‹ Trois drames historiques Euguerrand de Marigny, Semblançay, Le chevalier de RohanChapitre 9 sur 44 · H FRANÇOIS · texte numérisé non relu

H FRANÇOIS

Dè son jM^ Looiae de Savoie adressait ellMiéme

de nombreuses lettres à Semblançay pour stimuler son zèle et lui demander Timpossible. Plus qu'aujourd'hui encore, Vargent comptant était indispensable au seizième siècle pour faire la guerre. Au moindre retard

BEMJNE DB SEMBIANÇAY

dans la paye de leur solde, les rettres, les lansquenets,

les troupes étrangères enfin, faussaient compagnie à leur général, qui, sans combat, et du jour uu ieudeuiain, était exposé à voir disparaître son armée. Pour prévenir de pareils mécomptes, Louise de Savoie se montrait infatigable et d'une persévérance qu au( une diilicullé ne décourageait. Une lettre qu'elle écrivit à un trésorier nomméRobertet énumère les services qu'elle avait reçus de Semblançay. Louise de Savoie constate dans cette lettre que TËtat ne se soutient qu au moyeu des emprunts que Semblançay a faits « en son propre et privé nom et dont il a donné des engagements en bon . I oyal et alîectionné serviteur, qu il n'a jamais regardé à sa Sûreté pour Tavenir, mais qu'il a engagé pour dix fois plus qu'il n*a vaillant* » Ce langage est, de sa part, précieux i recueillir* Puis, elle continue comme il suit :

« A ceste cause et vu qu'il n*est pas raisonnable de le laisser, luy et tout son bien, crédit, et celluy de tous

sesamys, fondre et en voye de totale ruyne et perdition, et aussi que de présent il est autant de besoin que jamais de trouver molens par emprunts d*or, d*argent, vaisselle, engagements et auUes expédiens pour fournir à la despense de Tarmèe dudit seigneur, j'ay commandé audit Babou dresser une commission, laquelle j'ay veue et biendue adressante à Tarcevesque d*Aix et audit, sieur de Samblauçay, pour faire lesditâ emprunts, en-

gagements et eantrals, de faire rendre compte A plusieurs comptables et faire prendre les restes d*îceu1x; avec pouvoir audict sieur de Samblançay pour asaeurer ceulx de qui il a emphinlé^ affîn de garder son crédit pour toujours et au besoin en faire service au roy, aussi, pour dédommager et garder de perte, comme la raison le Teult, ceulx qui en telles affaires ont secouru ledit sieur. Laquelle provision je vous envoyé, vous priant, monsieur le trésorier, que, incontinent et sans y faire- aucune difficulté, vous la faictes dépescher et sceller, affin que je la puisse envoyer audit sieur de Samblaiiçay, pour lui faire cognoisLre que le roy ne veult point sa ruyne ou dommage, mais, par le contre, Fentend remercier de ses services, ainsi que chascun congnoist qu*il mérite, et qu*il appartient recognoistre à ung si grand maistre que ledit seigneur. Et à tant, TOUS dis à Dieu, monsieur le trésorier, lequel je prie de vous avoir en sa garde*

tt Escript de Compiëgne, le 23" jour d^octobre.

« LOTSE 9

Dans une autre lettre, adressée comme la précédente

au trésorier Robertet, Louise de Savoie reconnaît que Semblançay avait envoyé en Italie, dans l'espace de

I Bibliothèque impériale. Un. Fonds Edûianft, a* S503. (Voir la lèltre enUèn aux JHèccs justtJlcuîlveSf n« 10, à la 0& des pièces Indiquées sous ee Bnmére),

trois mois, cent mille écus pour les besoins de la guerre, et que le général qui commandait à Milan se déclarait satisfait

La faveur dont jouissait Semblançay auprès de la

toute-puissante Louise de Savoie, au moment oft ces lettres furent écrites, c'est-à-dire vers 1520, était donc des plus grandes; elle eut malheureusement bientôt un terme* Est-ce lorsque la princesse s'aperçut que, malgré ses avances, le connétable de Bourbon ne voulait pas Fépouser? Le suriatendant fut-il, en qualité d'ami de ce dernier, enveloppé dans sa disgrâce ? Comment péné* tfer de pareils mystères ? L'époque de ce changement est à peu près établie par une lettre que la sœur de François 1** écrivit de Blois à Semblançay, et qui paraît remonter A Vannée 452!. Dans celte lettre, qui porte la date du 21 octobre, Marguerite informe le surintendant qu'il a tort de penser qu'on Ta desservi auprès de la mère du roi, qa*il n'a pas besoin de se rendre auprès d'elle pour se disculper, et qu'il fera bien mieux de rester où il est pour son service. En terminant, Marguerite assure Semblançay qu*il doit être sans crainte, et que si l'on voulait faire quelque chose contre son honneur et son bien, elle en serait la première avertie et l'en informerait immédiatement ^.

• Bibliothèque Impériale. Mss. Fonds Bétbunc, 8,S03, f» 19.

* lùid. Ms&, Collection FonUaieu, porUfeuilie 169-170. (Voir Pièces Justijkatives, 11.)

Wtktm DB SBMBLANÇAY. i6>

U faut DOt«r ici un tragique éTéoeraent se ratlaolMiit: A cette époque. Un capitaine de lansquenets en Youlait^

on ne sait pour quel motif, à la vie du surintendanté. Au mois de juin IdâO, il rencontra un sieur de La4]ihea>' naye, qui ressemblait à Semblançay, le prit pour

dernier, lui coupa lii main el lui fracassa l'épaule. Oo' fit le procès à Tassassin, et il eut la tête tranchée '.

Quant à Semblançay, il redoublait de soins et d'ellorts pour satisfaire aux exigences de sa charge. La position devenait chaque jour plus diilicile, par suite des dépenses que plusieurs années de guerre avaient occasionnées. En 4590 ou 1521 ' il écrivit à François V une longue lettre où il exprimait, comme dans un cri de détresse, ses inquiétudes et ses angoisses à Tidée de ne pouvoir exécuter ce que le roi attendait de lui. 11 Haut Uni en entier cette lettre où Tbomme et la situation se ÔM^ sinent à merveille. Semblançay mandait à i^rançois 1** qu'il avait fait jusqu'alors rimpossiblCf soit par luimême, soit par see amis, pour fournir aux besoins qui se renouvelaient sans cesse. Il avait déjà envoyé beaucoup d'argent à M. de Lautrec. Mais, si personne ne venait à son aide, il allait être encore forcé d'em-

1 Journal d'un Bourgeois de Parti fom le règne de FranfOU p. 85.

* !1 est Impossible d'être bien fiié à ce sujet, le pelit nombre de tettrps (lu temps qui lODt arrivée* jusqu'à aoui oe portant pas l'indicationde l'année.

164 BBAUN8 DB SBMBLANCAY.

pninter, eiU redoutait de ne poQYoiry parvenir. Découragé par les difficultés qu'il entrevoyait, il ne se sentait pas le courage de les affronter. D'un autre côté, il aimait mieujL dâdoger d^avanee tant reicwr plutôt que de rester en chemin. Il tenterait donc un suprême effort * .

François l*% sa mère et sa sœur avaient donc rendu justice pendant plusieurs années, au zèle,au bon vouloir,

au Jévouenieiil inépuisable de Seniblançay. Des lettres formelles, irrécusables, constatent ses services et son désintéressement, il devait croire, d'après les assurances réitérées qui lui avaient été données, qu'ils ne seraient pas oubliés. Cependant, à peu de temps de là, les dis* positions i son égard étaient changées complètement, et le bruit courait à la cour qu*il était tombé en pleine disgrâce. Quel revirement inattendu s'était—il doac opéré dans l'esprit du roi?

i Bibliothèque Impériale. Mss. Fonds Béthuoe, n° 8,489, 48. — La lettre porte pour sascription C€à mou : An roy, mon souverain ieigneur ; d'après Gaillard, Histoire de François /•^ t. II, cette lettre serait dei'axmée 1621. {\oïi Pièces justificatives, of' 12.)

CUAIUT&Ë ill.

Avidité de LottiM d« SvnA». — 8«s torts emn la eonsélabU d«

Bourbon. — Cause attribuée fauBsement par les historiens à la disgrâce de Sesablancay. — Guerre de François I*' avec les Anglais. —

Lettre de menace adressée par lui au surintendant. — Elle est suivis d'une lettre de rétractation. — Efforts du gouvernement pour suffire aux exigences de la guerre. — Triste état du royaume à cette époque. Ëdit de 1533 sur l'administration des finances. — Le roi ôto la garde de sa vaisselle et de eelle de sa môie à Semblançay. — On l'aecnse d'avoir acheté des biens considérables. ~I1 cesse ses fone* lions au commencement de 15^. — Le roi le fait juger par une commission que St'mb!an'\Ty rt^cii'^e — Il lui écrit pour le menacer de la Bastille s'il traîne encore l'allaire en longueur. — D^'tail^ sur le procès. — Un arrêt du 27 janvier 1.525 ne satisfait ni Sembiançay ui Louise de Savoie. — Ils en appellent tous les deux. — Nomiûa<» tion d'nne nouvelle commission.

La mère de François V a laissé dans Thlstoire de

fâcheux souvenirs. Douée d'une volonLé énergique, dévouée à son ûls, qui fut pour elle une idole qu*elle servit, on pourrait presque dire avec emportemeni, mais ambitieuse, avide de domination, intéressée jusqu'à la cupidité, Louise de Savoie, ducbesse d*iUigoulème, eut encore plus de vices (|ue de

m BEAUNE DE SBHBLANÇAT.

Terttis, et fit oublier ses bonnes qualités par ses défauts. Le Bourgeois de Paris raconte qu*au moS de novembre 1516, trois joueurs de jarces parisiens furent emmenés prisonniers à Amboise pour avoir donné une pièce dans laquelle la mère du roi était représentée « comme gou-vernant la cour, taillant, pillant etdesrobant tout*. » Ce n'était la, dira-t-on, qu'une satire de bateleurs. Un autre documentd^une parfaite autbenticité constate que, le 24- mai s de la iiièiiie année, le Conseil de rilôtel de YiUe de Pans avait décidé qu'il serait fait don à la mère du roi d*un service d*argent de deux mille cinq cents livres (de soixante à soixante-dix mille francs de nos jours). « Et est à remarquer, porte la délibération, que le sire I>eschanets, lieutenant général du roi à Paris, les y invitoit, et que la résolution en fut prise avec les conseillers de la ville ^. >» Lorsque, quelques années plus tard, la duchesse d'Angoulème ne put plus douter que le connétable de Bourbon refusait de Tépou- 8er,son inimitié et ses rancunes exercèrent sur les destinées du royaume une désastreuse influence. Après avoir lait retirer au connétable un commandement auquel son rang et son mérite lui donnaient droit, elle entreprit de lui enlever judiciairement la plus grande partie des biens que Uiiavaitapportés sa femme, fille de Louis Xlh

* Journal d'un Bourgeois de Pans, p. 44.

* ftbUotb^ue iffi|ériale. Uu. f omit GolUrt| U 2&2» p. 66.

WUUm D£ SËMBLANÇAY. 167

et, secondée par le chancelier Du Prat, elle parvint i ses fins. Outré de ces injustices, le connétable eut le tort immense de vendre son épée à Charles-Quint. Certes, sa trahison est ineiLCusal)]e et reçut dans la suite la punition qu'elle méritait; mais la faute première re* montait à Louise de Savoie, sans laquelle, au lien de combattre contre la France, le connétable de Bourbon aurait mis au service de François P% une intelligence et une bravoure incontestées.

La disgrâce du connétable et celle de Semblançaj eurent lieu vers le même temps* Les historiens ont expliqué la dernière, en se copiant, depuis trois siècles^ les uns les autres, comme cela arrive si souvent. Il faut citer d'abord la version unanimement adoptée. On raconte que la comtesse de Chateaubriand triomphait de Louise de Savoie, dont la jalousie s'irritait de toute faveur qui ne procédait pas d'elle-même. Au mois d'avril 1522, on apprit a Paris que le maréchal de Lautrec, frèrè de la favorite, avait été complètement battu à la Bicoque par la faute des Suisses, qui, sous prétexte que leur solde n'était pas payée depuis longtemps, n'avaient voulu ni diilérer le combat, ni obéir à leurs chefs quand il eut été engagé. Peu de temps après cette défaite, par suite de laquelle tout le duché de Milan fut perdu pour la France, Laulrec obtint une audience du roi, qui avait d'abord refusé de le voir. L*entrevue fut des plus vives. Lemarécbalse plaignit hautement qa'onVeùt

BEKDm DE SEMBIANgAY

laissé sans argent. — a Qu*avez-YOus donc fait, dit François l*% des quatre cent mille écus qu*on vous a envoyés? —Sire, reprit Lautrec, vous m'en avez fait annoncer l'envoi . niais je ne les ai pas reçus. » Interrogé à ce sujet, Semblançay répondit qu'au moment où il allait expédier cet argent en Italie, la régente avait exigé qu'il lui fût remis. François I*' s*étant aussitôt transporté chez sa mère , lui reprocha avec colère son avarice et l'accusa de lui avoir fait perdre le Milanais. Louise de Savoie n*était pas habituée à ce langage. Sans se déconcerter, elle nia d'abord formellemenL avoir reçu une pareille somme de Semblançay. Plus tard, elle avoua lavoir touchée, mais en soutenant qu'elle en avait jadis fait l'avance au surintendant. On prétend qu'un démenti qu'il lui avait donné à cette occasion aurait entraîné sa chute. « Pourtant, dit Brantdme au sujet de la défaite du maréchal de Lautrec et de ses funestes conséquences, ce ne fut pas la coulpe du bon vieillard (Semblançay), ce fust plustôt celle de madame la régente, qui la fit et la rejeta toute sur cet honorable vieiU lard ' . n

On verra plus loin les circonstances qui ont pu ac-

^ Vies duAQmmeiiUUitreSf^t Brantôme; François — Les tulres ouvrages contemporains sur lesquels ce récit s'appuie sont les Mémoires de Martin du Bellay, collection Pctitot, t. XVII, p. 38i; et le Rei'um galllcamm commentarium^ autore Belcario; liber 17, p« lOSt * MarUo du 6«Uay et Peaucaire sont deiut auteurs du temps*

BEACNB DE SEMBLANÇAT. leO

créditer ce récit, dont rinvraisemblance est d^ailleurs frappante. Gomment supposer, en effet, que

ï.autrec eût attendu en vain, des mois entiers, l'argent qui lui était nécessaire pour la solde des Suisses, sans que ses plaintes fussent arrivées jusqu'au rc», dont la guerre d'Italie était, à juste titre (sa correspondance en fait foi), la principale préoccupation, et à qui il devait, par conséquent, être impossible de soustraire la cor^ respondance du maréchal ? La disgrâce de Semblançay a donc dû avoir un autre motii que celui auquel les historiens se sont arrêtés, sur le témoignage de quelques courtisans mal informés. On se rappelle les protestations (ie reconnaissance de François V à l'occasion des efforts que faisait Semblançay, dans le cou*

Le premier était le frère du cardinal du Bellay, qui a joué un grand rôle sous François I**^ Leur liarration est confirmée par Brantôme, aussi contemporain des évcncmcnti, et qui entre, pourtant , dans moins de détails, mai:» du récit duquel il résulte que la duchesse d'Angoulcmc fut l'auteur de l'odieux détournement de fonds aui iifé à Semblançay. — Amelot de la Iloussayc parle dans ses Mémoires d'un reçu des quatre cent mille écus qui aurait été donm"; à SemblaïKay par la dychrssP d' Vn.iioulème, et soustrait à cclui-ci par un nommé Gentil, son cunimis, amant d'une des femmes de la duchesse. Mais l'auteur d'une estimable Histoire de François /«, Gaillard, prouve très-bien, dans une excellente dissertation sur le procès de Semblançay. que l'assertion d'Amelot de la Hun^saye ne repose sur aucun friidoinent. — Le Journal d'un bourgeois de Paris sous François I" ne s'explique pas sur les causes de la disgrâce de Semblançay.

Tèui de Tannée 1521, pour subvenir aux besoins de l'armée dltalie. Les prétendues explications entre le

Toi et le maréchal de Laulrec auraient eu lieu dans le mois d'avril ou de mai de l'année suivante. Or, cette année mèmOf au mois d'août, François l*' écrivit au surintendant deux lettres présentant, dans la recherche du problenic historique qui nous occupe, un véritable intérêt. La France et l'Angleterre étaient de nouveau en guerre, et cette dernière puissance^prenait des disposilious qui iu([uii;UiLîil Fraii^'ois i". Ce prince s'était flatté jusqu'alors de l awitie ou tout au moins de la neutralité de Henri Vlll, auquel il faisait une grosse pension. L*amhition de Wolsey ayant brisé cette alliance au profil de Charles-Quint, les ilottes anglaises ravagèrent les côtes de Bretagne et de Normandie, et débarquèrent un corps d*armée à Calais. Déjà Henri YHI et Charles- Quint se vantiîient d'envahir et de se partager bientôt la France. La situation de François l" fut, en ce moment, des plus critiques. Dans cette extrémité, il essaya une diversion, et U nta de faire harceler ks Anglais sur les frontières d'Ecosse. Il y avait alors en France deux Écossais, le duc d*Alhany et le duc de Suffolk , qui avaient voué une haine mortelle à Henri Vlll. François l*^ résolut de les envoyer en Ecosse pour lui susciter la guerre. Cette expédition devant nécessiter une dépense considérable, on 8*adressa, comme toujours, à Semblançay, qui fit d'abord ses conditions et demanda

mxm DE 8B3IBUNÇ4Y. 171

des garanties» Impatient et irhté, François l** lui adressa, à cette occasion, la lettre suivante :

« Monsieur de Samblançay , j*ay vu par une lettre que le receveur général de Beaune, votre fils, a écrit au chancelier et à mon oncle le grand maître, qu*en promettant à Madame la somme de cent mille écus pour les voyages de messieurs de Suffolt et d'Albanie, vous ne le voulûtes jamais faire ni raccorder sans promesse de vous rembourser de quelques parties que vous dites avoir fournies pour FouLarabie. Il me souvient trèsbien, monsieur de Samblançay, qu*à Theure que vous accordâtes la ditte somme à Madame, vous n'en fîtes aucune excuse ni remise sur le dit remboursement, et sçavez bien qull vous a été fait assignation de la ditte somme sur les deux cent mille livres venants payables au terme de septembre, et de ce expédiez acquits. Et quant à la partie de soixante-dix mille livres que vous dites vous être due, j^ay commendé an thrésorîer Baboa vous ca envoyer ses quittances sur les diocèses de Tours, Angers, le Mans et Bourges, où il n'y aura point de faute. Par quoy et qu'il y a encore entre vos mains tant d^autres parties, comme de monsieur de la Rochebeaucourt et plusieurs autres dont vous n'avez tenu aucun compte.

« Sçacbant de quelle importance est le dit voyage de monsieur d'Albanie, et quelle erreur irréparable ce se-

171 BSAUNB DE SEHBLAMÇilY.

roit de faire foute ou retardement pour être les choses

en étal qu'elles sont, je vous prie bien penser à tout ce que dessus et de ne faire faute de fournir la dille somme, ainsy et dans le temps que tous Tavez promis, ou autreroentjV vous avise^ st fnon afairre ei celle du dit sieur d'Albanie est aucunement empescàêe ei reiar^ dèe par cela, m*tnprendray à voire pertonne^ de Morie que Je dmneray à amwÂife à mes serviteurs que Je ne veux plus être trompé; et ^ pour ce^ faites qu'il n'y ait point de faute qu'il n'y soit satisfait. £t à Dieu, monsieur de Samblançay, qui vous ait en sa sainte garde.

tt Fontainebleau, ce ^ jour d'aoust (1522)

« François. «

Cette lettre annonçait, sans rien spécifier néanmoins, des soupçons, des mécontentements antérieurs. Quoi qu*il en soit, elle produbit un effet immédiat, comme on peut en juger par celle qui suiyit trois jours après :

« Monsieur de Samblançay, j'ai receu votre lettre

faisant responsc à celle que je vous avois écrite, cl dès hier avoir veu ce que vous me faisiez sçavoir, de la diligence et devoir que vous avez fait pour contenter monsieur d'Albanie des cent mille écus, et à quoy vous êtes demouré ensemble, de quoy je suis merveilleusement aise, et faut que vous entendiez, monsieur de &un-

BBA1INE DE SEMBLANCAY.

blançay, que la crainte que j'avois qu'il vlat faute de cette partie qui eût été le retardement de toute mon

affaire, pour ne sçavoir à qui m'en devoir prendre, fut cause de vous écrire les lettres que je vous ay écrites, lesquelles vous pensez avoir autant duré que la colère, et non plus. Car encore que Ton me dit qu'il se trouveroit de la difficulté si avois cette fiance en vous, comme j'ay eu de toutes autres choses, qu'il n'y auroit point de faute, de quoy, et de la peine que je sçais qu'avez pris pour ce faire, je vous mercie bien fui t, ^ ous priant croire que vous m'avez fait service si à propos et dont je me d<ns tant contenter, que vous pouvez vous assurer, qu'avec les autres je ne ineUiay jamais en oublyj qui sera la fin, priant Dieu, monsieur de Samblançay, de vous avoir en sa garde.

« FonUinebleau, ce 5' jour d'aoust (15â2).

« François*. »

— « Si mon afiiaire est retardée, avait dit François 1** à Semblançay dans sa lettre du 2 août, je m'en prendrai a votre personne, de sorte que je donnerai à connaître à mes servi leurs que je neveux plus ùUe trompé. » Quand un souverain emprunte ces formes de langage et se laisse entraîner à des menaces de ce genre, les prêtes* tations de regret et d'affection qui peuvent suivre ne

» BibUoUièqae impériale. Mas. Suppl. français, 3&0«13. Procif criminel de Jacques de lieaune de Semblançay t p. lOS à 113.

174 BBAUNB DE SEMBUNÇAT.

changeai rien au fond des cbosefl. Tout porto donc à croire qu*à partir de ce jour SemUançay ne se fit

pas illusion sur la bienveillance de François I"*. L'heure de sa disgrâce n'avait pas encore sonné, mais le coup était porté, et Ton n'attendait plus que le moment propice pour retirer de la plaie 1 arme fatale. Dans Tintervalle, le gouvernement ne négligeait rien pour pousser la guerre avec vigueur. On a vu qu'en liSSSO, le chancelier Du Pral avail conseillé de vendre les charges de magistrature. Les anciens magistrats protestèrent longtemps contre ce mode de recrutement des corps judiciaires ; mais leurs réclamations ne furent pas éeoutées. Plus tard, les idées changèrent complètement, et la magistrature elle-même fit, notammisnt sous la Fronde et pendant le ministère de Law, une opposition victorieuse au projet annoncé par le gouvernement de rembourser la valeur des charges. Quoi qu'il en soit, la guerre se prolongeant, la nécessité de satisfaire a ses exigences ût adopter d'autres mesures non moins extrêmes. Au mois d'août 15t^3, François ordonna de fondre, « pour luy subvenir et ayder en ses guerres de Picardie qu'il avoit contre les Ânglois, » plusieurs statuettes d'or de Téglise de Laon. Une grille d'argent, que Louis XI avait donnée à Téglise de Saint-* Martin-de-Tours, et qui pouvait valoir huit cent mille francs, eut le même sort, et le public remarqua qu'un évèque avait été chargé d'assister en personne, en qua-

BEAUNB DE 5EHBUNÇAY.

lité decommissaîredu r(n,à Tenlèvemenlde celte grille. L^année suivante, on fondit 1e& cloches des églises de

Normandie pour fabriquer des pièces d'artillerie. Ces ressources étant encore insuffisantes, on fut obligé de recourir à un emprunt. A cet effet, le roi vint lui^-mème à Paris avec la reine, la régente et toute sa C(;ur. a La cause de sa venue, dit notre chroniqueur contemporain^ fut pour les emprunts qu'il fit gros à Paris, et furent plusieurs manans et habitans de la ville mandez de par le roi pour parler a luy ^ et leur demanda argent à prester, aux ans mille livres, huit cens livres, cinq cens livres, et ainsy d^autres sommes, et aux marchans, advocatz^ procureurs, huissiers, notaires et autres gens 5 et les oi&ciers de sa maison n'estoient point payez des gaiges de leurs oifices. £t après, il demanda argent pour con« stitution de rentes de douze livres une livre, et bailla a la ville Timposition de jned-fourcliÀ (droit mis dans les villes sur les b6tes aux pieds fourchus), et la ville s V bligeoit aux habitans de les paior en rente, par chacun n, de l'argent du roy venant de ladicte imposition, et fut forcée et contrainte la ville «de luy bailler et fournir jusques à la somme de cent mil escus d'or ^ i>

Le môme chroniqueur rapporte qu'avant de faire ces emprunts forcés et volontaires, on avait emprunté, pour la fondre, de la vaisselle d'argent dans toutes /«t

* Jummal (tun Bourge<Ât de Pari», etc., p. 164 ci toiv.

m BEAUNE DE SEMBUNÇAY.

maisons de renom, et pris, par trois fois, le dixième des bénéfices des gens d'église, ce qui n'empêcha pas le gouvernement de demander, un peu plus tard, la moitié des revenus du clergé. Sur la 'prière de 1 archevêque de Sens, François se contenta du tiers, qui fut exigé dans tout le royaume* « Et là où on estoit de ce

faire refusant , dit le Journal du Bouryeois de Parisy on saisissoit les hèuélices et les mettait-on en la main du roy. »

Enfin, indépendamment des emprunts en vaisselle, en numéraire, et des retenues faites sur le produit des bénéfices et des dîmes du clergé, François I*' établit, dans lés années et 1524, des contributions extraordinaires qu'on peut évaluer à plus de cent millions de Francs, et qui occasionnèrent, dans les assemblées des pays d*États, les réclamations les plus vives \ La cause de ces réclamations est facile à comprendre. Profitant des embarras du gouvernement et de Tabsence des troupes, tous les mauvab sujets du royaume se réunissaient par bandes nombreuses, désolaient les provinces et portaient partout la dévastation. Je Tai dit en commençant, les routiers, écorcheurs et retondeuis du quinzième siècle auraient reconnu leurs dignes successeurs dans^ les mauvais garçons du seizième. On a

« fllllolrvdkIaii9iiMroc,pardoaiyaittette,liv.mvil, p. 131 et ISS.

BEAUNC BB SEMBLANÇAY. 177

VU, en outre f qa*au mois de mars le connétable de Bourbon , alors à Paris , s*étail mis , par ordre

du roi , à la tOte des archers et arbalétriers de la capitale, pour aller délivrer la Brie « de six ou huit cents mauvais garçons ou adventuriers qui faisoient beaucoup de maulx au plat pays, descjucls en furent pendus en grand nombre, mesme aucuns de leurs capitaines. » Âa mois de juillet suivant, le désordre gagna les provinces du Berry, de F Anjou, du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Limousin, du Poitou et plusieui'S autres. Écoutons encore à ce sujet Fimpartial chroniqueur du régne : « Audict an 1523 , en juillet , s'esleva au pays de Poictou et d'Anjou, plus de quinze cents advanturiers , mauivais garçons, qui pillaient et prenoient filles et femmes à force, et gastoient tout le pays dont les nobles et la commune se mirent sus contre eux; mais desdicts advanturiers il n'en fut guères tué, et en fut tué de la commune six à sept cents personnes, et estoient beaucoup d*esGoliers parmy la commune qui furent tuez ; et le roy y envoya pour deffaire et tuer les advanturiers. » En peu de temps, les bandes dévastatrices se grossirent de tous les mauvais sujets des provinces voisines. Un gentilhomme d'Auvergne, Guillaume de Montelon, (\m consentit à être leur chef, fut appelé par eux ie rai Gtàllot^ et eut sous ses ordres des trésoriers, un amiral et toute une série de grands dignitaires. Ce ramassis de brigands ravagea

BEAINB DE SEMBLANÇAY.

les (irovincrs do cetitre, pillant et rançonnant le plat

pnys. ('ixorgCîuU sans pitié tout ce qui refusait de leur donner de Targent. Un lieutenant du prévôt des maréchaux étant tombé entre leurs mains, ils le tuèrent avec un ttiffinement de cruauté qui le fit comparer à un martyr. Enfin, le roi s' étant décidé à envoyer contre eux tous les gens de guerre disponibles, Guillaume de Montelon et un de ses fils qui raccompagnait ne tardèrent pas à être faits prisonniers. Amenés à Paris, ils furent condamnés à mort et décapités. Quant à leurs complires, ils avaient presque tous été etterminés sur

place ou pendus*.

Naturelle uR'nt, les spoliations et déTastations commises dans la plupart des provinces par cés bandes de pillards rendaient très-difficile Tacquitlement des impôts extraordinaires que le gouvernement s'était vu dans la nécessité d'établir. Semblançay, qui, en sa qua» lité de surintendant des finances, supportait la responsabilité de ces mesures auprès du public, n en était pas pour cela mieux vu par la cour, surtout depuis que le connétable de Bourbon, son ancien ami et protecteur, avait quitté la France. Le départ» du connétable avait eu lieu pendant le mois de septembre 1523. C'est sans doute à dater de ce moment que la perte de Semblançay fut arrêtée daiib i esprit de Louise de Savoie.

* Journal tTun Ènargei^s de Paris, p, tbt, 166 ei 16?.

BËAUiSË DE SEaiBLANÇAY. 179

On lit ce qui suit dans un journal de quelques pages qu elle a laissé : « L an 151ë, 1516^ 4517, 1518, 1519, 15S0, 152â, sans y pouvoir donner provision, nioii tils et moi iusmes continuellement desrobez par les gens de finances * . » On verra plus loin ce qu'il faut 4îroirede cette accusatioOé Quoi qu'il en soit, des signes non équivoques annonçaient que le crédit de Semblançay toucliuU à sa ÛA. Le 28 décembre 1523, François i*^' rendît sur Tadministration des finances un édit important , dont chaque disposition dut sembler d*ailleurs grosse de méûance, et qui contenait, en malière de comjptabilité publique, les règles salutaires et fondamentales que les règnes suivants ont perfectionnées» Jusqu'à cette époque, il n'existait pas de trésorier chargé de centraliser toutes les recettes de rÉtat* L'édit de iSâ3 ayant institué cet emploi, la mesure, qui semUe aujourd'hui élémentaire, fit révolution. L'n autre abus fort commun régnait alors. Grâce à une ancienne tolérance, les receveurs conv^tissaient en monnaie de faillon les espèces d'or et d'argent versées dans leur caisse, et les reversaient sous une nouvelle loi me, avec béné- "ûce, entre les mains des trésoriers de TÉtat. Cette opération fut sévèrement défendue, et les receveurs eurent l'ordre de remettre aux trésoriers les espèces mêmes

^ Mémeins tur fkiiMn dê Frtmeeg eoUeeUflo PMitoi. — Règne de Françoii I^»

180 BEAUNB DE SEHBLANÇAY.

vcrséc*8 par le publie. Désireux en même temps d'imposer des bornes aux sollicitations dont il était l'objet, François i*"^ s'interdisait de luire aucun don avant que . les dépenses du dernier quartier de Tannée eussent été payées. Il est vrai qu'une exception était faite pour les présents aux ambassadeurs étrangers etles sommes dcstinéesaux menus plaisirs du roi. Ën résumé, Tédit de 1523 renfermait d'importantes améliorations et des garanties qui ne pouvaient que tourner au profit du bien public.

A 1 époque où cet édit avait été rendu, on gardait peutrêtre encore quelques restes de ménagements envers Seniblançay, ils durèrent peu. Au mois d'avril suivant, le président de Fresnes recevait Tordre de retirer au surintendant la garde de ia vaisselle du roi et de sa mère, et de garder lui-même à l'avenir celte vaisselk". Quatre mois après, le 20 août 1524, François 1"*, sur le point de partir pour sa fatale expédition d'Italie, faisait au président de Fresnes la recommandation sui* vaille : « Je vous prie que vous trouviez moyen de recouvrer promptement à Paris de tels ()ersonnaiges que adviserez autant d'argent que vault ma vaisselle qui vous a esté délivrée par monsieur de Semblançay »

Les dissentiments qui existaient entre François 1'^ et Semblançay avaient d'ailleurs éclaté environ six

* Archives imjicrialc?, section historique; k. lOi. — On trouve à la su; le (le CCS deux lettres l'invenUiire de la Taissollo qui apjparleuait m 10 moutcnt à Françûd 1*' et à sa mère.

BËAUNE DË SËMaLANÇAY. m

uiois auparavant. Le 11 mars 152i, le roi avail nommé une commission chargée do procéder à Texameii des comptes de son ancien surintendant. Une fois Télan

donné et parti de si haut, les attaques contre Setnhlançay ne manquèrent pas. On l'accusa, rapporte un contenirporain, d*aToir acheté des hiens immenses, notamment la seigneurie de Laigle, en Normandie, payée par lui, disait-on, quatre-vingt nulle écus d'or à un complice du connétable de Bourbon, le baron de Penthièvre, qui avait quitté la France immédiatement après cette vente pour aller combattre François 1" sous les drapeaux de Charles-Quint * • De son côté, Semblançay réclamait formellement au roi des sommes considérables qu'il pré« tendait lui avoir prêtées pour les besoins de la guerre, au moyen d'emprunts faits, sur son propre crédit, à divers banquiers de Paris et de Lyon, et dont il n'avait pas été remboursé.

La commission extraordinaire à laquelle François l" avait coniié le soin d'examiner les comptes de Semblançay se composait d*nn président au parlement, nommé Guillard ; de Jean Sallat, maître des requôtes a l'hôtel du roi -, d un conseiller maître des comptes, appelé Badouilier; de deux auditeurs de la chambre des comptes^ d'un contrôleur des giierrcs, Lambert Meigret, et d'un comptable de Bordeaux, du nom de

* Journal d'un Bourget^ de Paris, etc., p. 196.

m BBAUNE Dë SEMBLANÇAT.

Bapponel *. On peut croire qu*une impartialité des plus sévères n*avait pas dicté les noms de tous les eommîssaîrcs. Le président Guillard avait été employé en 1510, pîïr François I", dans les nombreuses démarches souterraines qu'il fit à cette époque pour son élection à TEmpire. Soit candeur d^esprit , soit raffinement de flaUerie, le président Guillard aurait voulu que François l*' s'abstint de toute sollicitation et s'en rapporté! A ses mérites seuls*, mais celui-ci lui fit comprendre que cet excès do confiance pou\ ail avoir des incDrivénients'. Il buivil donc une marche cou traire et dépensai mais en vaiui dés sommes considérables pour gagner les électeurs. Une fols entre autres, à bout de ressources, il s'était enfermé pendant trois jours, c'est une pièce officielle qui le constate, avec Semblançay, le trésorier Babou et autres gens de ses finances, pour trouver de quoi suflire aux dépenses de l'élection*.

Ainsi qu'on devait s'y attendre, Semblançay protesta contre le mode de nomination do tribunal qui devait le juçxer; il récusa môme cinq de ses membres, ses ennemis notoires, dont trois venaient d'être pourvus des emplois que lui et les siens avaient occupés jusqu^à ce

t ftikUottièiiue impériale. Mu. 8. P. d« 860. ProccM criminel de Semblansayt p. a.

* Une Éleetim à V Empiré en 1519, par M. Mignet; Revue des fmiX Mondes, du 15 janvier 1854, p. 232.

* Une liUcitoH à l Empire en Ibib, p. 2kB,

jour. Il prétendit en oulre que, dans son déplaisir d V yoîr été obligé de contribuer aux emprunts forcés et

et autres levées de deniers dont il le supposait Tinsligateur, le conseiller Badouiiler avait dit (^u il voudrait bien être une fois le juge de Semblançay pour le faire pendre et étrangler. Mais les protestations et récusations que Suoiblançay renouvela à plusieurs reprises jusqu*è la fiu du procès ne furent pas écoutées et eurent le sort ordinaire de ces sortes d'actes* La commission passa outre'. Repoussé sur ce point, Semblançay essaya sans doute d'éluder les injonctioas de la cpaïa^is* sion et de gagner du tepups, dans l'espoir de déjouer Tintrigue ourdie contre lui. La lettre suivante que le roi lui écrivit le 9 mai 15!â4, ^ut pour objet d§ m^iif^ fîn i ces délais ;

« Monsieur de Semblançay, vous sçavez que depuis la Toussaint en ça, je vous ay dit et fait dire que vous eussiez à mettre en la cbambre de mon conseil à Blois tous les originaux des états tant générauic que particuliers, registres et autres papiers que vous avez devers vouS| du fait de mes finances, depuis mon avènement à la couronne jusques à présent, ce que vous n*avez en< corerait. A celle cause, je vous commande et ui duiiue très-expressémeut que, dedans trois semaines , vous

* Procès erimhiel de Semblançay, p. b bl9, 9 to. 24 (il*

184 BEAUiNE DE SEMBLANÇAY.

ayez à y satisfaire entièrement , et qu'il n*y ait faute ; autrement, j'ay commande qu'on vous mette dans la Conciergerie du palais à Paris, pour après, par la jus* tice, vous contraindre à ce faire ^ de quoy ]'ay bien voulu vous avertir.

K Blois, le 9 de mai 1524.

« François ^

Semblançay fut donc obligé de s'exécuter. Le lundi 6 juin 1524, il comparut au château de Montils-sou»* Bois devant les commissaires qu'on lui avait donnés, et, tout en maintenant ses récusations, il offrit « de bailler par état et écrit ce qu'il avait reçu pour le roi et la dame sa mère, et de le signer et affirmer comme s'il dev:ul muni ir dans une heure. » Sur ces entrefaites, le roi étant parti pour Tltalie, Louise de Savoie renou-* vèla, en sa qualité de régente, les pouvoirs des commîssidres chargés de la vérification des comptes de Semblançay et recommanda qu'on y procédât sans délai. Semblançay présenta alors un compte duquel il résultait qu'il lui était dû finalement par le roi la somme de neuf reut treize mille neuf cent quatre-vingt-dixhuit livres, sur laquelle il devait lui-même à plusieurs banquiers de Lyon cent vingt-neuf mille huit cent soixante-six écus. Quant à la récente, elle l eclaniaità

^ Procès criminei de Smblanfajf, p. i K

BËAPiNË DE SEMBUNÇAY. 185

Semblançuy, dcducliou iailc i!c ce ([u'il avait payé pour elle, la somme de sept cent huit mille quatre-vingtdix-sept livres, ce qui, en ayant égard à ces prétentions contraires, constituait une différence d'un million six cent vingt-deux mille quatre-vingt-quinze livres, soit d'environ (Quarante millions de nos jours ^

n serait fastidieux pour le lecteur de pénétrer dans le détail de ces démêlés d'argent. Scmblaiiçay soutenait que, n'étant pas comptable et n'ayant fait que procurer au roi, sur son commandement et celui de sa mère, rargeiiL nécessaire aux besoins du royaume, il ne pouvait être assimilé à un comptable et soumis aux mêmes règles ; mais l'avocat du roi demandait, au contraire, que toutes les justifications exigées des comptables ordinaires fussent produites devant le tribunal ^ Un litige relatif à une somme de trois cent mille écus, qui donna lieu peut-être à la version adoptée par les historiens et dont il a été parlé plus haut, joua surtout un grand rôle dans le procès. Les gens du roi prétendaient que Semblançay devait être condamné à faire figurer dans le compte de rargeiit reçu pur lui pour la régente, une somme de trois cent mille écus au soleil que le roi

1 Pneè$ criminel de Smbkmçajf, p. 86 et saiv. — D'après une autre pièce du procès, p. la somme restant due à Semblan^y, dédaetion Mte de celles qa*U avait reçues, n'aurait été que de 5S9«ai4.

* Proeèt criminel tfe Smblançaf, p. 35 bis et 4S Mi.

BEAUNË D£ SEMBLANÇAY.

catholique avait versée entre ses mains pour la contribution du royaume de Naples pendant les années 1519 et I5S0, et dont la régente avançait que son lils lui avait fait don. Semblançay reconnaissait bien avoir reçu cette somme; mais, suivant lui, il l'avait bientôt après taillée^ pour les affaires du roi et par flon ordre, aun trésoriers de Textraordinaîre des guerres. \j\ plus grande partie de la discussion roula sur cet incident, qui est néanmoins resté fort obscur. Une des pièces du procès constate qu'au mois de février 4521 le roi devait à Semblançay la somme énorme d'un million cinq cent soixante-quatorze mille trois eent quarante-deui livres, dont celui-<ci avait, il faut le dire, emprunté la plus forte part à ses amis. Un des commissaires, Lambert Meigret, présenta (spectacle singulier 1 ) la défense de la régente. Semblançay fut défendu, avee un grand luxe de citations latines, par un avocat du nom d'Émery Lopin qui invoqua

* Les extraits suivants du plaidoyer d'ËiiK ry Lopin, reproduit en entier dans le Procès criminel de Scmbl<mçay , donneront une idée des formes du lûirrrnu à cette époijuc. ■ Il appert, disait-il, dc> lettres de madite dame ( la ré!j;ente) qu'elle veut et ordonne qu'il soit «ub- ▼enu au roy en toutes manières possible;!, ce que ledit de Beauue aurolt fait en emplovant ladite somme (de 80,000 écus) ; et sic impln-it mnndatum, saKon xqu'ipollens mandtifo. Car le roy a esté secouru, (ionséquemment, Madame est tenue avoir l'emploi de ladite somme pour agréable, supposidve srmpcr logucndo, si elle faisoit apparoir ladite tttam»:* Ël «i luadiU tiamc a ^^A^^ié gu'elia uimuii

BEAUNE DE SEBIBLANÇAY.

très-babilement les lettres écrites, il y avait a peine

deux ans, au surintendant par François l*"^ et sa mère. Ces lettres se rapportaient au temps où le roi créait toates sortes d offices de magistrature et de finances, et faisait un appel à toutes les bourses, mOnic à celles de ses plus humbles serviteurs, sons pouvoir suilire aux besoins les plus urgents. Comme, à cette époque, l'intervention de Bemblançay parvenait seule à procurer au roi l'urgent indispensable pour soutenir la guerre, rien n^était épargné pour stimuler son zèle. Le danger passé,' les protestations prodiguées dans les temps de détresse étaient oubliées, ou plutôt, le poids de la reconnaissance eu faisait autant de griefs d*aatant plus redoutables qu'il était même impossible de les réfuter.

Après une procédure de dix mois, lu commission prononça, le 27 janvier 1525, un arrêt qui ne satisfit

autant mourir que de voir le roy en nécessité, multo fortius a entendu que tous ses biens y soient employez.... Et si ledit de Beaune, après tant de lettres missives et rescriptiuns de madite dame, eust gardé ce qu'il eut eu ou pu recouvrer des biens et deniers de madite dame, ô deux! sans l'employer auxdilcs afTaires, il eust esté grandement à reprendre et n*cu eust esté contente, Madame. Igitur, doit avoir remijloi pour agréable.... — Outre, parce que Madame a reçu le prétendu e$tut, duquel ledit Heigret s'aydc contre ledit de fieaune, auquel pst contenue ladite somme avoir esté employée par le mandenifiu du Roy et de Madame; et reeipiendo simpliciter sine cùniradlelhone, censetur omnia comprobare juribus et rationibus supefiiif deductu, • Procès ctiimine^ de-Semblaneay, p. 2î0 et auiv»

BEAUNË DE SEMBLANÇAY.

personne. L'arrOl duniia, à la vérité, gain do cause à la régenle sur la quesUoa des cent mille écus -, mais, en même temps, il reconnut que le roi restait débiteur envers Semblançay de plus de trois cent mille livres. Le commissaire Lambert Meigret déclara le lendemain « qu'il appeloit de la sentence en ce qu'elle faisoit contre le roi, mais quil y acquiesçoit en ce qu^elle faisoit contre la régente. » De son côte, maître Émery Lopin interjeta appel au nom de Semblançay

Certes, la commission avait dû obéir à l'évidence en ne condamnant pas Semblançay sur tous les points. La régente, qui était sur les lieux, et dont les intérêts, Tbonneur même, étaient gravement engagés dans Taffaire , avait^lle bien respecté l'indépendance des juges choisis par elle ? Il est diftîcile d admettre cette bypothése. Quoi qu'il en soit, la lutte allait recommencer sur un antre théâtre, avec nne animosité nouvelle, devant de nouveaux juges également désignés après coup, par une des parties.

1 Proeè$ erhninél de Semblançay, p. 172 Uis,

* im,, p. B12.

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