ACTE III, SCÈNE VIII
JEANNE
Peut-erre ! d'un amour si frêle et si subtil Qu'il devait s'envoler à la première brise...
JACQUES, avec effort.
Il £e savait aimé?
JEANNE
Dans une heure de crise, — Ah ! maudite soit-elle, et maudite à jamais ! — Je lui dis follement, hélas! que je Taimais...
JACQUES, après un silence douloureux.
Vous aime-t-il toujours, Jeanne?
JEANNE
Qui pourrait lire Dans ce cœur si fermé?... Je ne sais quel délire Ou de haine ou d'amour Ta repris ce matin; Il m'a parlé d'un ton suppliant et hautain...
JACQUES
Jeanne, il faut près de vous quelqu'un pour vous défendre. C'est la main d'un ami que je voudrais vous tendre, La main d'un frère !
JEANNE
Non, retirez cette main. Et laissez-moi marcher seule dans le chemin Où vous ne pourriez pas me suivre tête haute !
JACQUES, avec un cri d* angoisse.
Jeanne, qu'avez-vous dit?
88 KERUZEL
Se couvrant le visage.
Oh!
L' marquis paraît sur le seuil de la clMpelle et s'arrête,
JEANNE, tombant à genoux.
Vous saurez ma faute !
Oui, toute!... toute! Un soir, — oh! Jacques, rien qu'un soir! Et que cela, mon Dieu! vous fasse ainsi déchoir! Et qu'on soit à jamais une fille perdue!
Se penclxint sur la tombe.
Ah! vous le savez bien, vous m'avez entendue Déjà, vous! mais il faut que j'aille jusqu'au bout, Pour qu'il me juge, lui!
JACQUES, V arrêtant.
C'est assez... je sais tout...
Aitc calme, aprh une grande lutte intérieure.
Ne partez pas! Voici le bras d'un honnête homme. Appuyez-vous dessus. La femme qui se nomme De mon nom peut aller partout le front levé.
Lui tendant la main.
Jeanne, relevez-vous!
JEANNE, baissant la tête.
Je n'ai pas achevé...
Cette faute d'un soir, de désespoir suivie, Jacques, va tout à coup éclater dans ma vie.
Bientôt tous connaîtront mon opprobre vivant. Si je fuis, c'est devant la honte de l'enfant! L'enfant! moi, j'en ai peur! On dit qu'elle est si douce A l'âme, la première et profonde secousse Qui présage celui que toute femme attend.