‹ Trois drames historiques Euguerrand de Marigny, Semblançay, Le chevalier de RohanChapitre 14 sur 44 · I.Ë UIËVAUER DE ROHAN · texte numérisé non relu

I.Ë UIËVAUER DE ROHAN

sont, pour tascher de les émouvoir et destourner de leur dessein' »

Deux jours après, ]e 15 septembre, ie président PeU lot écrivait à Louvois :

« Toute la noblesse part tous les jours d'ici, et je crois que demain ou après demain il n'en restera guère plus. Elle 8*en ya paraissant à présent bien intentionnée et bien satisfaite de ce qu'on luy a dit. Il nous est revenu de tous costez que La Tréaumont a l'ait tout ce qu'il a pu pour la mettre d'une autre humeur, en taschant de Tesmouvoir sur le sujet du Tiers et Danger, et je crois que c'estoit la principale cLiose de son volage en cette ville. Mais, Dieu mercy, il n'a guère réussi dans ce dessein, non plus que dans les autres criminels et téméraires qu ii avoit. Quoiqu'il eût été à souhaiter que Ton eût pu foire une justice exemplaire d'un si grand scélé* rat, néanmoins Taccident qui est arrivé ne laisse pas que de faire un bon effet et de rendre un chacun sage, puisque Ton voit que Sa Majesté est si bien advertie et donne de si bons ordres qu'il est bien difficile que Ton entreprenne contre son service sans que Ton soit bientôt découvert^. »

Naturellement, le complot de La Tréaumont avait dû faire une grande impression sur la province* Du 15 au

> aibliodièque impériale. Mes. Uiiret adrméet à Colberi; année 1614^ i sa date.

* Bibliothèque impériale. Use. Supplémmi frtmçaH, n« 810.

LE CHEYAUER DE HOHAN

30 septembre, les arrestations se succédèrent. Celle du comte deCréqui-iiernioiie tit surtout beaucoup de bruit, car il était d'une des familles les plus considérables du pays, et Von voit dans une lettre du président Pellot, que le procureur général au parlement de Normandie se rendit avec madame de Créqui à la cour, pour intercéder en faveur du mari de cellensi. Une capture plus importante fut celle d'une dame de Villars, de qui Ton trouva aussi trois lettres qui jouèrent un grand rôle dans le procès, et déterminèrent, de la part d*un des principaux accusés, les aveux les plus compromettants. « C'est une femme, écrivait le président Pellot à Louvois, le 1*^ ociobre,qui s est faite catholique depuis peu, plus pour se mettre à couvert de la mort de son mari qu elle estoit accusée d avoir empoisonne, que par de :bons sentiments; elle estoit, à ce qu'il paroU, par toutes ses lettres en grande intelligence avec le chevalier do Préaux pour l'épouser »

Le président Pellot disait en outre à Colbert, dans une lettre du â octobre, que madame de Yillars avait eu deux maris, et que le dernier, qui était de la religion réformée, a n'étoit pas mort sans soi\pçon de poison qui pesoit sur elle ^. »

* Bibliothèque impériale. Mm. Supplément français, n* 810.

* IêUtu adretiéet à Colbert; à «a date.

GHAPITRË ill

PniBÎtn interrogatoires do chevalier de Rohan. - Set déDéfitiont.

«—Il est ehai^dès le début par Van dcn Enden. — Préoccupation que î'riTiin' «'a^isnit aii gouvfrnrînont — Louvois vrx ir^torroger Vaû den Eodeu à la Bastille. — Lettre iju il écrit à ce sujet ;i Louii XFV", et réponse du roi. — Les lettres de madame de Viilars pru\u(|uent les aveox complets du chevalier de Préanx. — De nouvelles arre»* tations de peu d'importance retardent l'aflaire. — Curieuie lettre que La Réunie adresse à cet égard à Colbert. — Les soupçons se portent, mais sans preuves, sur plusieurs personnages considéra^ bles. — Aveux Ju chevalier de Rohan, mêlés de grandes protestations de dévoucuicut au roi. — Van den Enden s acharne toujours davantage contre le chevalier de Rohan. — Nomination d'une commission extraordinaire pour juger le procès. — Sa composition. — Appelé devant elle, le chevalier de Rohan revient sur ses déclara^ tiims. — Le cardinal de Rets et M. de Bouillon Indiqués [comme conspirateurs. — H. le Duc signalé par Yen den Bnden comme pliu grand mt'rontmt et murmuratmr du royaume. — Cette déposition est supprimée sur l avis de La Heynie. »'t pnr ordre du roi. — T es accuses ne furent pas défendus. — Législaliuii du temps à ce sujet, — Motifs réels (]ui l'avaient dictée. — Réflexions que cette absence

de garanties soulève.

Le premier interrogatoire du chevalier de Rohan fut une nigation systématique. L'accusé nia que La Tréau* mont lui eût jamais parlé du projet de soulever la Normandie, de livrer Quillebeuf aux Espagnols, et qu'il eût

m LE CHEVALIER DE ROUAN.

eu lui-même Tidée de se mettre à la tète des révpUés. U nia qu'il e^t, été question de se saisir de la personne du. roi, en profitant de la faiblesse de sa garde dont la plus grande partie était à 1 armée, et qu'il eût dit à Yaa.deA Enden, en pariant de Louis XiV : « ^aus raufon$^ nom le tiendrons, » Il connaissait bien le chevalier de Préaux^ neveu de La Tréauiuont, mais il n'avait jamais été quest tion.^ntre eux d'aucun projet de révolte, et il affirmai que personne n'avait, à aucune époque, parlé «devant lui de la personne du roi qu avec respect. i^.

D'un autre c6té, Van den Ënden précisait chaque jour davantage, dans ses interrogatoires, les faits qui incriminaient le chevalier de Kohan. Il exposa que, dans les premiers jours du mois d'août, celui-ci lok avidt promis mille livres pour le mettre à même de faire le voyage de Bruxelles et de s'entendre avec le comte de Monlerey, au sujet du débarquement de 1a flotte hollandaise en Normandie ; qu'après un retard de quelques juurs, La Treauuiont lui ayant compté cet afjgent, il av^t essayé de se récuser en .allouant ses propre i^aires, mais que le chevalier de Rohan lui avait dit : « Je n^ai que faire de cela; vous êtes convenu 4e la somme de miUe livres pour faire le voyage, il faut que vous le fassiez* )» Van den Enden ajoutait , pour justifier sa conduite, que le chevalier de Rohan lui avait dit un jour : u Quand on est dans une ailaire, au moindre soupçon, il faut tuer un homme et témoigner

LE GHEVAUBR DE ROHAN. m

i ceuxqai vous manquent qu'on a du courage etqu*on s^el^l'es8ént^1>

Quelques jours après, linstruclion de l'affaire fit un pas de plus. On a la preuve de la préoccupation qu'elle domnàît au gouvernement par le soin qu'avait le procureur général La lleynie d'en mander tous les détails à Golbert une ou deux fois par jour. En même temps, Louvois allait en personne à la Bastille et interrogeait accusés. La lettre suivante qu'il écrivit au roi, le 6 octobre 1674, pour lui rendre compte d'une conversation qu*it avait eue avec Van den Enden, est curieuse sous

plus d'un rap[)ort

« J'ai été à la Bastille» comme j'ai eu l'honneur de le mander à Y. M. ce matin. Van den Enden convient d'avoir eu cette instruction, mais il dit qu'il l'a laissée à Anvers entre les mains de son gendre. J'ai informé MM. de Besons et de Pommereu qui sortoient de la Bastille au même instant que moi, de la voie par laquelle on pourroit la tirer des mains de celui auquel il jure qu'il Fa remise. Ils en rendront compte demain à V. M. Le dit Van den Enden ajoute que M. de Rohan lui disant qu'il y avoit beaucoup de gens en France de la même disposition que lui, l'avoit assuré que M. de I^uvigny étoit du nombre et lui avoit dit plusieurs fois

i BlbUothèqae Impéfiato. Hn. 500 Golbert» n* 236, p. 49 et lulvl * ÙËuvrct de LmU XIV, t. ni. MénuAre» miUiairet, p. S33.

m LE CHEVALIER DE ROUAN.

que si quelqu'un remuoit en France, il ne seroit pas le troisième. Je l'ai dît à IIM. de Besons et de Pommereu

et je leur ai en même temps témoigné qu'il étoit de la dernière conséquence que cela fût tenu secret, jusqu*& ce que V. M. ayant eu de plus grandes preuves par Faveu de M. le chevalier de Rohan ou do quelqu'un des complices, puisse prendre la résolution qu'elle estimera convenable, ne croyant pas que, sur une seule

déposition d'un homme ('oiniiic Van den Knden, qu il a fallu que j*aie aidé pour lui faire trouver le nom de II. de Louvigny, V. M. voulût faire arrêter mon dit sieur de Louvigny

(( J'oubliois de dire à Y. M. que les lettres de la dame de Yillars ont fait tout le bon effet que Ton pourvoit désirer, le chevalier de Préaux ayant tout avoué; de manière que voilà maintenant deux témoins bien contextes contre M. le chevalier de Rohan. »

Le même jour, Louis XIV, alors cà Versailles, répon» dit à LouYQÏs les lignes qui suivent:

« L'bomme que Van den Ënden vous a nommé me surprend. Le parti que vous avez pris là-dessus est trèsbon. J'espère que je vous verrai demain. Je suis bien en peine de la fièvre que vous avez. Inespéré qu*elle ne durera pas. »

Les lettres de madame de Yillars, dont il est question dans celle de Louvoia au roi, étaient en effet des

plus compromettantes. L*une de ces lettres adressées

LE GHEVAUEH DE ROHAN. m

au chevalier de Préaux qu*elle aimait et qu'elle devait,

disait-on, épouser bientôt après, contenait un passage très-sigoiiicatif. Après d'amères doléances sur le peu de confiance que son amant lui témoignait, madame de Villars ajoutait: « J avois ménagé plusieurs personnes qui euiiseiit fait quelque chose, mais je vois bien que tout cela s'en ira à rien. Jamais il ne fit si bon : dix mille hommes viendroient jusfju'icy et se reiulroieiil maîtres de tout.... Toute la noblesse de la haute et de la basse Normandie est commandée, et ils sont sous les armes pour la dulLiise publique. Les llollandois paroissent sur toutes les cotes, et Ton craint extrêmement qu'ils ne mettent pied à terre ; je m'en vais voir tout ce bel armement *. »

Après la lecture de cette lettre, le chevalier de Préfiux ne pouvait plus contester sa participation au complot^ il essaya vainement de se renfermer dans les réticences, les demi-aveux, et linit par dire, dans Tespoir de désarmer ses juges, bien des choses qu'il aurait pu taire sans danger pour lui* Il raconta que le chevalier de Rohan et La Tréaumont s'étaient souvent entretenus de la possibilité d'enlever la reine et le dauphin, pendant que le roi était à la téte de ses armées^ qu'ils avaient composé ensemble les placards qui furent affichés en Normandie pour y exciter le peuple contre le

* Bibliothèque im^riaie, Mas. 600 Gulbert« 226^ y> â26.

L^. m^^Aum m huuan.

gpiivernemeat, et où ils di^ient aux nobk^i.que s iis resl»^pt .t^i^qjJQLQ^, ^fi .]^ les tiî»taroUi li mme .rtii Turquie,. n.Suiyant le cherulierde Préaux^ l&plan.d^B. coi^spirateurs éUut,. quapd ils auraient ranvejsé k/gou^-, vernement, de convoquer une chambre làilaider àfit}tè, où tous les différends des gentilshommes fieraient réglés sous la prcsideDcç du chevalier de Rolian qu lisl comptaient iim faire investir par le peuplerd'mé ««ni torité à peu près illimitée.. « Quand la noblesse sera à* cheval, avait dit La Tréaumont, il faudra venir ^rerévolter Paris et demander les Étals^xénéraux. » 'I>a. son . côté» le chevalier de Rohan s'écriait^ en se frot»-. tant les mains de joie : « Je mourrois content si je pouvoia.une fois tirer Fespée contre le roi dans une bonne révolte'.»

Cependant on était arrivé au milieu du mois d'octobre^ et rien ne faisait espérer que ilnstruction de- Taffaire touchât à son terme. Qiaque jour, le nombre^ des accusés augmentait; mais les derniers arrêtés, peu compromis dlailleursi» autant qu'on en .pouvait juger^ ' faisaient «craindre par leur nombre de devenir ùnem- Larras et de rendre extrêmement difficile Taction de la justice^ Le ' procureur , général La Reynie comprit ce danger et le signala à Golbert dans une lettre dit oc-i tobre. Cette lettre fait voir à Toeuvre même, en uiie

^ 6iblU>tlièque impériale. Mss. 600 Golbert, h" 226, p. 260 et siilr.

LE CUBVAlIEli m ROHAN.

circonstBDce importante, un homme qui a rempli une pièce considérable dans Tadminislration de son iemps ;

elle est, en outre, une des pièces intéressiuiles du procès. A ces divers litres, elle ma paru mériter d*étre reproduite ici en entier.

« L^affaire de la Bastille, comme procès, écrivait La Reyoie, grossit, ce semble, plus qu'il ne faut. On apprend et on apprendra tous les jours quelque chose de nouveau, et si Ton se met en peine de suivre tout ce qu on pourra découvrir, il est à craiodre qu on ues'égare dans cette longue poursuite. On voit clairement le gros de l'affaire. Ce qu'on entrevoit au delà et mesme ce qu'on n'aperçoit pas encore s'éclaircira sans doute quand on y procédera d*une manière moins étendue. Avec cela, je ne sais s*îl est bien à propos de faire le procès à tant de gens à la fois, de remplir ainsi les prisons, et si, au lieu de la justice que tout le monde attend de ceux qui se trouveront véritablement coupables et de la terreur qu'elle doit imprimer, on ne trouvera point quelque chose d'affreux dans cette mul* titude d*accusés et de criminels, et s'ils ne deviendront pas au public moins crimiiiels par le nombre. Je n*en ai rien témoigné de deçà et Tintérèt du service du roi qui m'engage, Monsieur, à vous donner cet avis, demande de ma part que je me serve de celte voie et que j'use de cette précaution ^ »

* Bibliothèque impériale. Msa. Supplément français ^ n° 870.

HMI U GHEYAUËR m EOfUN.

Évidemment, La Reynie craignait que Taffaire ne prit des proportions fâcheuses pour la conaidératîon

même du goiivenienient. En effet, outre les accusés cités pius haut, d autres, appartenant également à la noblesse, venaient encore d*étre arrêtés : c'étaient les comtes de Saint-Martin et de Fiers. On a vu que. sur une déposition de Yan den Lnden, Louvois avait signalé le comte de Louvigny comme étant compromis dans le complot. D'après une note écrite pur La Reynie en marge du procès-verbal de confrontation du chevalier de Rohan et de Yan den Ënden, ce dernier avait entendu dire à La Tréaumont que si la révolte éclatait, le comte de Louvigny ne serait pas le troisième à monter à cheval. Or, le comte de Louvigny était le propre frère du duc de Guiche. La Re3nf)ie se proposait aussi de faire demander au chevalier de Rohan, lorsqu'il serait mis à la question, ai le comte de Moochi n*avait pas prorois son concours aux révoltés et si le gouverneur de llonlleur n'était pas d'intelligence avec eux Le commandant et le garde-magasin du Pont de l'Arche étaient également soupçonnés^. L'arrestation, sans preuves suffisantes, de tant de personnages consi^ dérabies ne produirait-elle pas le plus fâcheux ef-< fet? Sans nul doute , le gouvernement eut égard aux

' Bibliothèque impériale. Mas. Supplément firtmfoU, ïfl S70. * Beglstrei tecrets du parlmsnt dé Nàmumdiê, fS Dovflinbra 16M (Voir Piie«$ futtiJkaUwt, n« il).

LB CHEVALIER B£ ROHAN. M7

conseils de La Reynie, et dès ce moment, Tinstruotion marcha, & ce qu'il semble, plus directement vers

son 1)1] t.

l^ressé de tous côtés, mis au pied du mur par les dépositions accablantes du chevalier de Préaux et de Van den Enden, le chevalier de Rohan renonça enfin au système de dénégation qu'il avait suivi jusqu'alors. Le 47 octobre, les commissaires instructeurs lui montrèrent le numéro de la Gazette de Bruxettê9 du ii avril 1674, annonçant, à l'article Paris, que le roi devait faire deux maréchaux de France, et à l'article Bruxelles, qu*on parlait de Tarrivée d'un courrier extraordinaire d'Espagne. On se souvient que l'insertion de ces nouvelles dans la Gazette avait pour objet de faire connaître que le comte de Monterey acceptait les propositions que lui avaient faites^ par une lettre anonyme, le chevalier de Rohan et La Tréaumont, de lui livrer Quillebeuf, et de faciliter un débarquement des Espagnols en Normandie. La première réponse du chevalier de Rohan fut qu'il n'avait connaissance de rien de semblable. Bientôt, se ravisant, il fit un premier aveu et reconnut que Van den Enden lui avait dit avoir vu des gens de Guyenne qui l'assuraient que cotte province était toute prête à se révolter. Le premier pas était fait. Après les plus grandes protestations d'attachement pour le roi, le chevalier de Rohan ajouta que s'il avait proféré quelques plaintes contre lui, c'était en quelque

m LE CHEYALlËR DE ROHAN.

sorte, suivant ses propres expressions, « par un emportement de tendresse et pour amsi dire de jalousie, cothnié m amant en auroit pour sa maîtresse , » que neànmbins, if avait eu lè malheur de lui déplaire, ei que, tout en avant été invité maintes fois à lui demander une grâee, il s'était vu refuser plusieurs emplois, tels que lè gouvernement de Guyenne, la charge de colonel général de l'infanterie française, celle de grandmaltre de la garde-robe, celle de lieutenant général, et en'dertaièr lieu, la faculté de lever iin riSgimen't cavalerie. 11 avoua ensuite qu'il avait entendu parler depuis longtemps de ce que Ton pourrait faire en ]Nor-' mandîe ; qu'un jour, LaTréaumont et l'abbé de Préaux, frère du chevalier, lui avaient dit, dans un temps où ils le savaient trés-désolé des refus réitérés du roi, que la noblesse de Normandie témoignait le plus grand méoonténtement, par suite de l'imposition du Tiers et Danger;

que, plus tard, il avait envoyé Van den Enden en' Flandre, mais, ajoutait-il, « sans prendre d*engagè-'.

ment et seulement pour voir ce que les Espagnols diraient; » que La Trcaumont s'était chargé de tout le déttil de Taffaire, et ne lui avait rendu compte du obntenu de la Gazette de Bruxelles du 1 1 avril que longtemps après que la chose eût été faite; qu'ils avaient soùVéM'j^arlé eiisemble de la place de Quillebeuf comme pôuvant être fort utile pour une entreprise de ce genre, en remarquant qu'on pouvait aller de Normandie à

L£ CHEYAUËR DE ROUAN. m

Versailles sans avoir une rivière à traverser, jnaii (juc ce n'avaient jamais été que des projets vagues et sans effet. Le chevalier de Rohan termina en disant « qa*ayant toujours eu un profond respect et estime pour la persqnne de Sa Majesté, et Dieu ne punissant les pensées, il attendoit tout de ia miséricorde du roi comme du plus grand et du plus généreux prince du monde i»

Des liistorieDS du temps ont prétendu , mais s^ns fourpir aucune preuve à l'appui de leur assertion, que ce» aveux avaient été arrachés au chevalier de Rohan par la promesse qu'il serait gracié s'il déclarait fran^ chôment la part qu'il avait prise au complot. Dans tous les cas, cette déclaration simplifia beaucoup le procès, yue se passa- t-il ensuite? Le chevalier de liohao eut-il des raisons de croire que hi promesse qu'on {prétend lui avoir été faite ne serait pas tenue ? Il est certain que sa principale préoccupation fut, dans les interrogatoires qu'il eut encore à subir, d'atténuer l'effet de celui du • 17 octobre. De son c6té, Affinius Van den Enden semblait prendre à tache, pour sauver sa vie, de corroborer chaque jour davantage les faits a la charge du cheya^er de Rohan. Son interrogatoire du â5 octobre ,fut su)c* tout des plus accablants. D'après cet interrogatoire, qui complétait les précédents en éclaircissant cermii^ PP)P,^ restés obscurs jusque-là, il avait pçrté, au.QOipj^ de^

i fiibUoUiàque impériale. Mss. 500 Colbert^ n*" 226, p. et saiv.

LE CHEVALIER DE ROUAN

Monterey une note de La Tréaumoiit, du 6 avril, dans laquelle se trouvait développé le plan de la conspiration. A la Yériié, ie chevalier de Rohan n'était pas cité dans cette note, mais Van den Enden avait mission de le nommer, tout en demandant que ce notn ne tiguràt pas dans les correspondances avec la cour d'Espagne* Aux termes de la note, Van den Enden devait insister pour oblenir^ outre les secours d'hommes et d'argent dont il a été parlé, des pensions payables en Ëspagne, et qui devraient être de trente mille écus pour le chevalier de Rohan, de vingt mille écus pour La Tréaumont* On .connaît la réponse du comte de Monterey à nne partie de ces demandes. En ce qui concernait les pensions, il s'était engagé par écrit à se charger de celles du chevalier de Rohan et de La Tréaumont, ainsi que de rétablissement de Van den Enden et de tous ses parents. L'écrit portait, en outre, que la paix générale ne se conclurait pas sans que, conformé* ment à la demande expresse que Van den Enden avait été chargé de faire, ie chevalier de Rohan, La Tréaumont et tous leurs amis y fussent compris, La note de M. de Monterey se terminait, dit Van den Enden, par des réiicitations à M. de Rohan au sujet a de la généreuse résolution qu'il avait prise pour le bien public et le repos de TEurope »

A On trouve daiu la Mtê*, o* Sto da SuppUmeni fimtfàU, ven le

LE CHBYALIEH i)K HOUAN.

I-X>rsque tous les interrogatoires lurent terminés et que les accusés eurent été confrontés entre eux et avec les témoins, le gouTemement nomma une commission extraordinaire pour le jup^ement du procès. L Oriranisation judiciaire de cette époque olVrail, eutre autres lacunes, celle d'un tribunal supérieur ayant mission de 0 juger les affaires intéressant la sûreté de l'Etat. 'J outes les fois qu'une affaire de ce genre surgissait, il i'aliait composer, après coup, le tribunal qui devait en connaître. Consulté sur la formation de la commission extraordinaire à établir pour juger la conspiratiou du chevalier de Roban, La Reynie informa Golbert que, d'après plusieurs exemples peu anciens, la présidence de la commission pouvait être licféréo au chancelier, et il cita ce qui s'était passé en im, et 1642, où les chanceliers gardes des sceaux de Marillac, de Châteauneuf et Séguier avaient présidé les commissions instituées pour le jugement de Chalais, du maréchal de Marillac, de Montmorency et de Cinq-Mars. Rien, en administration, n est tyrannique et absolu coiume ce qu'on appelle un précédent. Conformément à ceux

milieu du volume, une pièce de la main de La Rrynlc, intitulée : Copie d'un écrit que Van den Snden a envoyé de la liasUlte à M, Le Tellier, — C'est le contenu au mémoire que M, Dimottez aïooài éomé à Bruxelles, (M. Dimottez était le secrétaire de M. de Monterey, et ce mémoire reprucluU exactemeai la partie de l'interrogatolie de Yao den Bodeo qui s'y rapporte.)

LE CHEVAUER DE ROHAiN.

qu'avait cités La Reynie, une déclaration royale du dernier jour d'octobre conQa la présidence de la nouvelle commissioii au chancelier d' Aligre et lui adjoigDÎi seixe conseillers d'État ou maîtres des requêtes ordinaires de l'hôtel, parmi lesquels figuraient Pussort, parent de Colbert et Tune des lumières du conseil d*£tat; Boucherat, qui fut plus tard chancelier; de Besons et de Pommereu, qui avaient instruit le procès. La commission se réunit pour la première fois le 6 novembre à TArsenal, mais elle n*entendit les accusés qu'à partir du 21. Le chevalier de Rohan, qui comparut (ievanl elle le premier, nia de la manière la plus absolue toute parti* cipation à la conspiration. Il dit qu'il n'avait jamais mal parlé du roi ni tenté de soulever la Normandie, où il ne connaissait personne et n'était allé de sa vie^ que Van den Enden, « son accusateur, était un fort méchant homme qui, après avoir été jésuite douze ans, s*était marié i une femme ayant deux maris, et qu'il ne l'avait vu sept à huit fois en sa vie que comme médecin ; )> qu'il était allé, non en Flandre, mais en iiavière, il y avait deux ans, pour affaires particulières sur lesquelles le roi lui avait ordonné de garder le silence. Des lettres de La Ueynie constatent que c'était pour la belle électrice de fiavière, dont Louis XIV ne voulut pas que le nom figurât au procès. Le chevalier de Rohan insista principaiement sur ce que jamais il n'avait autorisé personne à se servir de son nom auprès des ennemis du roi et

LE-CHBVMJEA DE ROHAlf.

préMiUftto iA.1VéittiiKmt Ytit deii ihdétfi Tirent fjÉitè»4eur propre mouvement. Comme on lui objecta quf De9Qii«ii«urune défK>sition précédente, il répondit qà'il>«iie.;flBifloiifMiiiii' paB bien de ce 'ijt£<m liil êmî déinNid4: Dans'iiii aotre interrogutoire qni eut lieu le surlendemain et où il iui lut donné lecture de celui dont iliprétendaît' Àe pas se mrenir, il se montra tout aussi réserfé; 'Oel iirterrogatoire se termina comme il suit : • « A dit que la déclaration dont lecture vient de lui 04lre fiâl»^ Q a esté que pour servir le roy et parce que Sa Majesté l*« voulu ; qu'il ne peut pas estre témoin contre luy mesme , et n'a poml cru , qu'après sa déclamltofi, le roy Hii donnât des'juges * , w

«{^ malheur pour le chevalier de Roh&n , lés nouveaûx interrogatoires que le chevalier de Prédux , madanede Villars et Van den Ën<kn eurent comme lui à subit sur la sellette ruinèrent complètement son s^tèmè de défense. Le chevalier de Préaux déposa que , dans un voyage qu il avait tait eu Bavière avec La Tcéau-' mont etle chevalier de fWhan, il les avait souvent en-' tendus mal parler du roi et s'entretenir d'un projet de rébellion^ qn.*un jour, le chevalier de Kohan lui avait demandés! les gentilshommes de Normandie setenaient' prêts à monter à cheval, ajoutant qu'il IsUait'qu'oïkliftt

« BlbltoOièqDe impériale». Hss. 600 Colbert, p. 1006 à îoifi, 0t p. 1063 & 1066. '

274 LB CHEVALltOi DE HOHAN.

aveugle a la cour pour avoir convoqué PsTriére-lHin ; que le chevalier de Rohan et La TréauinonL se cachaient flouveat de lui y mais qu'il avait oui de leur bouche que Quillebcuf était une filace facile A fortifier et qu'ils étaient étoiiiies i^u un laissât la reine et le dauphin seuls à Versailles» ëdûq, sommé de dire s'il avait cité a madame de Viliars, le cardinal de Retz et M. de Bouillon comme engap^és dans la conspiraLion , le chevalier de Préaux répondit qu'il croyait que le cardinal de Retz était mort% et qu*il savait que M. de Bouillon était fort altaclic au service du roi

Persistant dans sa première déposition , madame de Villars répéta notamment que le chevalier de Préaux lui avait demandé , à l'occasion des discours séditieux que provoquait l'imposition du Tiers et Danger, si elle ne pourrait pas trouver dans la. province des gentilshommes disposés à servir le chevalier de Rohan. Elle aiiirma, en outre, que le chevalier de Préaux Un avait désigné» parmi les conspirateurs , le cardinal de Rets, M. de Bouillon et M. de Créqui. Quant à Van den Enden , à chaque nouvelle déposition , il s'acharnait de ^ plus en plus contre le chevalier de Rohan. La dernière qu'il fit sur k sellette^fut particulièrement relative au projet (^u" avaient les conjurés d élablir en Fiance le

* Le cardinal de Retz ne mourut qu'en 1679.

^ Dibliolhèque impériale. Mss. 500 Colbert, p. 1038 à 1061.

LË aiEVALlEIi DE ROUAN.

gouveraaaMnl répubUeahi. Beiueoop do plans avaient

été faits daùs ce but par La Tréaumont. Découverts dans ses papiori, ils furent brûlés sur laplaee de la Bas^ tille ; après le proeès, et t*on n*en trouve la traee et

Tespril que daiis celte déposiiioii de Van den Enden, qui les avait d'ailleurs inspirés. Interrogé s'il n'avait pas attaqné le fouvemeroent dans ses discours et fourni . des mémoires contre la monarchie h 1^ I réuumont, il répondit qu'il y avait trois sortes de république, celle de Platon, celle de Grotius et celle appelée utopique, de Thomas Morus*, qu'ayant imaginé d en iuuder, dans laNouveiie-Uollande, une quatrième où la vertu serait toujours récoitipensée, il en avait montré le plan À La Tréaumont qui se proposait d'en établir une semblable en Normandie ; que , pour lui , il n'avait jamais blâmé la monarchie française, mais bien les mœurs des particuliers ; que lorsque le monarque était bon , la monar* cbie était bonne et que si Ton était libre de se choisir un roi, on n^en voudrait pas d'autre que le roi régnant qui possédait toutes les qualités désirables dans un grand prince-, qu à la vérité , il avait entendu dire aux sieurs de Rohan et La Tréaumont que le roi n'était pas courageux et n*avait pas de cosor) et qu'ils entremêlaient ces accusations d'autres plaintes contre sa personne, mais qu'il avait toujours conseillé au chevalier de Rohan de rester ferme au service du roi

* BiblioUièque impériale. Mss. 500Colbert» etc.,p. 1016 à 1034.

276 LE CHEVALIER HE ROHAN

On a VU quelles grandes familles, indépendamment

de celle du principal accusé , avaiciiL déjà été mêlées dans raffaire , et les précautions que le procureur général La Reynie avait cru devoir prendre 'pour que le cercle des investigations ne s'étendît pas à Vinûni . Le nom d'un personnage plus élevé encore que tous les autres, celui d'un cousin même du. roi , de M. le Duc, propre fils du grand €ondé retentit tout à coup aux oreilles des commissaires que cette dénonciation inattendue de Van den Ënden jeta dans un extrême embarras. La participation de M. le Duc aux menées du chevalier de Hohan était-elle réelle? N'est-il pas plus vraisemblable que les conspirateurs avaient abusé de son nom, à son insu? Les pièces oflBcielles du procès ne font pas mention, on verra tout à l'heure pourquoi, de celte déclaration de Van den Ënden; mais une lettre confidentielle que La Reynie adressa àColbertleâi novembre, après rinterrogaloire du vieux maître de langues, contient sur ce curieux incident les détails les plus précis*

< Henrt-Jnlet d6 Bonrbon, prlnoe de Coudé, né à Piria, le 99 JniUet 1643t porta Juiqn'eii 168e le nom de doc d*Bnghleii, U «fait été nommé en 1659 ginnd^natlre de li maison do ml. Il ae trouvait 1 1« prise de Tomney, Ulle et Douai en I66T, et an passage àa Rhin où II tétait signalé, en 167). U avait aussi assisté i la prise des plaoes de la Fnneli»Comté et an combat de Sener, en 1674. Il moorot le avril 1709. {DielknoMirê de ta noMefie.)

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LE GHBYAUER DE RCttlAN. 277

« Van den Ënden estant sur la sellette, écrit la Rey-

iiie , a ajouté à ce qu'il a ci-devant déclaré que La Tréaumont lui avoit dit que M. le Duc estoit le plus çrand mécontent gu*%l y eut en France: et si à cette déclaration, j'eusse été appelé, j'aurois cru me devoir opposer à ce qu'elle iust écrite dans les réponses de Van den Ënden et j'aurois demandé ([u'il en fust Mt seulement un mémoire pour estre envoyé au roy, parce qu'il n'y a point de juges dans le royaume, ni aucun tribunal, qui puisse et qui doive recevoir aucun fait contre un prince du sang, ni le comprendre dans quelque acte que ce soil cl une procédure criniinellc, sans Tordre exprès et la permission du roy... » Revenant sur ce sujet, la Reynie écrivait le lendemain à Golbert : « Sur la déclaration que fit hier Van den Enden , j'avoue, Monsieur, qu'un peu de précipitation de ma part en escrivant ma lettre, me fit obmettre le terme de mwrmuraieuT qui doit estre mis après les mots de plus grand mécontent, »

lendemain , 23 novembre, le marquis de Seigne»

lay ([ui, bien qu'âgé de vingt ans à peine, avait depuis trois ans la signature pour son père, écrivit de Saint- Germain, où la cour était alors, le billet suivant à La Reynie :

u Je fis hier lecture au roy de vostre lettre et Sa Majesté m'ordonaa de vous escrire pour vous deman* der vostre avis sur ce qui a esté déposé par \an den

m il GHBVAUER DS ROBAN

Enden , tçavoir li -ce qui regarde M. le Doc n^ayant

point este effacé sur-le^hamp, il seroit temps de le faire à présent. »

L'avis de La Reynie ne pouvait être douteux. Déjà

la (Commission avait supprimé des interrogatoires du chevalier de Préaux ce qu il avait dit touchant le chevalier de Rohan et réleotrioe de Bavière; elle, pouvait donc, sur les ordres du roi, agir de môme pour la partie de rinterrogatoire de Van den Enden qui concernait M, le Due. Cest ce qui eut lieu le lendemain 94 novembre, comme nousVapprend une lettre adressée le même jour par La Keynie au marquis de Seignélay :

« J'ay reçu ce matin, après cincj heures, la lettre que VOUS m'avez fait Thonneur de m'escrire du 23 au soir, et j'ay depuis ponctuellement exécuté les ordres du roy que vous m'avez donnés à l'égard de ce qui 9*est passé touchant M. le Duc, après en avoir rendu compte à M. le chancelier. Dès que la Chambre a eu connoissance des mêmes ordres par la voie que Sa Majesté a jugé à propos de prendre pour cela, M. lë chancelier a dit au greffier de triuscrire les réponses que Van den £nden a feictes estant sur la sellette et d'en ester ce qu'il y a de M. le Duc; et encore bien qu'il n ait pas esté délibéré sur cette matière, aucun des jugeas n*a cru qu'il pût y avoir des îneonvénients à suppHmer cette première minute après le jugement du procès et en la forme que Sa-

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LB CJiKVALIËH ÛË ROHAN. S79

Majeglé a ordonné qu elle le lût, et je puis mesme dire que touB ont appris la Yolonté du roy sur ce sujet avec beaucoup de respect et de satisfaction ' »

On touchait euiin au terme de ce triste procès. On a vu le fâcheux spectacle qu'avaieulj donné les principaux accusés. Seul, le chevalier de Rohan subit sa position avec dignité. Quant à Van den Euden^ au chevalier de Préaux, i madame de Villa», sur qui, après lui, pesaient les accusations les plus fortes, ils semblaient vouloir se perdre les uns les autres, non par inimitié, mais par faiblesse et dans l'espoir de fléchir le roi à force d*avéux.

il faut bien le dire ici : une lacune déplorable préoccupe, à juste titre, quand on examine les pièces de cette importante procédure. Les accusés n'eurent pas de défenseurs. Les seules précautions prises contre Terreur furent les confrontations, avant et pendant le procès, des accusés entre eux et avec les témoins. Je me bâte d^ajouter que la loi elle-même le voulait ainsi. Jusqu'à la Un du qumzième siècle, les accusés avaient été Whvpment et publiquemeint défendus. L'ordonnance de 1538 n'avait pas, à la vérité, consacré ce droit, mais l'usage s en était maintenu, CeUe de 1670 avait, malheureuse-

» Btbliothèqoc impériale. Mss. Supplément frcmgaii, n« 870 ; Letim €t mllmim éê La Xeynie 9t de SUgMktf, im le mUiea ùa

ment, lait prévaloir une autre règle et posé en principe qiLe les accusés^ de quelque qualité qu'ils fussent, ne pourraieni avoir aucun eongeil, même après la confroniaiùm^ nonobstant ions usages contraires» Vainement le premier président de Lamoignou avait protesté avec force contre cet article, dans les conf4érences où Tordonnance fut préparée. « Il est vrai, avait-il dit dans an langage empreint d'une haute raison, que le conseil sert quelquefois aux accusés pour éluder la justice et pour tirer les procès en longueur; mais si le conseil a sauvé quelques coupables, il pourrait arriver aussi que des innocents périraient faute de conseil. Entre tous les maux qui peuvent arriver dans la distribution de la justice, aucun n'est comparable à celui de faire mourir un innocent*, il vaudrait mieux absoudre mille coupables. » Le président de Lamoignon avait ajouté, en invoquant des considérations d'un autre ordre, « que ce conseil qu on avait accoutumé de donner aux accusés n*était pas un privilège accordé par les ordon- nances ni par les lois, mais une liberté de droit naturel, ce droit plus ancien que toutes les lois humaines. )> Ces argumentas! dignes de triompher, avaient pourtant échoué devant les efforts du conseiller d*État Pussort et de l'avocat-général Talon, préoccupés avant tout du soin d'abréger les procédures et de iiaire cesser, dî* saientrjls, Vabus de ces conseils qui se croyaient tout permis dans le but de procurer Timpunité aux accusés.

LE CHEVALIER DE ROHAN. m

«t La prohibition des conseils, a dit à ce sujet un criminaliste éminent, tenait plus encore au système de la procédure qu'à rinhumanilé du législateur : eelui-<;i sentait le besoin de simplifier, en matière criminelle, des formes trop compliquées et dans lesquelles Tesprit de chicane trouvait un facile refuge ; il supprimait la défense comme une de ces formes qui prolongeaient indéfiniment Tinstruction. En effet, cette défense qui ne pouvait plus élever la voix, qui ne pouvait plus être entendue, avait dû naturellement avoir recours à tous ces subterfuges, ces moyens dilatoires, ces voies de nullité qui ouvraient à l'accusé la seule voie de saiut par laquelle il pouvait échapper à la peine ^ eUe s était réfugiée dans les subtilités du droit, puisqu'il lui était interdît de discuter libremc[il le fuit 5 elle embarrassait la procédure sans servir la justice. Cette suppression était la conséquence rigoureuse et nécessaire de Tinstruction secrète *. »

Triste et fâcheuse conséquence! La pensée seule qu'un accusé n'avait pas, à ses c6tés, un conseil ami dans ce moment solennel oà sa vie dépendait de la décision d'un homme sujet a Terreur, cette pensée impressionne aujourd'hui péniblement. Vainement on ffiit la part des temps et des conquêtes de la civilisation \

> TféUé d$ riMlmcfioii cHmineUet pir M. Ftoitlii HëUe, 1. 1, p. «81.

211 LE CHBVALIBR DB ROBAN.

l'asprit, malgré lui, se révolte contre ces formes qui, en neYoulantètrequ'expéditives, étaient Inhumaines,

et il lui iaut luire en quelque sorte un grand effort de raison pour voir un coupable dans celui qu*une voix indépendante n'avait pas défendu*

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