CHAPITRE V
La haine du chancelier Du Prat contre Semblancay survit à la mort de ce dernier. — Leur*' odieuse qu'il écrit pour demander que le cyrps du surintendani, que ses parents a\ aient fait inhumer, suit de nouveau suspendu au gibet de Mootfaucon. — Les recherciies ordonnées dans M sens KWitsuapendiies.— Condamiiatioa d'aolres finaocienet da fils d« SsmbJancay. s'expatrie, rentre en France au bout de deux ans, et est réintégré dans sa chaîne de trésorier des finances. ~Tou8 les contemporains de Seniblançay ont considéré sa condamnation comme une injustice. — .Murî du cliaiirelier Du Prat — François I*^ s'empare de ses biens. — Mol d un aiuine deMaicoUâsis 4 ce iui au sujet des jugements par commissiou.
Ou devait croire que la haine et la vengeance des ennemis de Semblançay auraient été assouvies par la
coiiliscation de ses Liens et par le supplice infâme auquel ils Tavaienl fait condamner. 11 n'en fut point ainsL Environ douze jours après son exécution, des parents et quelques amis fidèles l'ayant enlevé pendant la nuit des fourches de Montfaucon et inhume en lieu saint, le chancelier Du Prat eut le triste courage de dénoncer le fait au grand maître de Montmorency, de service auprès du roi* En même temps, le chancelier proposait
BBAUNE DB SGUBLANÇAY. iQT
de faire exhumer le corps du suriotendant^ de le remettre au gibet, et de rechercher et faire punir cuiix qui rayaient enlevé. 11 est nécessaire, je le comprends, d'apporter la preuve de cette aasertioni déplorabla témoignage des paseioiift et de la barbarie des mesura du temps. La lettre suivante de T impitoyable cliancelier ne laisse malbeureusemeut aucun doute à ce sujets
« Monseigneur, parce que escripts au Koy, enteiH
drez ce que avons faict avec le cardinal en vostre absence, que ne rapportcray pour ne user de redicte,
« Au demeurant, Monseigneur, j'ay reçu dépesehes, par lesquelles on me mande que madame de Semblançay s est rendue religieuse à Ilyerre, et que leu le sieur de Semblançay son mary fut despendu la semaine passée, envyron à mynuyst et fut enterré aux Cordeliers ou Âugustins : ce qui ne se peut faire par autorité et commandement d'autre que le Roy. Si telles choses sont souffertes, Ton en entreprendra bien de plus grandes: j'uurois advisé, s'il plaist au Roy, que Ton faict anquérir que s il y a aucun de cesle conjuration qui veiUe révéler ses compaignons, il aura pardon et cinquante escuz, et après avoir trouvé ceulx qui Tauroui faicte, les fauldra puguyr selon 1 exemple du cas,
^ Bibliothèque impériale. Mss. Fonda Bétliune, n« 857 p.
208 BEAUNE DE SEMBUNÇAY.
ei tnennement le désenierrer et rapporter ou ils tcni pris,,,
« Ëi sur ce, Monseigneur, après in*estre recommandé de très bon cœur à vosire bonne grâce, prieray le Gréa*
leur vous doinier bonne vie et longue.
« Â Amyens, ce d aoùU
« Caeddul HE Sens, chancbuer de France. »
Peu s'en fallut que ce triste conseil ne fût suivi à la lettre. Pendant quelques jours, le gouyemement fit iaire des recherches pour savoir ce qu'était devenu le corps de Sembiaiiçay -, mais Fraii<,ois i''^ comprit sans doute enfin combien cette persécution s'acharnant contre le car davre d'un vieillard de soixante-quinze ansétaît'odieuse, et les poursuites comuieiicées furent abaiidoniiécs. La famille du surintendant se trouva ainsi tacitement autorisée à le faire enterrer en terre sainte, et,son corps fat da moins laissé en repos
La condamnation de Sembiançay en entraîna, comme cela avait lieu d'ordinaire en pareil cas, plu^ sieurs autres qui furent, de même que la sienne, basées sur des motifs de péculaL Do peur d'avoir le mêuie sort, un de ses parents, qui Tavait quelquefois remplacé, Michel Menant, s'enfuit à Valenciennes. Le trésorier général des finances de Bretagne fut mis à la
* Jfmrnal d'm Bourfeoii de Fariit etc., p. 309.
Bastille et condamné à une amende de quarante mille livres, indépendamment de la perte de son ofGce. Enfin, le baron de Semblançay avait un fils, Guillaume de Beaune, qui était trésorier général des finances* Celui-ci voulut d'abord faire téte à Torage et sauver les biens de son père. D*accord avec Jeanne Ruzé , sa mère, il fit rédiger une protestation dans laquelle ^ les juges de son père et le chancelier Du Prat, n'étaient pas épargnés» Traduit lui-môme pour ce fait devant la commission, il eut à]^se défendre d'avoir eu des intelligences avec son père pendant qu'il était à la Bastille et d*avoir cherché à le faire évader. Pré- Yoyant que cette accusation pouvait devenir sérieuse, il quitta rapidement la France et se retira à Cologne. La précaution n'était pas superflue; en effet, un nouvel arrêt de la commission le condamna , pour insulte à la justice et au cardinal, non-seulement à faire amende honorable à ce dernier, mais encore, disait Tarrét, «i à estre mené en un tombereau, la corde au col, aux halles de la ville de Paris, tourné au pillory, flétri au front d'une fleur de lyz de 1er chauU, banny â perpétuité du royaume, ses biens confisqués. » L*arrèt stipulait en outre îquatre-vîngt mille livres d amende pour le roi et deux mille livrer pour le cardinal.
En même temps, un avocat de Tours, qui avait rédigé rappel de Guillaume de Beaune, ainsi que Jean
«0 B84QNB K SBHBURCAT.
Ruzé, raeereor général, son parent, et plusieurs autres furent condamnés par une nouvelle commission
qu'on avait préalablement chargée de revoir le procès de Semblançay , à faire amende honorable, tète nue, à genoux, une torche ardente à la main, et à payer une somme considérable tant au roi qu'au chancelier Du Prat'. Bientôt pourtant, un autre arrêt remit à Guillaume de Beaune les pénalités prononcées contre lui et autorisa sa rentrée en France, sous la seule condition de iournir au roi un état de divers prêts faits à des particuUers par Beaune de Semblançay, et que Ton croyait n'avoir pas été remboursés. Peu conBant dans les assurances qui lui étaient données , Guillaume de Beaune hésita pendant quelque temps à revenir en France ; il s'y décida toutefois, au mois d'octobre 15:29 , vingt-sept mois après la mort de son père, après avoir obtenu des garanties, et il fut luème réintégré dans la charge de trésorier des finances qu*i1 avait précédemment exercée* Notons que, deux mois auparavant, un ancien gardien de Semblançay, convaincu de lui avoir fourni les moyens de correspondre avec sa famille, avait été pendu sans pitiés
Ainsi finit cette lamentable intrigue de cour. Tous les historiens du temps et ceux de la génération suivante
*■ Aicfalfes do l'empin. Registre du des Cbartes, J. iki, TOI. V, LUI ^oitPiteetJutHkaHves, n* 16). * JwfmU d'un SfmrgeiM de Parti, elo., p. ass et suIt., el tST.
BËàUM DE SëMBLANÇAT.
ont considéré la condamnation de Semblançay comme un effet de la vengeance de la duchesse d*Ângoaléme et de la jalousie du chancelier Du Prat. Un
annaliste coiUcmporain dii formellement c[ue ce chancelier, qui (lait, suivant lui, le plus méchant des hommes (bipedum ommum fuquianmw)^ avait intimidé les juges ^ On aurait compris que Semblançay eût été sévèrement puni s'il avait donné a la duchesse d'Ângoulème, sans TautCNrisation du roi, ainsi qu'on Ta dit jusqu'à présent, eette somme de quatre cent mille écus destinée à Lautrec, pour faire face aux besoins de l'armée dltalie. Mais rien, dans les documents officiels, de même que dans le résumé du procès lait à Semhlançay, ne confirme cette assertion. Rien ne prouve, en outre, qu'il ait été coupable de d^ malversation avérés, manifestes, car les arrêts des deux commissions qui le jugèrent n*ont aucune valeur morale. Les contemporains, si enclins d'ordinaire à accueillir les accusations dirigées contre les ministres chargés de la levée des impôts, sont généralement favorables à Semblançay. On a vu le rôle odieux que joua dans cette affaire le chancelier Du Prat La justice divine ne le laissa pas jouir longtemps du fruit de ses lâches complaisances et des im-
1 Remm çitUleênm çmmenkarhm, antoie Bekuiot 463j>, nbar Xvn» p. 109.
m mAUm DE S£MBLAMÇAT.
mcnses richesses qu'elles lui avaient procurées. Atteint, dit-on, vers les dernières années de sa vie, par suite de son immoralité , de maladies pour lesquelles il (luL se soumettre aux plus cruelles opérations \ il mourut en io35, au faite des honneurs, mais sous le coup d'une impopularité que de grands services rendus, notamment la part qu'il prit au concordat, n'ont pas encore atténuée.
Ce Bourgeois de ParU^ que f ai souvent cité dans cette étude , dit que le chancelier Du Prat était fort redouté, et il ajoule que u François I" Taimoit moult, parce qu il estoit très habile homme, et scientiiique et subtil* » Or, il est curieux de voir L'estime que François faisait du caractère de son chancelier. Celui-ci n'était pas encore trépassé, que le roi envoya Tamiral do Bryon mettre le scellé sur tous les meubles et Targent du moribond* Puis, à peine eut-il rendu le dernier soupir, qu'on prit dans ses coffres environ neuf cent mille écus et toute sa vaisselle d'or et d'argent, indépendamment d'autres biens dont François P' s'empara aussi. « Le bruit couroit, dit encore le Journal du Bourgeois de Faris^ que le roy en amenda de moult grands deniers, et monstra qu'il fut son principal héritier, car il avoit acquis merveilleuses finances^ » Â la
i Rmm galilearum commentariium, etc. Ibid.t p. lOS*
* Joumul ^un. BourgeoU de Paris, etc., p. 43& et 400 et bqIv.
beaunë de sësiblamçay.
vérité, OU leurra les héritiers du cardinal d'un espoir de remboursement au bout de neuf années ; mais ils attendirent toujours en vain la réalisation de cette promesse. Oij lait observer que François \*' avait agi de la sorte en 1520, à Tégard du grand maitre de France, Gouffier, et que, plus tard, il s*attribua delà même manière, les biens d'un lU'veu du cardinal lîoliier Quelle meilleure preuve veut-;OQ de iiuuoceuce de Semblançay?
Un illustre et savant scrutateur des faits concernant l'histoire nationale, Étienne Pasquier, raconte que le roi François visitant un jour le couvent des Célestins de M arcoussis, s'arrêta devant le tombeau de Jean de Montaigu,qui avait joué un rôle considérable et exercé les fonctions de surintendant des iinances pendant la démence de Charles VI« Comme François V* s*étonnaît que ce personnage eût été mis à mort par ordre de justice^ nonobstant les grands services qu'il avait rendus à rÉtat, « il y eut, dit Etienne Pasquier, un moine qui respondit au roy d'une parole assez brusque, qu'il s*abusoit aucunement , parce que le procès du sieur de Montaigu n'avoit été fait par juges, mais seulement par commissaires ^ »
> EêSiUaiirUt pled^Antùlne DuFntt, par M. le marquis Du Pntt p. 103.
* ttechereka sur la France^ liv. VI, chap. vin.
m BEAUN£ DE SEMBUNÇ^Y.
Il faut croire, pour Thonneur de François T*'^ que le procès et la condamnation du malheureux Sembknçay étaient, à ce momeat, dea iaita consommés.
LE CUEVALIER