ACTE I, SCÈNE II II
Dans le parc et sécher au soleil tes beaux yeux. Va, Jeanne, et même, afin de te consoler mieux. Prends les vers de monsieur mon neveu, ma mignonne!
LE CURÉ
Le livre du marquis ?
LA CHANOINESSE
Tu vois que je suis bonne.
LE CURÉ
Eh quoi! vous avez lu ce livre et vous soufirez Que cette enfant...
Pourquoi ces airs désespérés ?
Vous m'avez dit souvent que c'était un beau livre, Une grande œuvre et dans laquelle on sentait vivre Une âme noble, un cœur généreux...
LE CURÉ, prenant h livre.
Ah! pardon!
C'est son premier. Beau livre, en effet!
A Jeanne.
Prends-le donc, Quoique j'aimerais mieux te voir lire autre chose. Petite folle a qui j'ordonnerais la prose.
LA CHANOINESSE
La Gazette >
LE CURÉ
Non! ses dangers sont aussi grands.
JEANNE
Je suis ici, monsieur le curé, sans parents.
12 KERUZEL
Sans fortune. Ce livre est le seul bien peut-être
Qui soit à moi, vraiment à moi, puisque le maître
Me Ta donné. Jadis, quand il vint au pays,
Je le suivais, ouvrant de grands yeux ébahis
Aux choses qu'il disait et qui me semblaient belles,
Et je lui racontais aussi, par ribambelles.
Tout ce qui me passait dans la tête et le cœur.
Il était doux et bon, très grave, point moqueur.
Étonné quelquefois de moi, plus étonnée.
Et dans les champs, tous deux, nous passions la journée.
Et le soir, écoutant au loin le son du cor,
VÀngelus, la chanson d*un pâtre, ou bien cncor
Le bruit des vents de mer et le cri des mouettes.
Assis, là, nous lisions ensemble nos poètes...
Lorsqu'il partit, monsieur le marquis m'appela :
« Jeannette, me dit-il, tiens! prends ce livre-là.
Tout mon cœur d'autrefois est vivant dans ce livre
Que j'ai vécu, que toi tu pourras toujours vivre
Dans ce milieu tranquille, où rien n'est effacé
Des souvenirs encor vivaces du passé... »
Il partit! Au loin quand disparut la voiture.
J'ouvris le livre et là...
Elle tient le livre ouvert à la premihe page.
De sa belle écriture, Grande et fière, de gentilhomme et de savant, Je lus ces quelques mots que j'ai relus souvent :
Lisant lentement.
a Croyant en Dieu, fidèle au Roi, docile aux prêtres, Heureuse d'un bonheur simplement accepte.
Vis dans le calme saint de ta naïveté Et garde l'Idéal au pays des ancêtres. »
Un silence.