‹ Trois chants de l'Iliade, traduits en vers françaisChapitre 3 sur 14 · DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PARIS

(chant III. ) Hélène cependant, sur la tour éloignée , Des femmes d’Ilion siégeait environnée ; La Déesse aussitôt vole près du rempart, Et ses traits et sa voix imitent avec art L’esclave qui dans Sparte, aux jours de sa jeunesse, Partagea ses travaux, mérita sa tendresse.

Touchant d’un doigt léger son voile parfumé, Elle parle , en son cœur l’amour s’est rallumé : « Viens , fille de Léda ! viens, ton époux fidèle « Sur la couche d’hymen te désire et t’appelle; « Eclatant de parure et brillant de beauté, « Superbe, ivre d’espoir , il semble avoir quitté « Non l’horreur d’un combat, mais les jeux d’une fête.»

Elle a dit, et les feux dont rayonne sa tête. Ces regards où l’amour fait briller le désir 3 Ce sein voluptueux qu’agite le plaisir 2 Tout décèle Vénus aux yeux perçans d’Hélène; Hélène exhale ainsi les transports de sa haine : « Dans un piège nouveau prétends-tu m’attirer, « Barbare ! et contre moi sans cesse conspirer? « Aux champs Méoniens , au sein de la Phrygie , « A d’autres lois encor languirai-je asservie? « Quand Ménélas , vainqueur d’un superbe rival, « Replace sur mon front le bandeau nuptial,

Dois-tu donc , trop fidèle à ta haine jalouse , « Lâchement lui ravir sa malheureuse épouse?.... « Ah ! revoie toi-même aux pieds de ton Paris ; « Objet de ses dédains, objet de ses mépris, « Mets ta gloire à ramper sous un joug que je brave ; « Oui , deviens son amante ou plutôt son esclave, « Et, désertant du ciel les chemins glorieux , « Abaisse jusqu’à lui la majesté des dieux.

« Je ne te suivrai pas : quelle honte éternelle « S’il faut orner encor sa couche criminelle'. « Que dirait Ilion ? Ce cœur infortuné « A de nouveaux tourmens serait-il condamné ? »

Dans les yeux de Vénus éclate la colère :

« Malheureuse ! réprime un orgueil téméraire. « Tu me trahis , je peux te trahir à mon tour ; « Ma haine peut enfin égaler mon amour....

« Oui, je rallumerai les fureurs de Bellone.

« Tu mourras ; à la mort ma l igueur t'abandonne. »

Hélène a frissonné; d’un voile éblouissant Elle couvre son front, de honte rougissant, Et, fuyant des Troyens la foule curieuse, Sur les pas de Vénus marche silencieuse.

Dès qu’elle a pénétré dans le riche palais Où Paris qui l’attend goûte une heureuse paix , De ses-femmes au loin la troupe dispersée Court reprendre à sa voix la tâche commencée. Jusqu’aux secrets réduits , asile de l’hymen, Elle monte ; Vénus, au sourire divin , Offre un siège brillant à sa pudeur émue ; Hélène enfin s’y jette et détournant la vue : « Lâche ! qu’au champ de mort la crainte a dérobé, « Sous mon premier époux que n’as-tu succombé ! « Tu le fuis, et pourtant ton aveugle insolence « Se vantait d’affronter et son glaive et sa lance !.... « Eh bien ! cours de nouveau défier ton vainqueur... « Mais non , bientôt son bras t’aurait percé le cœur. « Evite-le : la mort punirait ta faiblesse. »

«Hélène! épargne-moi ce discours qui me blesse; A répondu Pâris ; « tu vantes Ménélas !

« S’il triomphe , il le doit à l’appui de Pallas. « Il est aussi des dieux qui protègent ma gloire, « Et je peux , comme lui, mériter la victoire. « Mais bannis tout reproche ; aux charmes de l’amour « Consacre dans mes bras les restes de ce jour. « De moins brûlans désirs ont dévoré mon âme , « Alors qu’abandonnant Mycène pour Pergame, « Mon vaisseau fugitif t’emportait sur les mers « Vers cette île riante où , loin de l’univers , « Dans les premiers transports d’une première ivresse , « Nos cœurs, libres enfin, confondaient leur tendresse. « Jamais de ta beauté l’invincible ascendant « N’alluma dans mon sein un amour plus ardent. »

Hélène, sur la couche à ces mots entraînée , Craintive, s’abandonne aux plaisirs d'hyménée. VUuUUewUUUUUvUUUUUUsUUIUUUUUUUUWUWUUUVVUIUVUVWVUUUUUIUUUVUUY

Page 1