‹ Trois drames en versChapitre 43 sur 176 · SCÈC^CE VII JEANNE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈC^CE VII JEANNE, LE MARQUIS

JEANNE, embrassant la tombe, avec des sanglots, d*une voix étouffée.

Adieu ! . . . grâce ! . . . pardon ! . .

LE MARQUIS, après un silence.

Tu crois donc que les morts entendent?

JEANNE

A ma honte, J*en suis bien sûre, hélas! et c'est pourquoi j'affronte Cette tombe aujourd'hui pour la première fois. Si tremblante... Je sais qu'ils entendent ma voix.

LE MARQUIS

Et que leur disais-tu ?

JEANNE

Je disais à la morte :

a Mère, pardonnez-moi ; j'aurais été plus forte Si vous aviez été près de moi ; mais sans vous, Dans l'enveloppement de cet amour si doux.

J'ai failli, confiante et bercée en un rêve Dont le bonheur ne fut qu'une illusion brève. » Je disais à mon père : « Oh ! soyez-moi clément, Car ma faute a reçu son juste châtiment,

8o KERUZEL

Car j'ai dû l'expier cruellement sur l'heure Et par l'insulte et par l'abandon. Je la pleure Et je la pleurerai tant que j'aurai des yeux. » Je leur disais encor comment il valait mieux Que je parte, et pourquoi je m'en allais bien vite. Ils savent maintenant qu'il faut que je les quitte; Ils ont compris; ils ont approuve. Tous les deux M'ont donne le pardon que j'attendais bien d'eux. 11 faut qu'un autre aussi me pardonne. J'espère, Puisque j'ai le pardon de la mère et du père, Que Jacques me sera miséricordieux.

Et vous aussi, Louis, recevez mes adieux...

LE MARQUIS

Alors, tu t'en vas donc? Bien vrai, tu t'en vas, Jeanne?

JEANNE

Bien vrai.

LE MARQUIS

Tu t'en vas loin?

JEANNE

Très loin.

LE MARQUIS

Que Dieu me damne Si j'y crois... Pour longtemps?

JEANNE

Pour longtemps.

LE MARQUIS

Non! c'est faux!

Et ne sais-je pas bien, voyons, que tu ne vaux

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