l’altière Latone, et le Xanthe fougueux.

Ivres de cet orgueil qu’inspire la victoire, Les Grecs avec Achille ont reconquis leur gloire. Digne rival de Mars , l’intrépide héros A force de succès venge un trop long repos; Et le feu de ses yeux et l’éclat de ses armes Dans les rangs ennemis ont semé les alarmes.

Mais quand les Grecs vainqueurs, les Troyens éperdus Ont vu les dieux combattre, aux mortels confondus , La Discorde se lève, et, de meurtres avide, Verse dans tous les cœurs son poison homicide. Au sommet des remparts , au rivage des mers, Pallas tonne, Pallas épouvante les airs.

Comme gémit au loin la tempête bruyante, Tel Mars frappe les cieux de sa voix effrayante : Et, des murs d'Ilion aux bords du Simois , L’écho répète, roule et prolonge ses cris.

Tandis que les guerriers entendent sur leurs têtes Et gronder les combats et mugir les tempêtes , Dans les cieux enflammés un tonnerre lointain Eclate. Tout à coup , le trident à la main, Neptune a déchiré les entrailles du monde.

Tout s’agite : la flotte en a frémi sur l’onde ; Des remparts d’Ilion le faîte est ébranlé, Et dans ses fondemens l’Ida même a tremblé.

Jusqu’au sein des enfers un bruit affreux’ résonne. Plulon épouvanté s’élance de son trône; II pâlit, il s’écrie , il a peur que soudain Neptune, d’un seul coup du trident souverain, Entr'ouvrant et la terre et ses cavernes sombres, Ne dévoile aux regards cet empire des ombres , Empire désolé , solitaire , odieux, En horreur aux mortels , en horreur même aux dieux, Tant la céleste armée, en sa fureur guerrière , A répandu d'effroi dans la nature entière !

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