UNE SIMPLE
MISS MARY CASSATT
Peindre l'adulte, c'est constater un état d'âme ; peindre Tentant, c'est constater une prescience d'âme. Peindre l'adulte', c'est résumer; peindre l'enfant, c'est prévoir. L'homme et la femme se dégagent, par l'action ou la beauté, sur lé fond des événements de la vie présente; l'enfant se dégage sur le fond des mystères de la vie antérieure, dont ses gestes se souviennent, et les gestes qu'il essaie dans l'existence actuelle projettent encore leur ombre au mur de l'inconnu qu'il a quitté pour entrer dans la phase de la vitalité visible.
Le mystère de l'enfant est un sourire fait chair, et ses larmes ne sont déjà plus des regrets, mais pas encore des refus de ce qui lui adviendra. L'adulte pleure parfois en se souvenant de la vie des limbes; mais l'enfant ne peut pas encore savoir qu'elle valait mieux. L'enfant
s'avance, l'adulte se retourne. Tout ce que fait l'enfant Je prépare à ce qu'il fera ; ce que l'adulte fait l'incline vers le regret de la préexistence, ou plutôt de la vaste nuit limpide qui n'est ni avant ni après, mais qui baigne la vie de toutes parts, et que nous appelons passé et avenir, faute de mots, pour croire à la véracité de notre fugitif séjour sur la terre. Le geste de la méditation chez l'adulte, c'est la contemplation des origines ; il se penche en voilant ses yeux et son front comme pour redescendre là d'où il s'éleva. Mais tous les gestes de l'enfant montent, s'écartent de lui, aspirent à embrasser l'inconnu et le nouveau: ainsi ceux qui, à bord, s'éloignent du rivage, s'ils sont jeunes et hardis, tiennent leurs yeux fixés sur la haute mer qu'ils voudraient déjà atteindre, et ce n'est que longtemps après qu'ils se retournent vers la ligne indistincte de la côte prête à se dérober.
L'enfant imite l'arbre nouveau par la direction de ses gestes ouverts au ciel et chercheurs, nourris moins de la sève terrestre que de la lumière qui les vivifie. L'adulte se réfère à ses racines; plus il vieillit et plus il se retourne vers le terreau primitif. Ce sont des schémas très simples de la vie. L'attitude première est celle de l'aspiration, de l'ivresse spacieuse, se dégageant des ombres de la naissance et s'élançant vers l'avenir pour traverser la phase vitale et rejoindre à travers elle la période posthume. L'attitude seconde est celle de l'adolescent qui
porte ses mains à son front lors de la première douleur: c'est à celle-là qu'on reconnaît qu'il a pris avec l'existence le contact décisif; auparavant, il était ou exalté ou gauche ; mais lorsqu'un premier désespoir amène ses mains à ses tempes, alors se décrète la maturité. Et la troisième attitude est celle de refuser, de rentrer en soi : bras croisés ou mains pendantes, vides et ne désirant plus rien étreindre, l'homme qui a compris tourne vers le sol toutes les directions physiques et morales de son être, et n'a plus confiance qu'en l'appui de ses pieds cherchant racine et possédant, avec une crispation effrayée, la terre où il rentrera. A cet âge, l'homme projette l'ombre de ses gestes sur l'avenir, il rétrograde.
L'enfant avance, et c'est sa spéciale beauté, téméraire, radieuse, irrésistiblement émouvante, faite pour mettre les larmes aux yeux des plus âgés. Son imprudence désarme et séduit. Il y a dans l'enfant nu qui rit, chante, balbutie et ignore, un magnétisme extraordinaire. C'est l'éternelle nécessité de l'évolution à travers la douleur qui s'incarne en cette chair rose et heureuse, c'est l'Inconscient matérialisé. Tout est accouchement perpétuel dans le secret d'un sein inconnu, toute naissance est une mort et toute mort renaît, et l'enfant en est le symbole saisissant. L'époque actuelle, psychologue inquiète, a plutôt cherché à devancer l'âge de cet être, à déchiffrer sur ce visage ébauché les pensées qui y dorment en puissance. Miss Mary
Gassatt est peut-être le seul peintre de ce temps qui ait donné de l'enfant une interprétation limitée à lui-même : elle n'a pas, devant cet être en formation, l'impatience de deviner sa maturité. Elle arrête sa contemplation tranquille et sûre à la minute même où lui apparaît la créature étudiée, elle en saisit l'àme présente, et cela lui suffit pour créer une psychologie neuve, attachante et fortement inspirée de la nature.
Les enfants d'Eugène Carrière sont surchargés de pensées précoces; à travers leurs crânes tendres, miroite la lueur phosphorescente de l'intellect qui s'élabore, leurs regards sontinsondablement graves, ils portent en eux tout un programme de souffrance et de rêve. Les futures luttes sociales^ les transformations de la morale s'inscrivent sur ces visages ombreux : ce sont des messagers de la race de demain, et une mélancolique maturité les fatigue, de cette fatigue divine et mystique déjà errante aux fronts des infantes de Velasquez. Les enfants de Renoir et de Besnard ne sont que des fleurs et des fruits ; d'une délicate animalité, ils ne vivent que par l'efflorescence de leur chair duvetée, dont la pulpe fraîche n'est pas encore -imprégnée du suc de la conscience. Les fillettes de Mlle Breslau sont animées d une vie nerveuse, leurs yeux sont fins, leurs gestes déjà retenus et stylisées par l'éducation. Elles ont, pour première forme de pensée, l'obéissance aux convenances jolies. D'autres peintres s'efforcent d'esquisser l'adulte
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à travers l'enfant, ou, s'ils le montrent au premier âge, vagissant et presque informe, ils s'attachent à suggérer par lui toute l'obscure terreur du non-être, ils évoquent en cette larve la vie pré-organique; s'ils le dotent d'une âme, elle est trop âgée, ou alors elle ressort du spiritisme.
Miss Mary Cassatt aura eu le mérite rare de noter l'âme de l'enfant dans sa première phase, à deux ou trois ans, et de ne la montrer ni anticipée ni informe, par la seule force d'un regard de pénétrant peintre qui ne sépare pas la chair de l'esprit, et elle aura dû à son admirable sincérité picturale de pouvoir réussir en cette recherche si difficile sans recourir à aucun artifice intellectuel. Elle fait de la peinture, et rien de plus, elle figure ce qu'elle voit; elle n'use ni du stratagème de l'ombre, ni du décor, ni de l'allégorie — et l'analyse à la fois large et patiente de son dessin précise, par le geste vrai, par l'ingénuité vive des moues, des rires et des clins d'yeux, la pensée inhérente à la formation musculaire : chez les enfants qu'elle peint, l'âme a l'âge exact de l'ossature et du système nerveux, le caractère individuel s'associe au caractère ethnographique, et parce qu'elle a beaucoup regardé nous pourrons beaucoup réfléchir.
Miss Mary Cassatt, dont l'œuvre est considérable, abondante, mûrie, fit partie des premiers groupements impressionnistes, et participa aux expositions fameuses organisées par eux dans un appartement de la rue Le Peletier. Elle y
m TROIS CRISES DE L'ART ACTUEL
connut Renoir, Cézanne, Degas, et de celui-ci elle devint non l'élève, mais l'assidue admiratrice. Ses deux grands cultes dans Fart moderne sont Corot, dont elle considère surtout, avec raison, les figures comme des choses merveilleuses — et Degas, qu'elle tient pour un des plus grands génies du dessin qui aient paru dans l'histoire de la peinture. Avec Berthe Morisot, Miss Cassait présentera dans l'histoire de l'impressionnisme l'exemple d'une belle participation de la fémiuité. Mondaine, voyageuse attardant ses admirations et ses études aux musées italiens, l'artiste américaine a gardé de sa race neuve, plus ouverte que la nôtre peutêtre aux œuvres simplifiées et primitives, une passion singulièrement forte pour les réalités du dessin, pour l'expression large par les plans et les volumes, l'aversion de l'art hermétique et subtil. Elle ne se réfère pas à des Américains protestataires comme Whistler ou Poe, hantés des rêves déliés et complexes de la vieille Europe. Ce qui frappe d'abord en elle, c'est le besoin d'expression immédiate et l'amour de la santé. En cette vaste série de jeunes femmes et d'enfants, pas un visage névrosé, pas une velléité de psychologie déroutante ou ambiguë. Les carnations franches, les regards riants et clairs, les lèvres pures et bonnes, les chairs heureuses d'une belle race, les gestes libres, "'naturels et logiques, plaisent par la simplicité. C'est bien là l'œuvre d'une Anglo-Saxonne exempte des raffinements préraphaélites, fémi-
nine par la tendresse des modelés et des expressions, mais robuste, mais éprise de la beauté du sang, de l'alacrité des organismes sans tares, de la souple séductiondes corps ne demandant qu'au grand air, à l'eau froide, à l'accoutumance des exercices, le charme que d'autres empruntent aux fards, aux ennuagements des pénombres, aux coquettes préciosités des dentelles encadrant de précoces et pâles visages, lassés d'être avertis par l'âme dans un organisme qui s'ignore.
Miss Cassatt s'est tour à tour manifestée par la peinture à l'huile et le pastel : c'est un des premiers" pastellistes de ce temps. Elle use de ce moyen exquis avec un éclat, un goût, une franchise rares, et, en sa façon d'en user, elle me semble très proche de Manst. Comme lui, elle repousse la mièvrerie qu'on a faussement accolée au nom même du pastel, elle en écrase violemment les sucs, elle profite de leur éclat floral, plus brillant que toute couleur à l'huile, mais elle broie les bâtons avec décision, comme faisait Manet, pour éclairer vivement une lèvre ou un œil, pour restituer la pulpe d'une joue ou d'un cou, sans serrer trop ses hachures, sans estomper du doigt^ en gardant à chacune des touches son éclat distinct et sans accumuler les poussières. Elle a aussi, il y a quelques années, montré une série de dix eauxfortes en couleur : tentée à une époque où presque personne n'abordait ce genre difficile et prenant, cette série révèle une véritable maîtrise chez Miss Cassatt. Des portraits, des ef~
figies de jeunes filles, des babys, des mères soignant leurs enfants, c'en est assez pour limiterla vision et l'effort de l'artiste, et lui permettre de compter parmi les plus sérieux et les plus savants des impressionnistes. On sait d'elle certaines toiles, une jeune femme lisant dans un jardin, une loge de théâtre, qui égalent les meilleurs tableaux de ce temps et rassemblent toutes les qualités de premier ordre, sûreté du dessin, mise en place originale, puissance harmonieuse des tonalités, caractère intensément vrai, charme de certains accessoires, facture personnelle h la fois forte et fine. Il serait puéril de s'attacher à comparer Miss Cassatt aux autres femmes peintres exposant à notre époque, et de situer ses qualités à l'égard de celles d'Eva Gonzalès, de Berthe Morisot, de Louise Breslau, de Marie Duhem, de Cécilia Beaux, d'Hélène Dufau, de Nanny Adam, ou de quelques autres femmes qui tiennent hautement leur rang parmi les peintres modernes. De tels parallèles, superflus, tendraient à faire admettre, par une restriction inutile, qu'il existe une démarcation entre les hommes et les femmes dans un art où celles-ci en ont de tout temps démontré l'inexistence. Miss Cassatt prouve par toute son œuvre que les qualités viriles ne sont pas incompatibles avec la féminité : il y a, dans ses scènes enfantines, des gestes qu'une femme seule pouvait ol server, comprendre et transcrire, et c'est ce qu'elle a fait avec une telle vérité que ses toiles dure-
ront ; relativement peu connues d'un public auquel l'artiste ne s'est point soucié de s'imposer, les montrant peu et n'ambitionnant rien, elles resteront les témoignages d'une organisation supérieure, elles compteront spécialement dans l'impressionnisme, auprès des chefsd'œuvre de Degas, pour montrer à quel point cet art si décrié jadis a, dès le début, aimé le naturel et regardé la vie avec un réalisme pieux.
Avant tout, s'offriront à l'admiration les enfants peints par Miss Cassatt, leurs yeux illuminés de joie, leurs corps nus d'une chair si blonde et si fraîche, leurs bras agités vers l'avenir et levés vers tous les fruits, pommes carminées des vergers ou seins rosissants dans la blancheur déclose des corsages. Les eauxfortes en couleurs représentant des scènes intimes, enfants au tub, dont la chair ambrée frissonne parmi les linges et les faïences à fleurs, enfants allaités et endormis, enfants demi-vêtus, impatients des mains maternelles, ces eaux-fortes aux tonalités cloisonnées, nettes, vives, comprises avec un goût décoratif charmant, procèdent à la fois des Japonais et de Degas par leur bel aspect d'estampes à teintes plates et la ténuité de leur dessin. On reste étonné d'une science qui sait, discrètement ferme, s'effacer devant le naturel des scènes et ne pas surcharger leur charme immédiat. L'artiste se fait oublier, on n'applaudit pas à sa virtuosité, elle n'est pas le but du tableau : tout se coordonne, la vie apparaît telle que le peintre
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Fa surprise, avec tout juste la stylisation nécessaire à concentrer l'intérêt là où il faut que nos regards le rencontrent. C'est après quelques minutes d'examen qu'on se convainc de tout ce qu'a nécessité la présentation si simple du sujet. On découvre certaines finesses psychologiques; tel baby qui tette, renversé à demi sur les genoux maternels, a dans l'œil une expression d'animalité béate que seul peut rendre un observateur sagacement familier. Un autre rit de tout son être, chaque fossette de son torse ou de ses coudes exprime le rire autant que sa bouche et ses yeux, sans afféterie, sans que la mesquinerie des moyens réduise le tableau au rang d'une vignette grossie. La composition reste toujours picturale, large, servie par une exécution vigoureuse : le pastel ou le pinceau touche de carmin une lèvre, illumine un nez ou un œil, précise une valeur, colore les ombres, dispose les fonds par de spacieuses hachures massées, accumulées sans timidité. Tout est à sa place, les valeurs sont d'une justesse constante, et les grands plans se présentent avec beauté. De loin, un tableau de Miss Mary Gassatt est toujours une tache harmonieuse, décorative. L'influence de Manet se sent dans les accessoires, et aussi dans certaines compositions, comme, par exemple, ce tableau intéressant, sobre plein d'air et de lumière, où, sur une rivière, l'été, glisse un canot portant à l'avant une jeune femme et son enfant, tandis qu'au premier plan s'affirme en une vaste sil-
houette d'un bleu sombre le rameur arc-bouté qui s'efforce.
Sur la viridité moelleuse des prairies anglaises, dans l'enchevêtrement des branchages des vergers enrichis de fruits, dans le sable jaune des plages que limite le déferlement de perle d'une vague étale, dans l'atmosphère emplie des lumières diffuses que tamise un ciel floconneux et ouaté, les chapeaux d'été, parasols de paille et de fleurs rutilantes, versent une pénombre violette à la limite de laquelle naissent éclatantesdes bouclesbrunes et blondes, des joues de pêches, des bouches de cerises, des mousselines claires, des menottes potelées; c'est là que se plaît l'étude attentive de l'artiste d'outre-mer, éprise de jeunesse et de santé, lorsque le décor des étoffes à fleurs, des linges frais, des porcelaines, des tubs miroitants où se reflètent les petits corps lisses ne contente plus sa fantaisie soumise à la vérité. En tout cela, Miss Mary Cassatt réalise une vision de grâce instinctive, elle cueille des motifs délicats, elle goûte le parfum de l'heure entre toutes heureuse, et il y a en elle un grand amour de ces choses. Et il est inutile qu'elle cède au désir de marquer sur ces fronts infantiles la préoccupation du souci qui les attend, ou de faire briller en ces yeux le reflet des limbes d'où ils vinrent. Du fait seul de cette minutieuse étude du vrai, l'avenir se laisse prévoir : consultons la série de ces effigies d'enfants, elle nous dira qu'un observateur de haut mérite a surpris l'éclosion
d'une race bien caractérisée, d'une race dont tous les caractères futurs sont déjà contenus aux replis d'un beau dessin complet. Ce n'est plus seulement l'enfant-lleur des peintres du xviti6 siècle, l'enfant-joujou dont la grâce s'enveloppe du luxe des costumes et qui apparaît parmi les satins, les bijoux, les plumes, comme un oiseau soyeux : ces yeux pensent, ces lèvres sont réticentes, on surprend déjà, sous le babil, des sentiments conscients et définis. L'œuvre entière de Miss Cassatt donne bien l'impression d'une psychologie s'élaborant en même temps que l'organisme, sans le précéder, sans le suivre ; elle a su fixer une heure ingrate, difficilement saisissable, de l'évolution humaine, et, en cela, elle est vraiment un des peintres de notre époque qui ont le plus naturellement touché à la constatation de la pensée à travers la constatation de la forme. Nous sommes si désireux de trouver tout de suite chez un être, même embryonnaire, quelque secret qui réponde aux nôtres, que nous voyons la plupart de nos peintres poursuivre ce secret jusque sur le masque de la puérilité, le forcer à dire ce qu'il ne sait pas de lui-même, le vieillir avant l'âge, le prendre pour le thème anticipé de leur inquiète recherche du caractère. Aucun, ou presque, ne le situe à son âge et ne fait paraître sur le visage enfantin les sentiments qui lui sont propres : niés au seul profit de l'éclat des yeux et des lèvres, ou exagérément affirmés, ils se superposent à sa véritable psychologie,
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même chez Carrière et même chez Renoir.
Il était réservé, à Miss Mary Cassatt, de trouver la juste mesure. C'est peut-être le premier peintre d'enfants qui ait existé depuis bien longtemps à cause de ce tact exquis. Il faut y joindre l'attrait d'une exécution de haute valeur, d'un coloris qui, sans être pleinement révélateur, se réfère à une harmonie chaude, dorée, sans jamais ravaler l'importance des plans, l'ordonnance des lignes, l'évidence de l'expression, du geste et du décor. Il importe peu qu'une telle artiste, h l'écart des Salons, des faciles et incompréhensibles louanges de la critique courante, ait seulement obéi à son plaisir de peindre et y voulût trouver le seul prix de son effort, avec l'estime où la tiennent un public restreint de confrères et d'amateurs. Elle a été fidèle sans servage au groupe des premiers impressionnistes : après en avoir partagé dignement les vicissitudes, elle en suivra la fortune. Manet persista à se présenter aux Salons dans un sentiment de chef d'école, convaincu de la bonté de sa cause et de son droit à se montrer sincère et entière au grand public dans sa noble intransigeance. Miss Cassatt a préféré, par aristocratisme, se ranger auprès de Manet, de Degas, de Renoir, combatifs dans leur art et amoureux du silence dans leur vie, trouvant plus noble l'exclusion et s'en remettant aux années et à la justice immanente. L'œuvre de Miss Mary Cassatt, devant cette justice qui du moins en art garde sa valeur inaliénable, apparaîtra singu-
lièrement cohérente et significative dans ce dernier grand sursaut de spontanéité dç l'école française. Ce qu'elle a fait, nul ne l'a fait de la même manière : elle a conquis son originalité par son grand, son sérieux amour du travail sincère, avec an sens heureusement précis de la destination exacte et des limites naturelles de son tempérament et de son art.