ACTE M, SCÈNE I 3I
Respiraient, et vers quels splendidcs paradis, Retrouvant dans mon cœur sa pureté première, Je marchais radieux sur des fleurs de lumière. Ne me rappelle pas, vois-tu, c'est imprudent, Que je puis évoquer ce souvenir ardent.
Le réveiller en moi et revivre d'un geste La belle vision de ce monde céleste...
Un geste, entends-tu bien. Jeannette, avec ceci...
// montre à Jean fie un e'hti de maroquin.
Montrez, montrez!
LE MARQUIS
Regarde : en appuyant ainsi Cette aiguille d'argent, si petite et si fine. Sur mon bras...
JEANNE
Non... j'ai peur... Encor votre morphine..
Donnez-moi...
Elle prend Vétui au marquis,
La voilà!
Aprh un silence pendant lequel elle a regardé l'aiguille.
Je voudrais à jamais Vous préserver...
Prise d^une idée subite et allant à la fontaine.
Permettez-vous ?
Elle fait le geste de jeter r aiguille à l'eau.
LE MARQUIS, après uu silence.
Je te permets...
Que ne peux-tu jeter aussi bien avec elle,
32 KERUZEL
Tout au fond, ce passé funeste et sa séquelle
De honteux souvenirs! Qu'il soit enseveli,
Comme Taiguille au fond de cette eau, dans l'oubli !
Oh ! que vous êtes bon et que je suis heureuse... Méchante aiguille!...
Elle la jette dans la fontaine.
Et toi, fontaine, es-tu bien creuse Pour la garder toujours ?
LE MARQUIS
Toujours! L'enchantement Se dissipe... Oublions délicieusement Le passé... n'en parlons jamais... Ces tristes choses, Jeannette, souilleraient tes belles lèvres roses... Silence!
Souriant et lui tendant la main.
Nous boirons du lait... cela vaut mieux.
Et soumise à ceci, que je lis dans tes yeux : « Croyant en Dieu, fidèle au Roi, docile aux prêtres, Heureuse d'un bonheur simplement accepté.
Vis dans le calme saint de ta naïveté Et garde l'idéal au pays des ancêtres... »
// //// haise la niaiu. — Tournant la tète.
Oh! ma tante et monsieur le curé! Je m'en vais Courir jusqu'au souper.
// disparaît dans le l>ois. La chanoinessc et le curé paraissent à la porte de V avenue.
JEANNE, troublée, à mi-voix.
Quel rêve!