ACTE II, SCÈNE III
LA CHANOINESSE
Il me plaît, S'il est bon!
LE CURÉ
Garanti pour un succès complet.
LA CHANOINESSE
Eh ! parlez donc ! Mon Dieu, ce curé m'assassine !
LE CURÉ
On vous a proposé déjà la médecine Avec le médecin, et vous avez dit non.
LA CHANOINESSE
A présent, je dis oui, si le remède est bon.
LE CURÉ
11 faudrait marier Jeanne.
LA CHANOINESSE
Je la marie.
LE CURÉ
Vous aviez refusé.
LA CHANOINESSE
Quelle plaisanterie!
J'ai refusé, c'est vrai ; j'accepte maintenant. Et puis, que trouvez-vous à cela d'étonnant?
J'ai refléchi; Madec me plaît, c'est un brave homme. Il l'aime toujours?
Oui.
40 KERUZEL
LA CHANOINESSE
Cela suffit, en somme.
Que Madec vienne; allons le chercher, voulez-vous?
LE CURÉ
Madec est à la ville. Ah! les hommes sont fous! 11 m'avait menacé d'aller en Amérique.
Un vain rêve, pensais-je, un projet chimérique! Non ! Madec vend le bien de sa mère, à présent.
LA CHANOINESSE
Il ne faut pas qu'il parte! Ah! ce serait plaisant! Quand il peut l'épouser! Non, non! il faut qu'il reste!
LE CURÉ
Un seul mot le fera rester. Nature agreste.
Mais tendre et poétique et dévouée, il n'a Qu'une seule pensée où son cœur s'obstina :
Jeanne! Depuis trois mois, fidèle à sa promesse. Il n'a pas dit un mot à Jeanne. Après la messe, Le dimanche, il se tient auprès du bénitier Quand vous passez. Parfois, dans le petit sentier. Lentement il vous suit, de loin, sans qu'on le voie... Et c'est toute sa peine et c'est toute sa joie !
LA CHANOINESSE
Les choses sont en bon état de ce côté.
Jeanne, elle, en tout ceci fera ma volonté.
Vous tenez le galant, je réponds de la belle.
LE CURÉ
Peut-être.
Je voudrais qu'elle fît la rebelle !