ACTE II, SCÈNE IV
De répouser. D'ailleurs, songe bien à ceci :
Tant que je serai là, tu n*as pas de souci, Mais je mourrai.
JEANNE
Madame.
LA CHANOINESSE
Ah ! mais la chose est telle Que je la dis. Crois-tu que je sois immortelle? Moi, je ne le crois pas, vraiment. Après ma mort, As-tu quelqu'un qui se chargera de ton sort?
JEANNE
Il ne me faut qu'un coin; je tiens si peu de place.
LA CHANOINESSE
Encore faudra-t-il le trouver?
JEANNE
Ah ! la glace Est moins froide que vos paroles. Par pitié, Madame...
LA CHANOINESSE
C'est sincère et de bonne amitié.
Et dans ton intérêt, Jeanne.
Si l'on m'exile De Keruzel, Quimper me réserve un asile, Le couvent.
LE CURÉ
Le couvent!
46 KERUZEL
LA CHANOINESSE
Le couvent I II fallait Cette rengaine encore au bout du chapelet !
Le couvent! Beau refuge à toutes leurs folies! Oui, parce qu'elles ont vingt ans et sont jolies, Toutes ces Cendrillons ont Tâme en désarroi De ne point voir venir quelque beau fils de roi. A la rigueur, peut-être encor recevraient-elles Le soleil en jupons et la lune en dentelles Des mains d'un simple duc ou d'un humble... marquis.
JEANNE
Oh ! je comprends !
A la cJxitwiuesse.
Madame, assez !
LA CHANOINESSE
Non, c'est exquis.
Ma parole d'honneur! et quand on leur propose Quelque brave garçon, mais sans titre et sans pose, Plutôt que ne se point étabh'r en haut lieu, Ces Cothons-là s'en vont se marier à Dieu, Qui leur semble, à tout prendre, assez bon gentilhomme, Pourtant vous devriez être flattée, en somme. Et très flattée, entendez-vous, à vingt-trois ans ! J'en avais trente, moi, quand monsieur de Brézans S'informa de ma dot et, la trouvant légère. S'en tint là ! Que ceci vous serve, la bergère! Et cependant j'étais d'assez bonne maison.
JEANNE, faisant effort pour être calwc.
Vous avez fait appel, madame, à ma raison; Et le peu que j'en ai s'indigne à la pensée