‹ Trois drames en versChapitre 119 sur 176 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

BRINGAS.

L'orgueil du titre et ton amour, Basilissa,

Voilà la part de Tzymiscès. Au gynécée

Régnez tous deux, mais sans avoir d'autre pensée.

Je vous épargnerai d'autres soins superflus ;

L'amour vous suffira; vous n'aurez rien de plus;

N'est-ce pas tout le ciel?... Réponds! dois-je me taire?

THÉOPHANO.

Sois avec nous, nous te laissons toute la terre : Salut au tout-puissant ministre de demain !

BRINGAS.

Marchez donc librement dans ce royal chemin!

LE SOLISTE

Peuple, regarde ce bassin d'or où déferle En flots miraculeux la turquoise et la perle, Et le cristal très pur et les riches émaux!

Les arcs, les casques, les armures

Enveloppent de fiers murmures

Les éléphants et les chameaux.

BRINGAS.

Demain, dis-tu?

THÉOPHANO.

Demain! Qui sait? Ce soir, peut-être!

Quelques heures à peine à vivre, ce pauvre être. Trop faible pour le mal et même pour le bien !

BRINGAS.

Et plus rien désormais ne peut le sauver?

THÉOPHANO, froidement.

Rien !

LE SOLISTE

Vois dans les lourds tapis de Perse Ce scintillement d*or que berce Le pas fatigué des porteurs !

Peuple Romain, regarde et vois sous triple escorte S'avancer le tribut somptueux que t'apporte Ton Nicéphore à qui tu devras ces splendeurs!

THÉOPHANO.

Nicéphore!

BRINGAS.

J'y songe.

Il peut, d'intelligence Avec le Patriarche, exciter dans Byzance Une sédition des soldats.

BRINGAS.

Oui, je sais Qu'ils sont hommes tous deux à risquer un succès; Et tout le rend possible à cette heure. L'armce Aime son chef et la populace enflammée Peut porter le vainqueur, triomphant à son gré, Non pas au Cirque, mais jusqu'au Palais Sacré.

THÉOPHANO.

On raconte pourtant que sa vie est austère, Qu'il est plus occupé du ciel que de la terre...

BRINGAS.

Cette sainteté-là me rend tout soucieux, Et je hâterais bien son arrivée aux cieux!

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