ACTE I, SCÈNE VI 3lf
Mais je te sauverai de son piège infernal; Il suffit pour cela que ma voix te rappelle Le passé. Souviens-toi : la vie était si belle Et si bonne et si douce et si fière autrefois ! Tu vivais près de nous alors, et je te vois Heureux de partager nos travaux, nos prières. Comme un Ange de Dieu parmi des Anges frères, Tu n'avais qu'un désir alors, brave et fervent. Vivre avec nous, toujours, dans la paix du couvent, a Je pars, nous disais-tu, combattre Tlnfidèle, Mais la Théotokos me reverra près d'elle Et je vous reviendrai, quand je serai vainqueur. Dans la Sainte Montagne où je laisse mon cœur. » Ton cœur!... Et le voilà rongé d'un mal infâme!
Le mal est dans mon corps, le mal est dans mon âme !
J'ai vu tomber l'épouvantable feu grégeois,
Je l'ai vu dévorer le fer avec le bois
Et couler en ruisseaux sur la mer enflammée :
C'est ainsi que je sens toujours la Bien-Aimée
En moi, sur moi, courir en longs frissons de feu!
Le jour, la nuit, hélas! à toute heure, en tout lieu,
J'ai là devant mes yeux son image charnelle!
Son image? Non pas! C'est elle! C'est bien elle!
Son fantôme? Non, non! C'est son vrai corps divin!
Elle est là près de moi; je veux la fuir en vain!
Son pied heurte mon pied. Père! son front me touche!
Et sa bouche, elle est là, qui se colle à ma bouche !
ATHANASE
Qu'est-ce que ce feu-là qui rongerait le fer Et qui brûlerait l'eau ? Songe au feu de l'enfer. Qui brûle sans détruire et sans tuer torture!
3 l6 LE CILICE
C'est Dieu qu'il faut aimer, non pas sa créature! Et celle que ton rêve adultère avilit, Sur quel trône vas-tu la chercher, dans quel lit? Sont-ce là des amours dignes de Nicéphore?
Des démons sont en moi!
ATHANASE
Mais il est temps encore De les chasser. 11 faut te sauver, et j'accours !
NICÉPHORE
Oh ! t'avoir retrouvé, c'est là qu'est le secours ! J'oubliais tout !
ATHANASE
Mais moi, je viens et te ramène Tout ton passé, tout ton cher passé de Ctimène !
NICÉPHORE
Ctimène! Oh! oui, Ctimène!
ATHANASE
Elle est belle, là-bas, Cette montagne où sont empreints tes premiers pas! ils sont beaux, les jardins de Ctimène et le temple Où je t'appris à butiner à notre exemple Les fleurs de la prière et de la sainteté!
NICÉPHORE
Oh! oui! revoir le cher couvent que j'ai quitte. Et retrouver tous mes souvenirs de Ctimène !
Et serrer dans mes bras mon oncle Thigoumènc, Le saint vieillard Michel, dont l'austère veitu