ACTE MI, SCÈNE VIII Sf
JEANNE
J*allais chez vous.
JACQUES
Chez moi ?. . . Vous partez ?. . . Quelle idée ! Si brusquement? Pourquoi?...
JEANNE
Je me suis décidée Ce matin. Sans cela, déjà vous l'auriez su.
Lui tendant la main.
Jacques, pardonnez-moi !
JACQUES
Quoi? mon espoir déçu?...
Je fais mieux, je vous rends votre parole, Jeanne. Maintenant, c'est fini; plus rien ne vous condamne A partir; vous pouvez rester dans leur maison.
JEANNE
Vous avez donc pensé que c'était la raison De mon départ? Non, ce départ est nécessaire.
JACQUES
Alors ce n'est donc pas — Jeanne, soyez sincère — Par peur de m'épouser que vous partiez?
JEANNE
J'avais Meilleure opinion de vous!... Si je m'en vais. C'est qu'il le faut. Mais vous, si loyal et si brave, Jacques, me faire peur!
JACQUES
A votre âge, c'est grave.
86 KERUZEL
Une femme qui va loin du pays natal !
Jeanne, savez-vous bien qu'on vous jugera mal ?
JEANNE
Je le sais.
JACQUES
Vous avez été ma fiancée, J'ai donc droit de savoir un peu votre pensée. Pourquoi refusez-vous de tenir votre foi ?
Un silence.
Vous m'avez dit que vous n'aviez pas peur de moi ! Je suis vaillant... soyez sincère... tout de même...
JEANNE, après une Ijésitation,
Je ne vous aimais pas autant qu'il faut qu'on aime Son mari; pas autant... et peut-être autrement.
JACQUES
Ah ! Jeanne, je n'ai pas des allures d'amant Et n'en ai pas non plus les prétentions folles. Après que nous aurions échangé nos paroles.
J'aurais été pour vous le meilleur des amis, Quelque chose comme un frère aîné, très soumis... Vous n'avez pas voulu... Jeanne, soyez donc franche! Vous aimiez? Vous aimiez? Vous voilà toute blanche... Vous l'aimiez?...
Par pitié!
JACQUES
Mais lui, vous aimait-il?