‹ Trois drames en versChapitre 38 sur 176 · ACTE III, SCÈNE III 7I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III 7I

Qu'un cri de volupté n'est qu'un cri de douleur... La foi! Vous cherchez Dieu dans l'ardeur de votre âme, Le Dieu consolateur que tout en vous réclame; Vous l'appelez! En vain! Vous comprenez trop tard Qu'il est partout présent et qu'il n'est nulle part!

LE CURÉ

Tu blasphèmes! tais-toi!

LE MARQUIS

Non, je souffre, je cr^e.

Laissez donc!... Et l'amour, la vieille duperie! La folle illusion qui vous trompe toujours.

Riez, pleurez! Le mal suivra le même cours; Toujours vous vous prendrez à la mine confuse De ces femmes, dont l'œil modeste se refuse.

Dont la main semble fuir la vôtre, et dont la voix A les timidités de la première fois.

Et vous les adorez, ces immatérielles, Et vous tremblez déjà de voir s'ouvrir les ailes Qui les emporteront loin de vous dans les cieux. Ces cieux dont l'azur même est moins pur que leurs yeux ! Naïfs, on vous jouait. Leur vertu n'est qu'un leurre; Leur pudeur, un appât!... Elles attendaient l'heure De pouvoir se donner utilement à vous!

Eh bien! prenez-les donc, mais, si vous n'êtes fous, Ouvrez vite les bras qui les ont enlacées; Chassez-les, trop heureux si parmi vos pensées Ne vit pas à jamais l'obsession du soir Où dans vos bras d'amant l'ange s'est laissé choir!... Surtout pas de remords! pas plus que d'espérance!...

Je devine ton mal au cri de ta souffrance.

72 KERUZEL

Mon fils. Il est de ceux qu'on nous confie, à nous, Vieux prêtres, dans l'église, à voix basse, à genoux. C'est là que tu pourras m'ouvrir ton cœur. Oui, souffre Que la main d'un ami t'arrête au bord du gouffre, Qu'il te montre le ciel et qu'il t'y fasse voir Le pardon et la paix comme un suprême espoir! Non, ne blasphème pas l'espérance; c'est elle Qui déjà t'a sauvé de la torpeur mortelle Où ta vie a failli s'éteindre, pauvre enfant ! Si tu n'espérais pas, mais serais-tu vivant?

Qui donc te retiendrait encor sur cette terre?

LE MARQUIS, dont VexaltattOH va croissant.

Qui me retient? La peur! mon regard qui s'altère, Mon pouls qui bat, mon corps qui frissonne, en pensant A la blessure... Non! je ne veux pas de sang! Je suis lâche!... Tenez! dans ia mer, on s'approche. On tombe... Mais le front peut heurter une roche!... Se blesser!... Ah! le sang qui coule partout... là...

LE CURÉ, //// montrant la mer.

Mais alors... tout à rhcurc...

LE MARQUIS, baissant la tête.

Oui.

LE CURÉ

C'était donc cela?

Tu voulais?... Ah!

LE MARQUIS, prenant un revolver.

Ceci... ce bijou d'étagère. Presque un jouet, cette arme élégante et légère, Qu'une femme tiendrait dans sa main... Quand je veux..

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