CHAPITRE lY
ScnublAiiçayettdéiioneépariinâflMS nevenx.— Il estmis àla Basiilk*,
le 3 janvier 1527. — Ceux qui auraient eu à se plaindre de lui sont tenus de le déclarer. — Interrogatoire d'un de ses commis. — Le chancelier Du Pral. — Son inimiii»' . ontre Semblançay.— NoiiiiiKiiion d'une nouvelle commission [(oui jn^^er son procès. — Vains eiTorls de sa lamille pour le faire évader. — Mort do deux de ses frères. ^11 invoqua en vain son privilège de cléricatnre. ^ficrit au roi ponr prolester de son innocence, et lui demande pardon, s'il l'a mal servi.— Est condamné à mort le 9 août 1527. — Son exécution le 12 du même mois. — Épigramme de Clémont Marol contre le lieutenant Maillart, qui coniluisit Scmblançay au supplice. — Scmblançay croyail que François 1" lui ferait oràce au dernier moment. — On attend devant le gibet de MonHaucon, de une heure à sept heures du soir, la lettre de grftce qui n'arrive pas. — Dernières paroles d» Semblançay,
Que se passa-t-il à la suite du double appel formé au nom de François i""" et de Semblançay, coulre la sentence de la commission? On prétend, mais la preuve olliciclle de cette assertion n'apparail iuiUc part, que Semblançay aurait, malgré la pénurie où se trouvait le trésor public par suite du fâcheux résultat de la guerre dltalie, rcclanié avec la plus vive instance le payement
UËAUNË DB SEMBLÂNÇAY
des trois cent mille livres que la commission chargée de l*cxamen de ses comptes avait reconnu lui être dues. Si le fait est vrai, on doit croire que Semblançay était lui-mAme en hulte aux poursuites tlas banquiers qui lui avaient prèié cette somme. Indignée , ajoute-l-on, de cette impatience d'autant plus intempestive que la cap* tivité du roi rendait la situation très-diflScile, la régente avait décidé qu'on ferait le procès de Semblançay. La dénonciation d'un de ses commis nommé Jean Prévost, trésorier des finances, qui était, en outre, son neveu par alliance, fournil à la duchesse d'Angoulôme le prétexte dont elle avait besoin. Ce Jean Prévost avait , diaprés un contemporain , secondé Semblançay dans SCS larcins et iromperics ; « mais, en faisant ladicte accusation envers le roy, il obtint son pardon et abolition des larcins qu'il avait faictz avec ledit de beaulne*. n
Après sa disgrâce, Semblançay s était retiré à la terre de Balan, qu'il possédait en Touraine, et il s'occupait de Vaméliorer^. Âu commencement de janvier lSâ7, il se trouvait à Paris, oà l'avait sans doute attiré le soin de son procès, lorsque, le 3 du même mois, il fut fait prisonnier et jeté à la Bastille, par ordre du roi, avec Jean Prévost. Un banquier italien, parent de Semblan
' ^<nimùt ^xtuBwr^^ de Paris, p. SOS,
* jyjf foire d€ FtanfûU l«% p«r Gaillard, t II, p. a4t« nota*
çay, fut t'galcinent arrêté, par le molif, disait-on, que le surintendaat lui avait avancé, sur les loadsde l'Etat, de fortes sommes que ce banquier prétait ensuite au roi à gros intérêts. Un autre banquier italien^ Thomas Cadaigne, de Florence, qui résidait à Lyon, ayant eu connaissance de ces arrestations, se retira immédiatement â Avignon , d'oà Ton conclut qu'il aurait eu le môme sort, s'il n'avait pris la fuite '. Le 5 mars suivant, il fut publié u à son de trompe et cri public, » sur les degrés du parlement et dans les carrefours de Paris, un ordre du roi portant injonction de déclarer, dans un délai de quinze jours, sous peine de coniîscalion de corps et de biens, si Ton avait connussance de deniers, bagues, joyaux, taisselle d*or et d'argent, lettres, cédules, oblations, récépissés, contre-lettres, j>a[)icrs et écritures ayant appartenu à Jacques de Beaude. Comme encouragement, Tédit promettait au dénonciateur la vingtième partie des valeurs révélées par lui ^ Parmi les pièces du procès de Semblançay qui sont parvenues jusqu'à nous, Vinterrogatoire d'un de ses commis, nommé Jean Guéret, contient quelques détails intéressants. On adressa d'abord à Jean Guéret diverses questions relatives à des opérations privées que Ton
* Joumat d'un Bourgeois de Paris, etc., p. 303.
* Aniilvcs impériales, V regittte des htimières du Gbàtelet, r* SSO» T.
192 BEAUMË DE SËMBLANÇAY.
accusait Semblançay d'avoir laites avec des banquiers italiens ; mais il ne put ou ne voulut donner aucun éclaircissement à ce sujet. Je reproduis textuellement,
d'après le procès- verbal de T interrogatoire, les réponses de Jeau Guéret à d'autres questions qui lui furent posées le 19 mars 1527 :
« ... Interrogé s'il a sccu que ledit de Samblançay, sa femme et ses eulfans aient caché ou transporté aucun or, argent ou autres meubles.
« Dit qu'il n'en a riens sceu , car il a demourc ung an en ceste ville (Paris) pour solliciter un procès dudit de Samblançay.
« Interrogé s'il a fait aucuns dons ou présents au nom dudit de Semblançay à aucuns personnages de cette ville.
a Dit qu'il a présenté des poyres de bon chrétien et des pruneaulx de Tours au nom dudit sieur de Samblançay, mais au serment qu'il a fait, jamais ne présenta or ou argent, vaisselle, bagues, tapisseries ni autres présents qui soient d'importance.
«... Interrogé s'il a esté autrefois depuis le temps dessusdit audit lieu de Maintenon.
<c Dit que ouy, mais ne sçait dret en quel temps ce fut, et la cause qui le meust fut pour ce que le nommé François de Becdelièvre, habitant de Loudun, avoit dit à il qui parle, que M« Jean Prévost s'estoit
BEAliiNE DË SËMBLAMÇAY. 193
vanté audit Becdeiicvre, que si ledit sieur de Saniblançay luy faisoit eschoffer la teste, il moDtreroii qiril le feroit bien marry, et que ledit Samblançay retenoit au roy C M francs ou C Al escus, ne sait lequel. Et à ceste cause, ledit qui parle alla audit Maintenoo pour advertir le général de Beaune, qui estoit audit lieu, desdites parolles
« . , • • Interrogé s'il a escript ou vu escrire aucun adTertissemeni par ledit sieur de Samblançay pour respondre aux interrogatoires que on luy pourroit faire sur les abuz et désordres des imances faictz par luy ou de son temps*
« Dit que ledit sieur de Samblançay, au moys de janvier dernier passé, bailla ung cayer audit (^ui parle, escripl de la main dudit M" Mathieu Guignet (serviteur de Semblançay), pour le coppieret mettre au net^ ce que llst il qui parle • Icciuel cuycr i'aisuiL mention des respouces que ledit Samblançay devroit faire aux interrogatoires que on luy fairoit, comme luy semble ^ »
On n'a pas oublié que la première commission nommée pour ej^aminer les comptes de Semblançay, l'avait reconnu créancier du roi pour une somme de trois cent mille livres. Suivant toutes les apparences, la régente s'arrangea pour prévenir à tout prix une nou-
^ Archives impëiialcs. Sup{ilcju(Ot du Trésor, J. 9&8.
)94 BBAUNfi DE SËMBLANÇAY.
velle sentence favorable à l'accusé, et sans doute aussi elle fut secondée à merveUle dans son projet (wr le chancelier Du Pi at.
Ce chancelier, qui joua un rôle considérable sous Fhinçoîs et prit une part actif e aux mesures les plus importantes da régne, étaH né i Issoire, en Aovergne, en 1463. Attaché d'abord au barreau de m province, où il fit ses premières preuves avec éclat, Antoine Du Prai fut successivement nommé «vocat général au parlement de Toulouse, iftattre des requêtes^ président des ÉUts du Languedoc, ambassadeur, président à mortier, et enfin, dans le courant de l'année 1507, premier président au parlement de Paris* U même année, Louise de Savoie lui confia réducalion de son fils, alors âgé de treiae ans, et qui devint roi de France huit ans plus tard* Veuf de bonne heore d'une femme qui lui aiL donné plusieurs enfants, Antoine Du Prat entra dans les ordres sacrés, où trois de ses frères, qu'il fit nommer éveques de Qermont, de Mende et de Montauban, l'avaient précédé. Trois de ses parents furent aussi, grâce à son influence, nommés, l'un, archevêque de Bourges, les deux autres, évôques de Nevers et de SaintrMalo. Quant à lui, il devint en peu de temps évèque de Meaux, d'Albi, archevêque de Sens, cardinal et abbé de Saint-Benoltsur-Loire, l'un des plus riches bénéfices du royaume. Naturellement , le crédit que lui donnaient Uint et de si
BEAtINE DE S&MBUNÇAY. m
hautes positions accumulées dans sa famille devait être immense. A peine roi, François I*' le fit chancelier, au
traitement de dix mille livres*, reprséeulaDt près de trois cent mille francs de nos jours. On a vu le coup funeste qu'il porta à la magistrature en introduisant dans les parlements des conseillers nommés à pril d'argent. Les anciens parlements ne lui pardon iu rent jamais cette atteinte à leur considération. La négociation du concordat, dont il fut Tinstrument le plus zélé, le plus aclif, lui suscita en outre les inimitiés les plus vives dans le clergé et le parlement. Dans cette question cependant, le chancelier Du Prat avait apprécié hicn mieux que ses adversaires les inconvénients de la pragmatique sanction , les abus qu'entraînait l élection des évèques par le clergé et les avantages qui devaient résulter de la combinaison que le concordat avait pour objet de sanctionner. Mais la susceptibiiiic des parlements, de tout temps excessive sur cette question , n^admettait pas même que Tinvestiture du chef de TÉglise fût nécessaire aux évôques français, et elle trouvait insuffisant le droit de présentation que le concordat réservait à la couronne. Après une lutte de plusieurs années, dans laquelle le chancelier Du Prat umuI le meilleur rôle, le parlement de Paris enregistra enfin le concordat, sur Vexpresse recommandation du roi. k la
' Htcueil g^érai des loU /nmçaitet, par Isambert, t. XII, p. 3&.
196 BEAUiNE: DE SËàlBLÂNÇAY.
vérité, il se venp^eaiL quoique temps ès en décrétant le cliancelier de prise de corps et ea représeuLant à la régente qu'il était d'une extrême àpreté pour ses inté* rèts, très-partial et sans respect pour les lois. Âppuyé comme il Tétait, le chancelier n*eut pas de peine, on le pense bien, à braver les foudres du parlement. Il avait servi avec ardeur les passions de la régente dans son procès avec le duc de Buul bon. La disgrâce de Semblançay dont il jalousait le crédit lui fournit tout à la fois Toccasion de satis&ire sa rancune et de prouver une fois de plus son dévouement à la duchesse d'Angoulèmc. Un contemporain impartial a dit à ce sujet : « Le cbancelier Du Prat (de longtemps malmeu contre ledit seigneur de Semblançay, jaloux de sa faveur et de Tautorilé qu'il avoit sur les finances), voyant que Madame estoit redevable audit seigneur de Semblançay, et non luy à elle, avant que souffrir ce différend estre terminé, mist le roy eu jeu contre ledit seigneur de Semblançay, et luy bailla juges et commissaires choisis pour luy faire son procès ^ »
Il s*agi8sait donc d'organiser la nouvelle commission qui devait juger Scmblaui^ay. Des lettres royales avaient d abord délégué ce soin à six "commissaires chargés de rechercher les malversations et concussions que pou* vaieul avoir commises Jacques de Beaune, Robert
* MéauAres dû MartUi du BeiU^f, oollect. PtUlot, t. XVll, p. 884.
Albisse, Guillaume de Frein, Nicolas Lalemant et divers autres. De nouvelles lettres du â6 mai 1527 réorganisèrent la commission, qui fut alors composée, disuiciU ces lettres, n de persounaîges sçavaus, expérimentez, de sens 9 littérature, prudence et bonne conscience, » C'étaient : Jean de Selva, seigneur de Cormières, premier président du parlement de Paris ; Jacques Mynut, premier président du parlement de Toulouse; Jean Brinon, premier président du parlement de Rouen; Anibroise de Florence, maître des reqiitHes ordinaires; Pei rinet Parpaille et Jean de Goria, ronseillers du Grand Conseil \ François de Saint-André, François Doynau et René Gentil, conseillers au parlement; Jean Ranyet, conseiller au parlement de Dijon ^ Antoine du Bourg et Pierre Michon , auditeurs à la Chambre des comptes de Paris. Ces commissures, au nombre de dix, avaient mission de procéder aux interrogatoires des accusés, de les mettre à la torture et question extraordinaire, et de faire exécuter leur sentence d^une manière définitive, nonobstant les oppositions et appels qui pourraient s'ensuivre. Des lettres du 30 juin 1527 réduisirent la commission à huit membres, tout en lui maintenant les pouvoirs spécifiés dans celles du 26 mai*.
< Archives Impérial»^ %• registre des banolèm <lu Ghfttelet, Y Si r 324-225.
m BEAUNB DE SBMBLANÇAY.
A partir de ce moment « le procès de Semblançay
prit une tournure des plus alarmantes, et sa famille, qui depuis longtemps s en préoccupait à juste titre^ dut comprendre que tout espoir de salut était perdu* Un de ses fils était alors archevêque de Tours, un autre, évdque de Vannes. Désespérés des suites désormais prévues du procès, ils moururent presque subitement vers cette époque ^ Était-ce de douleur et de honte de n*avoir pu en arrêter le cours ? Leur frère aîné, trésorier général des finances, et sa mère faisaient cependant tous leurs efforts pour faciliter Tevasion de Semblançay ; mais les précautions étalent bien prises, et Taccusé, étroitement surveillé, ne put tromper la vigilance de ses gardiens. Ainn que le pratiquaient depuis plusieurs siècles beaucoup de personnages occupant de grandes positions incessaniaient mcnacocs, Jacques de Beaune avait, à l'instar d'un de ses plus célèbres prédécesseurs , Jac<ques Cœur, Vargentier de Bourges, pris des lettres de cléricature, afin de pouvoir revendiquer, au besoin, la juridiction ecclésiastique. Il réclama avec instance la iaveur que ces lettres semblaient lui assurer; mais ce privilège , que Jacques Cœur avait d'ailleurs sollicité en vain trois quarts de siècle auparavant, était depuis longtemps battu en bièclie, et l'ascendant toujours
• UiLiiotiu lin? iiTipériale. M*8. Chronique médite de Fian • foU P*, Fonds GaigQières^ 2i8, p. recto.
BBAUKË m SEMBïJiNÇAY.
eroisnoi de la juridiotioa dvila remporta. D'un autre o6té,' dans la prévision que Vaccusé plaiderait
1 incompélence de ses juges en se relranchant derrière son privilège de cléricaUire, les lettres royales da 15 mai l!Sâ7 avaient d'avance jugé la difficulté
et spéciiié que la commission rcticridi ait les affaires qui lui élaieul dèiérées, queU que lussent les pri« viléges généraux ou spéciaux, qui pourraient être in*voqués'.
Menacé d'une ruine complète et de la perte même de la vie, Semblançay avaii mis dans ses intérêts un archer de la garde du roi, Louis F«Miier, chargé de le surveiller avt c d antres archers de la garde, et qui tenait sa famille au courant de toutes les circonstances du procès, soit verbalement, soit en transportant, au fond d'un flacon d^étain, les lettres qu'on lui remettait^, ^'espérant plus rien des démarches de sa famille, sans confiance dans la probité de ses |uges, Sembianpçay tenta d'attendrir le roi en lui rappelant, dans une lettre qui a été conservée, son dévouement et ses services passés. £n même temps , il protestait de son ia- Bocenœ et implorait son pardon, si le roi trouvait qu'il avait mal agi. U terminait m demandant pitié pour sa femme, pour ses enfants et eu priant Fran-
' ArcihifM fmpéritlM. — Bannières du ChAtelet, Y 8, f° 224. * Journal d'un Bourgeois de Paru, etc., p. a96.
200 BËAUNE DE SBMBLANÇAY.
çois 1*" de payer les dettes contractées pour son ser* vice*.
« Sire, disait Semblançay, à la ûn de ma vie, j'ay esté enquis si des deniers de vos tailles et des crues qui ont este levées de mon temps estant en vostre service, combien j'en ay receu. Sire. Je vous advertis que jamais je n*ay receu ni mangé deniers de vos traites, et ont esté vos receveurs généraulx qui en tiennent compte, et n'ay eu cognoissancc ni maniement que des trois cent œil escus de Naples, qui ont estés baillés par vostre commandement et de Madame, pour vos affaires de vos guerres, et tout ce que j'ay fait de secourir à vos oiiiciers a esté pour leur prester, et n'ay point faict leurs offices*
« Sire, j*ay esté enquîs de l'argent comptant que je
puis avoir receu-, ( j aij répondu, et pour vérité, que depuis Tannée lô23, je ne me suis point veu deux mil escus ensamble, après avoir forny les cent mil escus de mons' d'Albanye, et soixante-dix inille pour Huyoniie. L^tà présent je ne saiche or et argent la valeur de trois à quatre cens pièces d'or de toute sorte. Je vous supplie, Sire, ayez ceste créance que vous avoir veu en tant d'affaires que vous avez esté depuis, j'en eusse esté si raalheu-
i Lettres de Marguerite d^Angouléme, publiées par M. Géo'm^ 1S41; Puces jusiykalives, 4G8,
BEA\}m DE SËHBLANÇAY.
reux, que je ne vous eusse secourru cl de tout ce que j'eusse faict, et vous supplie, Su e, eutendre que, dèspuis deux ans, souvent j*ay esté aux emprunts pour vivre!
« Sire, j'ay dict le surplus pour vous dire au curé de Saînt-Nicolas-des-Champs, mon père spirituel^ et à Madame. Je vous supplie le croire, et qu^il vous plaise, en 1 lioimeur de la saiute Passion de Nostre-Seigiieur, me pardonner si je ne vous ay si Lieu servy comme je suis tenu, et qu^il vous plaise avoir ma femme et mes enfans en vostre bonne grâce et avoir pityé d'eux, et que y vous plaise me faire acquiter pour ce que j'ay empruncté pour vostre service, et prie à Nostre-Seigneur vous donner très-bonne santé.
« De vostre Bastille, ce vendredy.
<i Vostre très-humble et très-obéissant serviteur*
« J. DE BbAUKE. »
Si cette lettre, dont rien ne précise la date, parvint Jusqu'à François P% elle ne produisit pas sur lui i'eifet que Semblançay en attendait. Évidemment, sa perte était déjà ai i ùtée, et rien ne pouvait la conjurer. Le procès suivit donc jusqu'au bout l'impulsion iatalc qu'on lui avait imprimée. Le 9 du mois d'août 1527, les commissaires désignés par le chancelier Du Prat rendirent un arrêt qui, sans avoir égard au privilège de cléricature que Sembiançay avait fait valoir, le déclarait at-
teint et convaincu des larcins^ faulceiez, malversation^ ûbux êt maJê adminisiraiion des /infimes du roy^ men^ Haïmes au pnch^ le eondtmnait è être peoda et étnoiglé au gibet de Montfaucon. L'arrêt portait, en outre, confiscation des biens de Semblançay, après retenue d'uoe fomme de trois cent mille livret i restituer fu roi, 9»m préjudice d*une autre somme non ipêcifiée dans 1 arrêt, et qui était également réclamée, à litre do ^ reetituiion, par la mère du roi
L'arrêt de condamnatioi» fut Ui i| SeipUançay par maître Guillaume Maillart, lieutenant-criminel au Cliiielet de i^aris, que les conmiis^aires avaient député è cet eâet SembieiKiy avait, jiwqu^è la fin, récusé ees commissaires et revendiqué la juridiction eodMastique, en se fondant sur sa qualité de clore. Au dernier moment, il app<^a devant le parlement de Tarrêt qui lui avait été signifié-, mais la commission déclara que cet arrêt recevrait son exécution, comme s'il avait été rendu par lej^arlement. Ces formalités prolongèrent de plusieurs jours la vie du malheureux vieillard. Prononcé le vendredi 9 août, Varrêt ne fut exécuté que le lundi suivant. Semblançay avait alors environ soixante-<|uinze ans. Quand Theure fiitale eut sonné, on le vit sortir de
* Cet arr^l fa trûiiTe : l« du» les ÀmwUs dTApiUaine, de Jeu BoDchet, 1644, 4* partie, p. 413 ; 3* dans le Jcumal d^un Botrrpeo£t dê Pariât P> t04. Let deux textes préseotent quelqiies dtfttreoeei» tmSê m» Impoctaoee {V«br FéiemimUm, k).
fiËAUNË D£ SëMBUNÇAY. M
la Bastille, le bonnet sur ia téte, vêtu d une robe do drap sombre et d'uoa saye de veloiin noir. 11 était accompagné des archera, arbalétriers, arquebusian, gens du guet à cheval et à pied, des sergents au Chàleîet, enfin de Loute la force armée dooi le gouveroemeni avait pu disposer. Ces diverses troupes étaient sous la commandement du lieutenant-criminel Muillart. Dans la foule immense qui faisait la baie au cortège ou lui aemit d'eseorte, un homme, un poète, Clément Maroti . fenrinaît sans doute, dans sa mémoire, répigramme sui* vante qui, tout en donnant au procès son véritable ca- ^t, est restée Tune des plus énergiques ei des plus belles de la langue firançalse. On s'étonnerait, si populaire qu'elle soit, de ue pas retrouver ici :
Lorsque Maillart, juge d'enfer, nicnoit
A Montfaulcon, Semblançay l'àme rendre,
▲ Tostre avis, lequel des deux tenoît
Meilleur maintien?— Pour le fous fiùre entendre,
Miillart semUoît homme que Mort va preadre.
Et Semblançay fut si ferme neUlart,
Que Ton cuydoit, pour vray, qu'il menast peodre
A filoûtiauicon, le lieuteuaot Maillart.
Trois fois, dans le trajet de la Bastille à Monlfaueoo,
on lut à Semblançay son arrêt. Devant le couvent des FilleS'Dieu, on lui donna, comme c'était la coutume,
du pain ^tduvjn^ on lui mit i la main une croix de
aEAUNË DË SëMBLANÇAY.
bois pcinlc en rouge, on lui ôta son bonnet et on le conduisit ainsi jusqu'au gibet tète nue*.
Cependant, le cortège arriva vers nne heure de Faprès-midi, à sa station dernière. L'opinion générale était que le roi pardonnerait à Semblançay, comme il avait fait, quelques années auparavant, au seigneur de Saint- Vallier à qui sa grâce était parvenue aux pieds même de récliafaud. Semblançay supplia donc que l'exécution fût * différée. Persuadé sans doute que François I** ne voulait pas la mort de son ancien surintendant des finances, le lieutenant Maillart lui-même consentit à ce délai. Mais six heures se passèrent et la grâce ne vint pas, La duchesse d*Ângouléme se montra implacable et inexorable jusqu'au bout. A sept heures du soir (on se ligure les angoisses de cette longue agonie), le Confesseur de Semblançay lui déclara qu*il ne devait plus rien attendre de ce monde. « Lors, dit un historien contemporain par (jui je^ veux laisser raconter les détails de ce moment suprême, Semblançay, en une merveilleuse constance, s'écria : «Je voy et cognois que le service des Roys n'est tel que le service de Dieu. Si j'eusse autant prins de peine et labeur et par si long-temps à servir Dieu, comme j'ay à servir le Roy, il ne m'en fust pas ainsi mal. J'ay bien mérité la mort pour avoir plus servi aux hommes qu'à Dieu. » — Ex incontinent après, fut pendu et étranglé
* Imtmal tTm Bûurgeoli de Paris, etc., p. 300 et auiv.
BBAUNE DE SEMBLANÇAY. m
par lo bourreau au gibet de Montfaucon* Voilà la misérable fin d'un tel homme qui avoit servi trois Roys de France, en honneur, et vescu en grand prospérité par soixaote anv, voire allié et apparenté d*UD grand nombre de gens de bien * • »
* Les Annale* ^AquUtaine, par lean Boucbet, p* 412.