ACTE I, SCÈNE VI 3I I
ATHANASE
Et lorsque tout ce peuple incliné sur ta route Jetait vers toi des cris, de Tencens et des fleurs?...
Près de moi je voyais, la face pâle, en pleurs,
Au milieu des vaincus que mon triomphe traîne,
Je voyais Kouroupas, le vieux chef Agarène,
Le noble Émir, jadis puissant et redouté...
Et sa honte faisait une ombre à ma fierté.
Non, je n*ai pas péché par orgueil; tu peux croire
Celui qui sait la vanité de toute gloire;
La joie est lente, Père, et le malheur est prompt!
ATHANASE
Et quand le Basileus a posé sur ton front Ce cercle d'or?
NICÉPHORE, arracJjant sa couronne.
Prends-le, Père! Prends-le, je ToRre A la Vierge avec cent livres d'or dans ce coffre !
ATHANASE
J'ai vu ton corps trembler, ton visage blêmir. Et tu t'es relevé plus pâle que l'Émir.
NICÉPHORE, baissant la tête.
Père...
ATHANASE
Mais l'orgueil, lui, porte la tête haute, Et tu la baisses, toi, comme sous une faute...
Mon Père...
312 Lt CILICE
ATHANASE
Quelle faute a donc terni l'azur De ce cœur dont le ciel jadis était si pur?
NICÉPHORE
Ne m'interroge pas, je me cache et j'en soufîre... Mais qui voudrait sonder la profondeur du gouffre Où mon âme est tombée, hélas!
ATHANASE
Qu'ai-je entendu ?
NICÉPHORE
Père, le mal m'entraîne et je me sens perdu !
Non, ne me force pas à livrer le mystère
De ce cœur qui, du moins, voudrait pouvoir se taire!
ATHANASE
Parle !
NICÉPHORE
La plaie ouverte est saignante, et tu veux La sonder?
ATHANASE
Ouvre-moi, mon fils, par tes aveux, Cette âme que Satan voudrait tenir fermée.
Et je la saurai bien guérir!
N ICÉPHORE.
O Bien-Aimée, 11 faut parler de toi! Mais il ne sait donc pas Que je n'osai jamais encor, même tout bas.
Dire ce nom qui fait la douceur de ma faute, Ce nom caché qu'il faut que je nomme à voix haute.