‹ Trois drames en versChapitre 68 sur 176 · LA FEMME DU BOURGEOIS · texte numérisé non relu

LA FEMME DU BOURGEOIS

Allons le prier.

Elle entre dans Véglise au hras de son mari.

UN FORGERON

Sombre histoire Que la nôtre î

LE TISSERAND

Oui, compère, et chaque jour plus noire!

Tant de malheurs!

LE JOAILLIER

Et tant de deuils immérités!

LA MENDIANTE

La famine!

LE DRAPIER

La guerre !

LE FORGERON

Et les minorités î

LE DRAPIER

Et les assassinats!

LE JOAILLIER

Vengeances sur vengeances!

LE TISSERAND

Et tous les favoris!

LE FORGERON

Et toutes les régences !

Voyez! Jacques Premier, Jacques Deux, Jacques Trois, Des mineurs! Obligés de défendre leurs droits Contre tous les seigneurs révoltés! Jacques Quatre Nous ramenait la paix; voilà qu'il va se battre Pour Tamour d*unc femme et par faux point d'honneur!

LE VIEILLARD

Il est mort en héros!

LE JOAILLIER

En laissant un mineur.

LE DRAPIER

Oui! Jacques Cinq avait deux ans...

LA MENDIANTE

Je me rappelle Que je le vis alors, auprès de la chapelle D'HoIy-Rood.

LE TISSERAND

Aujourd'hui Sa Grâce a dix-sept ans.

LA MENDIANTE

Je ne l'ai pas revu depuis...

LE JOAILLIER

Les mauvais temps!

LE TISSERAND

Pauvre pays!

LE FORGERON

Depuis la sanglante bataille, Notre Ecosse en ses flancs garde une large entaille Que rien ne peut guérir, hélas ! Et, comme si Ce n'était pas assez de peine et de souci, Nous avons pour régent un Douglas!

LE DRAPIER

A mon compte, Nous en avons bien cinq!

LE TISSERAND

Cinq pestes!

LE FORGERON

Mylord comte Angus, le régent!

LE D RA P I E R, Comptant sur ses doigts.

Un!

LE FORGERON

Ce rêveur hasardeux Plein de sombres projets...

LE TISSERAND

Son frère Georges !

LE DRAPIER

Deux!

LE JOAILLIER

Qui craint toujours que son coffire-fort ne tarisse!...

LE FORGERON

Angus, l'ambition, et Georges, Tavarice!

LE TISSERAND

L'autre frère, mylord William !

LE DRAPIER, Comptant sur ses doigts.

Nous disons trois!

LE FORGERON

Un gourmand, ce bon gros abbé de Sainte-Croix!

LA MENDIANTE

Il prêche à Saint-André, ce soir.

LE JOAILLIER

Qu'on se le dise !

LE TISSERAND

Et sur quoi prcche-t-il ?

LE FORGERON

Oh ! sur la gourmandise !

LE TISSERAND

Sir Archibald, leur vieil oncle!

LE DRAPIER

Quatre !

LE FORGERON

L'amour Gouverne encor cet amoureux sur le retour; Son péchc capital, à lui, c'est la luxure.

LA MENDIANTE

Péchcrait-il encore à son âge .''

LE DRAPIER

On l'assure!

LE TISSERAND, rilVtt.

En parole!

LE JOAILLIER, de même.

En pensée !

LE FORGERON

Oui, passe encore; mais, En action, il est converti désormais!

LE TISSERAND

Et le laird de Parkhead, leur cousin!

LE DRAPIER

Cinq!

LE FORGERON

Farouche, Lui! La menace au poing et l'injure à la bouche. Il représente bien, par ses instincts brutaux, La colère, parmi leurs péchés capitaux...

Et le Roi languit sous la pesante tutelle Des cinq bandits.

LE TISSERAND

Comment Sa Grâce pourrait-elle Échapper à ce joug honteux?

LE FORGERON

Si seulement Elle voulait !

LE TISSERAND

Est-il un seul bon sentiment Que ces traîtres n'aient su ravir à sa faiblesse?

LE DRAPIER

Peut-Elle encor vouloir, Sa Grâce?

LE JOAILLIER

Elle les laisse S'acharner sur l'Ecosse et piller le pays.

LE FORGERON

Roi Jacques, nos espoirs en ton nom sont trahis... Tu demeures captif en ton indifférence!

Cependant il est temps; songe à la délivrance, Brise le joug et prouve, en reprenant tes droits, Que dans tes veines court le sang de nos vieux rois!

Lt TISSERAND, montrant sir Walter qui sort de Valise. Parlez bas; cet archer nous écoute peut-être.

LE JOAILLIER

Les Douglas ont partout des oreilles.

SCÈS^E 11

Les Mêmes, SIR WALTER, UN MENDIANT.

SIR WALTER, ni costunw iVurchr, qui les écoutait depuis un instant, debout sur les marcJjes de l'église.

Un traître !

Si l'un de nous reçoit le pain de trahison.

Ce n'est pas moi; celui qu'on mange en ma maison, Fils, on me le pétrit de si pure farine.

Qu'il ne nourrit que loyauté dans la poitrine. Mais il serait mortel aux Douglas !

Se rapprochant (Peux et les rassemblant autour de lui, d*uue voix sourde.

Vos Douglas!

Vainement tiennent-ils enfermé dans leurs lacs Le jeune aiglon; bientôt l'oiseau fier et sauvage S'envolera, pour fuir le honteux esclavage.

Et nous irons, vengeant les anciennes douleurs, Libres enfin, frapper les sombres oiseleurs.

TOUS

Oui ! oui I vive Stuart !

LE FORGERON

Mort aux Douglas !

UN MENDIANT, 5fr levant.

Précoce Est votre espoir. En vain vous appelez l'Ecosse; Vous avez beau crier : Vive Stuart et mort Aux Douglas ! Stuart est faible, Douglas est fort. Le Roi n'entendra pas les cris de votre haine, Et ses geôliers adroits ont su dorer sa chaîne. Quand ils l'ont vu grandir, les Douglas ont jeté Le vice en muselière à sa jeune fierté.

Depuis deux mois qu'il est dans Edimbourg, je gage Que nul de vous encor n'a pu voir son visage; Holy-Rood vous le cache en ses profonds ennuis. L'aigle est l'oiseau du jour; lui, le hibou des nuits. A Stirling, il courait, le soir, dans les ruelles. En quête de débauche, et, comme les cruelles

Ip LE COEUR SANGLANT

Y sont rares, le beau prince de dix-sept ans

A barbouillé dans tous les ruisseaux son printemps.

Il n'a plus aujourd'hui même assez d'énergie

Pour chasser. Aussi, quand, la paupière rougie.

Le front blême, repu d'amour et saoul de vin.

Il s'endort, ce Stuart abruti, c'est en vain

Qu'on viendrait lui parler de régner. Oh ! sans doute

On l'a tenté, mais lui, le pauvre enfant, redoute

L'effort qu'on lui demande et pense avec effroi

Que c'est une fatigue énorme d'être Roi I

SIR WALTER

Tais-toi!... Maudit soit donc ce régent qui nous vole Notre Roi, qui l'a fait libertin et frivole.

Et qui, pour mieux garder l'enfant, l'abâtardit! Qu'il soit maudit!

TOUS, excepté le mendiant.

Qu'il soit maudit!

SIR WALTER

Qu'il soit maudit!

Maudit pour tout le sang répandu, pour les larmes Que nous versons, ce comte Angus, qui, dans ses armes. Au champ de son ccu qu'on regarde en tremblant. Porte, blason toujours fatal, un cœur sanglant! Oui, maudit! car ce cœur dont sa race féroce Se blasonne, est le cœur sanglant de notre Ecosse... Mais vous tous, espérez! bientôt les temps viendront Où le Roi, glaive en main et diadème au front. Se lèvera, dressant, aux clameurs de vengeance. Sa royauté sur les débris de leur régence; Edimbourg entendra bientôt sonner leur glas : Vive Stuart! Mort aux Douglas!

TOUS

Mort aux Douglas !

LE FORGERON

Puisses-tu dire vrai, vaillant archer!

LE VIEILLARD

Dieu fasse Que rélan du combat me jette face à face Avec Tun d'eux !

LE MENDIANT

Que peut le bras de ce vieillard?

LE VIEILLARD

Il peut redevenir jeune pour le Stuart!

SIR WALTER, /d prenant à part.

Le jour venu, j'irai frapper à ta demeure.

LE VIEILLARD

Puisse ce jour béni luire avant que je meure !

LE FORGERON, montrant la maison à gauc1)c.

Je suis un Mac Gregor et ma forge est ici ; On y peut affiler vos claymores.

SIR w A L T E R , //// prenant la main .

Merci !

LE TISSERAND, retenant de la droite.

Monseigneur le régent avec son frère George î

LE JOALLIER.

Sauvons-nous !

LE DRAPIER

Décampons !

SIR WALTER, OU forgerott.

Conduis-moi dans ta forge,

Mac Gregor. Toi, soldat, viens aussi.

LE VIEILLARD

Je vous suis.

SIR WALTER

Je vous dirai ce que je veux et qui je suis.

Ijes bourgeois et les marciMnds sottt entrés dans Téglise, Les mendiants se sont dispersés au fond et à gaucljt; Sir Waîter, le forgeron et le %'ieillard entrent dans la forge.

LE MENDIANT

Le comte Angus!... Mieux vaut éviter l'œil du maître!

// entre dans P église; le dernier son de ivpres tinte à Saint- André.

SCÈS^E III

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