‹ Trois chants de l'Iliade, traduits en vers françaisChapitre 4 sur 14 · D’HECTOR ET D’ANDROMAQUE · texte numérisé non relu

D’HECTOR ET D’ANDROMAQUE

( CHANT VI. ) Hector , impatient de signaler sa lance , Vers les portes de Scée , intrépide , s’élance; Sa valeur le rappelle aux jeux sanglans de Mars, il va franchir les murs ; soudain à ses regards Andromaque paraît, plaintive et gémissante.

Jadis roi fortuné de Thèbes florissante, Son père généreux , le noble Eétion Unit sa destinée au héros d’Ilion.

Sur les pas d’Andromaque une esclave s’empresse. Elle porte ce fils , si cher à sa tendresse , Ce fils qui, jeune encor, noble espoir de l’état, Semble un astre brillant de son premier éclat. Scamandre est le doux nom que lui donne son père ; Le peuple , dont Hector est l’appui tutélaire , Le nomme Astyanax. Fier de son jeune fils, Hector silencieux l’accueille d’un souris.

Mais, l’oeil baigné de pleurs , son épouse chérie y ole au-devant de lui, saisit sa main, s’écrie : , « Malheureux ! où t'emporte une aveugle valeur ? « D’une épouse et d’un fils crains le double malheur. « Me faudra-t-il gémir , condamnée au veuvage ? « Contre le nombre, hélas ! que pourra ton courage? « Si dans ce jour cruel ton sort est de périr, « Que ne peut sous mes pas la terre s’entr’ouvrir ! « Ta mort serait la mienne. O regrets ! ô misère ! « Me reste-t-il encore ou mon père ou ma mère? « Dans son propre palais , à ses yeux ravagé, « Mon père succomba par Achille égorgé.

« Il n’osa point pourtant, ce vainqueur sanguinaire , « Porter sur son armure une main téméraire ; « La flamme dévora ces restes glorieux, « Un tombeau les reçut : c’est là, dans ces saints lieux, « Qu’à partager leur deuil appelant leurs compagnes , «Filles de Jupiter, les nymphes des montagnes «Viennent incessamment, à l’ombre des cyprès , « Déposer leur tribut de pleurs et de regrets. « J’eus sept frères encor ; sur les rives heureuses « Où sans crainte ils paissaient leurs génisses nombreuses, « Achille les surprit, Achille en un seul jour « Les fit descendre tous au ténébreux séjour. « Ma mère qui de Thèbe avait marché la reine , « Soumise aux lois d’Achille et pour briser sa chaîne, « A ses avares mains prodigue des trésors :

« De sa patrie enfin elle revoit les bords , « Et sous les traits vengeurs de Diane irritée, « Dans l’empire infernal tombe précipitée.

« Père , mère , parens , hélas ! j’ai tout perdu ; « Mais il me reste Hector , Hector m’a tout rendu. « Ah ! daigne conserver , si mon amour t’est chère, « A ta femme un époux , à ton enfant un père ; « Ne quitte point nos murs : non loin de ces figuiers « Enchaîne prudemment l’ardeur de tes guerriers ; « C’est par là que des Grecs les héros intrépides , « Idoménée , Ajax , Tydée et les Atrides « Ont trois lois d'Ilion menacé les remparts ; « Un dieu, sans doute, undieu, présent à leurs regards,

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