ACTE I, SCÈNE VI
Sera tendre à Tenfant prodigue! Dis! veux-tu, Père, veux-tu de moi pour compagnon de route?
La douleur t'attendrait au seuil, mon fils! Écoute! Le Seigneur Christ t'envoie une épreuve, sois fort : L'higoumène, c'est moi; l'autre higoumène est mort!
NICÉPHORE
Mort! Lui, mort! Il est mort! Je n'ai plus d'espérance.
// pleure.
ATHANASE, /// / OUI Tûu t ses hrûs .
Viens dans mes bras, mon fils, y pleurer ta souffrance.
XicepJx)re se jet le dans ses bras.
Il est mort, mais je viens t'apporter de sa part
Sa dernière parole et son dernier regard.
a Va trouver, m'a-t-il dit, mon cher fils Nicéphore.
Il est vainqueur; il faut qu'il le soit plus encore!
Il doit lutter et triompher deux fois avant
Que s'ouvrent devant lui les portes du couvent.
Il rend au Seigneur Christ toute l'île de Crète;
Qu'il soit béni! mais Dieu ne veut pas qu'il s'arrête;
La Croix réclame encor ses deux bras pour soutiens.
Le cruel Hamdanide écrase les chrétiens
Dans la Syrie et la Cilicie opprimées;
Que le grand Stratilate y guide nos armées
Et qu'il passe, vainqueur toujours, rétablissant
Le royaume du Christ sur Ismaël en sang!
Alors il peut venir frapper de ses mains fortes
Aux portes du couvent de Ctimène, et les portes
D'elles-mêmes devant ce guerrier s'ouvriront.
Dont la gloire du Christ illumine le front! »
]l8 LE CILICE
NICÉPHORE
Père, à ta voix je sens mon âme qui s'élève !
La Croix pour moi ne peut être encore qu'un glaive,
Mais j'attendrai l'heure bénie en qui je crois,
Où ce glaive à son tour doit se changer en croix.
Prends cet or; il était à l'ennemi naguères.
Je l'offre au Christ par toi : c'est le prix de mes guerres.
Toi, pars pour la montagne où tu devras bâtir.
Témoins de ma victoire et de mon repentir,
L'église et le couvent de mes rêves, mon Père!
Je pars aussi, je sais l'œuvre que je dois faire;
Le saint homme du haut des cieux me tend la main,
Il me montre le but, je suivrai mon chemin !
Je veux la Cilicie et je veux la Syrie
Pour ma conquête, au nom du Christ et de Marie!
Mais tu vas me jurer, toi, de me recevoir
Parmi tes moines, quand j'aurai fait mon devoir!
Ton repentir, j'y crois, ainsi qu'à ta conquête, Et ta place au milieu de nous est déjà prête.
NICÉPHORE
Eh bien! donne-la-moi dès ce soir! Oui, je veux Que tu m'admettes, Père, à prononcer mes vœux!
ATHANASE
Que me demandes-tu? Notre vie est austère, Mais, si dure soit-ellc au fond du monastère, Elle sera plus dure encore, mon enfant, A celui qui fera du monde son couvent!
Le mal est là partout qui le guette et le tente; De coupables désirs dans son âme hésitante Se glissent à l'abri des exemples mauvais.