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La missioD de Vao den Enden était remplie. Rien n^exigeant plus sa présence à Bruxelles, il en partit le
10 septembre pour Pans, où il arriva par le coche, au bout de sept jours, la tète pleine d illusions, et persuadé que, grâce au succès de ses négociations, il naît assister et prendre une part active à des évéuomeuts dont l Europe entière ne tarderait pas à éprouver le contre-coup.
Heureusement pour les peuples, pour la morale, pour riiumanité, la plupart des conspiralions avortent misérablement au moment où ceux qui les ont tramées au péril de leur vie se croient le plus sûrs de toucher au but de leurs clloi ts.
On se souvient qu'en 1672, le gouverneur du Havre avait signalé à Louis XIY les menées d'un individu soupçonné de projets séditieux. Plus tard, au mois d'avril 1674, le roi avait informé le premier président du parlement de Normandie des démarches tentées par des gens de la province auprès du comte de Monterey. L'absence de toute indication au sujet des auteurs de ces tentatives prouve jusqu'à l'évidence qu'ils étaient, à cette époque, complètement inconnus. Le hasard, un hasard heureux et providentiel mit, peu de temps après, le gouvernement sur la voie des coupables* Il y avait, parmi les élèves d'Aflinius Van den Ënden, un gentilhomme du nom de Ducaux. 11 remarqua les fréquentes visites du chevalier de îiulian et de La Tréau-
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mont à Van den Enden^ fut surpris de rintimké qui
s' était formée entre eux, en rechercha les causes, les découvrit, et, quand il fut bien sûr de Texistence d'un complot, le dénonça au roi. On se figure quelle dut être la stupéfaction de Louis XTY, en apprenant qu'il y avait, dans sa cour même, un homme sorti d'une des plus grandes familles du royaume , qu*îl avait jadis comblé de ses bienfaits, et qui tramait le renversement de la tiiuiiarcliie, rétablissement de la république et lintroduction des ennemis dans une place française. Le gouvernement s'assura sans doute d^abord de la véracité des faits exposés dans la dénoncialion qu'il avait reçue. Une lois iixé sur ce point, il mena TaU'aire avec une vigueur, où l'on reconnaît, du commencement â la 6n, Vaction combinée de Colbert et de Louvois. Le 44 septembre 1()74, c'est-à-dire le lendemain du jour où Van den £nden avait quitté Bruxelles, le* sieur de Brissac, major des gardes du corps du roi, arrêta le chevalier de Rolian, entre midi et une heure, dans la chapelle même du château de Versailles. Immédiate* ment après avoir pris les ordres du roi, Brissac partit en poste pour Rouen, avec quatre gardes du corps, pour arrêter La Tréaumont et ses domestiques. 11 arriva à Rouen le 4â septembre, à six heures du matin, cou- ' rot chez le premier président pour savoir la demeure de lîa Tréaumont et s'y rendît en toute hâte. L'ayant trouvé au lit, il lui dit qu'il avait ordre de Tarréten
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A ces mots, La Tréaumont se leva, entra dans an cabinet, et reparut presque aussitôt avec deux pistolets armés : « Me voici, dit-il alors à Brissac, mais vous ne m*aurez pas. ^ Vous êtes donc bien coupable? répondit Brissac. — Oui, mort Dieu, je suis coupable. » En ce moment, une mêlée affreuse eut lieu dans l'é- Iroite pièce où se passait cette scène. Trois gardes du ' corps venaient d*y entrer. Brissac ayant mis Tépée à . ' la main, La Tréaumont tira sur lui ses deiyc pistolets et tua un des gardes. Dans T excitation de la lutte, un autre garde déchargea sa carabine sur La Tréaumont et le blessa mortellement. Celui-ci vécut cependant encore dix-huit heures, durant lesc[uelles Brissac et le premier président Pellot n'épargnèrent rien pour lui arracher Taveu de son crime et la dénonciation de ses complices. « Nous avons mesme employé, écrivit le président Pellot à Louvois, le 13 septembre, le père Patrice, augustin déchaussé, bien intentionné, pour le consoler et voir si, par le remords de conscience, il ne Voudrait rien déclarer; mais cela a esté aussi sans effet et il a persisté dans son obstination, en tenant des discours de fanfaronnerie el de vanité. » Vers le soir, La Tréaumont ayant demandé du papier pour écrire, Brissac, qui ne T avait pas quitte un seul moment, s'attendit à une révéla- ^ lion importante. Quelques iusLants après , le moribond remit au major de la garde un papier qu on peut
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Toir eoem dans les pl^cet du procès et qui contient les mots suivaots tracés d'une main mal assurée : « Je ne ?OQS ai point dit que j^estois coupable ; mais la peur ne m*a jamais surpris et vos menaces ne me tireront
rien » Pressé de questions, il répondit de nouveau qu'il n'avait rien à se reprocher, qu'il s'était, à la vé« ril^, élevé contre Timposition du Tiers et Danger, mais qu'il ii avail fait (jue suivre en cela l'exemple de tous les gentilshommes de la province ^ que d'ailleurs , si Ton avait voulu l'employer, il aurait bien servi le roi. Ses forces Tabandonnant, il se confessa, reçut les sacrements pour la forme et mourut vers minuit. « Un homme, mandait à ce sujet le président Pellot à Louvois, qui avoit entrepris non-seulement contre l'Etat, mais encore contre la religion, comme vous verrez par son projet, devoit estre en effet bien endurci', »
De nombreuses arrestations suivirent celle du chevalier de Rohan. Les plus remarquées furent celles d'un jeune officier à son service, le chevaUer de Préaux, neveu de La Tréaumont *, de plusieurs gentilshommes
normands parmi lesquels figurait le marquis de Sour-
< Efblioilidqnt impérlato. Un. SitfpUmmi franfoit^ n* STO, à la # fin da voliiDW.
* Mff. 600 Colbert, o» nS; voir p. l à a, pour lesdétaib de rarreitatian.— Steppléaciif>afi(alf , n? S70 ; lettre de Oaiide Pellot, 4n 18 lepteiiilire 1674.
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dcval^ d'un conseiller au parlement (]e liouen, nommé d'HwbeviUe, et d'une demoiselle Renée Maurice d'Ode Yillers, qui possédait, dans les enyîrons de Versailles, un château où Ton savait que le chevalier de Rohan allait souvenu Van den Enden et sa femme furent arrêtés par le major de Brissae.
A son ari'ivée de Bruxelles, Van den l'iulen avait appris par sa femme Farrestation du chevalier de Rohan. 6a première pensée fut de retourner en Belgique. Pour plus de sûreté, il se revêtit d*un grosner sarrau de toile. Il attendait le coche avec sa femme, à la Ghapelle-Saint-Denis, lorsquè le major de Brissae arriva et le fit prisonnier. Le 24 septembre, une déclaration royale chargea les conseillers d'État de Besons et de Pommereu de rinstruction du procès. Le lendemain, une autre déclaration nomma procureur général de l'affaire Nicolas de La Reynie, qui cumulait alors les importantes fonctions de lieutenant général de police, de conseiller d'État et de maître des requêtes de l'hôtel *.
Messieurs de Besons et de Pommereu procédèrent
1 Mts. ftOO Golbert, n* 326,p. 1 à 1 1. L« maîtres des requêtes de rhâtel étaient Instttoée pour eomulln, en roattère dvite» des flsases personnelles des oflUlers du roi i ils connaissaient aussi, en matière criminelle, des faux conmiis dans les lettres du snnd sceau royal. {Tniié d» Vintirucilm erimUuUe, par H. Fanstin Hëtle, 1. 1, p. 611.)
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immédiatement aux interrogatoires des ii«eu«és tt à
l'audition des témoins. De son côté , le premier prési^ dent Pellot, désireux de faire oublier te peu de pen^icacité qu'il avait montré dans cette ofiaire, tto.néglin geait rien poiii iacililcr ractiou du gouvernement. Chaque jour, il rendait compte à Louvois et à foUiart de la situation de la province et du résultat de ses-în?: vestigations. C'était le moment où la noblesse de Normandie souffrait particulièrement de Timpôt du Tiers et Danger et de la convocation de Tarrière-baD, Ces inquiétudes de l'opinion se reflètent dans une lettre que le président Pcllot avait écrite à Colbert, le 13 septembre, c'est-à-dire le lendemain mômç de l'arrestation de La Tréaumont, et qui contenait ce qui suit :
« Toute la noblesse de l'arrière-ban s'est assemblée ici il y a quelques jours, qui ont fait assez de bruit contre le Tiers et Danger et mesme, au lieu de songer à marcber, ont parle de députer au roi; mais M, de Beuvron leur a fait entendre comme il faut qu'il les feroit arrester, Moy, de mon costé, je leur ai dit qu'ils dévoient attendre tout ce qui est raisonnable de
la bonté et de la générosité du roy Par ce que
nous a dit La Tréaumont et par les choses que nous avons apprises d'ailleurs, nous avons su qu'il se servoit du Tiers et Danger et des exécutions, qu'il supposoit moschamment cstre plus violentes qu'elles ne